‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 4 sur 19 · DERNIÈRES NÉGOCIATIONS EN 1866 OUVERTURE DES HOSTILITÉS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES NÉGOCIATIONS EN 1866 OUVERTURE DES HOSTILITÉS

On a vn quel était l'état des choses à la fin de mars. M. de Bismarck avait remporté un véritable succès ; de part et d'autre on avait fait un premier pas dans la voie des armemeuts. Ne pouvant se mépreodre sur tes dangers qu'il était déjà facile de prévoir, l'Autriche fit uu effort vigoureux pour les conjurer. Dès le 26 mars, son représentant à Berlin fiit chargé de donner des explications verbales, et le 1" avril il remettait à M. de Bismarck une communication écrite, datée de la veille, tendant à démontrer que le gouvernement impérial avait été conduit à prendre quelques dispositions militaires en Bohême, uniquement par les troubles qui avaient éclaté dans cette province, mais qu'il ne pouvait être soupçonné de nourrir une pensée d'agression contre l'un de ses confédérés <'\

(') Dépêches des 26 mars et 1- avril 1866, n« 49 et 54.

Sur l'interpellation du cabinet de Berlin, les États secondaires, de leur côté, furent à peu près unanimes à déclarer qu'aux termes de l'article IX du pacte fédéral le conflit devait être porté devant la Diète à Francfort : c'était prendre parti pour l'Auti-iche <''.

A cette double démarcbe, M. de Bismarck répondit, le 4 avril, au cabinet de Vienne que les intentions contre lesquelles il croyait devoir protester lui avaient été prêtées par suite des préparatifs qu'il avait ordonnés ; que la Prusse prenait acte de ces déclarations, en donnant l'assurance que, de son cOté, elle n'avait jamais eu la pensée de prendre l'initiative d'un acte de guerre. J'en informais le même jour M. Drouyn de Lbuys, en ajoutant:

Au ministère des affaires étrangères, on

n'admet pas que cet échange d'assurances paciBques ait modifié la situation des choses, ni l'état des rapports existants entre les deux grandes cours germaniques. On soutient, au contraire , que l'Autriche continue et développe ses armements, qu'on a donné à Vienne l'ordre d'acheter les chevaux nécessaires à quatre régiments d'artillerie, que les hommes en congé sont, au moins en partie, rappelés sous leS' drapeaux ; à cet égard , on prétend posséder des informations certaines pour ce qui concerne les districts

(■) Dépêche du I" avril 1866, n- 55.

n,g,t,7rJM,GOOglC

limitrophes de la frontière prussieDne; on raconte enfin qu'il arrive en Bohême de nouvelles troupes. De ces renseignements divers, on conclut que l'Autriche n'est pas de bonne foi dans ses déclarations; M. de Bismarck s'est exprimé fermement dans ce sens avec le ministre de , et, en lui faisant remarquer à quel point , selon lui , les actes du cabinet de Vienne étaient en contradiction avec son langage, il a maintenu que la Prusse était placée dans la nécessité de pousser activement les dispositions qu'elle a résolu de prendre pour mettre son territoire a l'abri d'un coup de main . On m'assure , en efFet , bien qu'on ait prétendu le contraire , que les ordres donnés par le ministère de la guerre s'exécutent avec toute la célérité que ses agents peuvent y apporter *''

En même temps , et afin sans doute de jeter entre les deux pays ud nouvel élément de discorde, M. de Bismarck invitait le représentant de la Prusse à Francfort à demander une réunion extraordinaire de la Diète, dans laquelle il devait présenter un plan de réforme fédérale.

A ce sujet, j'écrivais le 3 avril ;

Gomme je le prévoyais , le président du conseil , exécutant le programme qu'il s'est tracé , se dispose à saisir la Diète d'une motion pour la révision du pacte fédéral; il prépare, en ce moment, les instructions qu'il adressera à cet effet au ministre de Prusse

0) Dèpéclie du 4 avril 1866, n* 57.

n,g,t,7rJM,GOOglC

à Francfort; elles lui prescriront de proposer, après en avoir développé les motifs , la réunion d'une assemblée composée de députés directement élus par la voie du suffrage universel, et proportionnellement à la population de chaque Ëtat, en convenant que les cours confédérées auront, durant la période électorale , à se concerter sur le programme qui devra être soumis à ses délibérations , ou qu'on lui abandonnera le soin de le fixer etle-méme, si, au moment de sa convocation, les cours n'ont pu se mettre d'accord. M. de Bismarck est convenu avec moi qu'il n'a encore obtenu que l'assentiment général du Roi a un plan de cette nature ; qu'il devra lui en soumettre et lui en développer les détails, en lui portant les instructions destinées à son ministre à Francfort; mais s'il admet que le Roi puisse élever des objections sur des points de détail, il ne suppose pas qu'il veuille revenir sur une détermination qu'il a accueillie après en avoir reconnu la nécessité. Il m'était revenu qiie l'on avait élaboré au ministère des affaires étrangères le programme que la Prusse proposerait de soumettre à l'assemblée dont elle veut provoquer la réunion , et ce programme consisterait à lui demander s'il n'y aurait pas lieu, dans l'intérêt général de l'Allemagne, de confier exclusivement à l'une des puissances confédérées :

1* La direction militaire;

2' La représentation diplomatique;

3° Les services consulaires ;

4" La protection des ft-oottères et des côtes.

n,g,t,7rJM,GOOglC

J'ai peine à croire que ce renseignement soit exact, et que M. de Bismarck, quelle que soit son audace , ose demander à l'Allemagne d'abdiquer volontairement entre les mains de la Prusse. D'autre part , il serait téméraire , sinon puéril , de supposer qu'une assemblée issue du suffrage universel ne se béte de revendiquer d'autres pouvoirs que ceux dans les limites desquels on voudrait circonscrire ses délibérations. J'ai cru devoir néanmoins, sans rien révéler des informations qui m'étaient parvenues , faire observer au président du conseil que ses projets , s'ils pouvaient être agréés par les confédérés de la Prusse', créeraient un état de choses qui ne saurait manquer d'éveiller la sollicitude des puissances, et que je devais le rendre attentif à cette éventualité ; que , pomma part, je ne m'imaginais pas qu'on pût toucher à la situation respective des États allemands , et modifier, au profit de l'une ou de l'autre des grandes cours germaniques, le pacte fédéral, sans troubler l'équilibre européen. J'ai tenu à lui présenter ces considérations, a6n qu'il ne pût pas invoquer mon silence comme une sorte d'approbation qu'il viendrait à m'opposer dans le cas, peu probable d'ailleurs , où il obtiendrait de la Diète des avantages qui ne se concilieraient pas avec nos intérêts. Il a reconnu la justesse de mes observations, et me rappelant les ouvertures que M. de Goltz a été chargé de vous faire, il a ajouté que le moment était venu pour lui de les renouveler, et pour nous, de nous expliquer sur les garanties que nous croirions devoir stipuler. Je lui ai

n,g,t,7rJM,GOOglC

flS MA MISSION EN PRUSSE,

répondu que j'étais demeuré étranger à ces pourparlers , que n'en connaissant que ce qu'il avait bien voulu m'en apprendre lui-même, je n'avais aucun éclaircissement à lui donner à ce sujet. Je lui ai fait remarquer, du reste, que son projet ne me semblait pas devoir être favorablement accueilli à Francfort, et qu'il serait vraisemblablement repoussé par l'unanimité de la Diète. «C'est une éventualité, lui ai-je dit , que vous devez avoir prévue , et je me permettrai de vous demander quelle résolution vous prendrez dans ce cas. — Notre projet, m'a-t-il répondu, peut être rejeté , mats il sera discuté ; il aura l'assentiment de l'opinion publique dans toute l'Allemagne, et on ne voudra pas le décliner par une procédure sommaire ; il nous vaudra de modifier les dispositions des esprits et de les convaincre que la Prusse est l'unique puissance en mesure de satisiùire les aspirations nationales; s'il le faut, nous sortirons de la Diète, et nous prendrons conseil des circonstances. ■

Ces appréciations ne me semblent pas sérieuses. Ou je me trompe, ou M. de Bismarck se nourrit d'illusions , s'il s'imagine que sa proposition aura la vertu de convertir le sentiment public en le ralliant à sa politique. Tel n'est pas, d'ailleurs*, le but qu'il poursuit ; son ambition a pour objet d'assurer à la Prusse une action prépondérante en Allemagne; et, comme il lui est démontré désormais que la guerre avec l'Autriche peut seule le conduire à ce résultat, il la veut , et il la poursuit à outrance contre les dispositions personnelles du Roi qui la redoute , contre le

t,Googlc

DEENIEBES NEGOCIATIONS EH 1866. 93 grë de l'Autriche qui désire l'éviter, contre t' opinion publique en Allemagne et en Europe. Sa c&mbînaiâon fédérale n'est qu'un expédient, comme je vous l'ai déjà dit, imaginé pour irriter le cabinet de Vienne et jeter la confusion en Allemagne, pour gagner du temps,, et pour pousser de toutes parts aux armements : je le lui ai dit , et il ne m'a pas désavoué. Son jeu consiste à obtenir que l'Autriche développe ses préparatifs militaires, et à mener les choses de façon que la Prusse paraisse y aviser à son tour, uniquement pour pourvoir à sa défense. Quand les deux puissauces seront sous les armes, la guerre, selon lui, ^latera d'etle-méme

Contraindre le gouvernement de Vienne à mettre sur pied toutes ses forces militaires en le suivant pas à pas, de manière à placer l'une devant l'autre les armées de l'Autriche et de ta Prusse , voilà le véritable objet de tous les efforts de M. de Bismarck en ce moment. Aussi , quand il considérait le moment actuel comme propice à uile entente plus étroite entre la France et la Prusse , il avait , je crois , uniquement en vue de prémunir le Roi contre une défaillance à laquelle il craint que Sa Majesté puisse être entraînée par les appréhensions que lui inspire notre attitude. Je vous ai dît que c'est là le moyen suprême employé par les adversaires de la politique de M. de Bismarck, et que M. de Goltz lui-même est loin de se montrer rassuré sur nos dispositions. Le président du conseil sent parfaitement que là est aussi le danger

n,g,t,7rJM,GOOglC

le plus grave auquel il soit exposé, et il voudrait s'y soustraire en nous liant par des arrangements qui rendraient au Roi une entière confiance. Mais, à mon sens, il se méprend en présumant que le Roi serait, dès à présent, disposé à nous faire les sacrifices que nous aurions à lui demander. Pour ma part, je ne suppose pas que les circonstances y aient suffisamment préparé Sa Majesté , et c'est dans cette convie* tien que j'ai décliné les insinuations du président du conseil. Ma correspondance ne vous a laissé que trop pressentir toutes les péripéties auxquelles il convient de s'attendre; les choses dépendent encore d'une volonté unique, celle du Roi, qui est en butte aux sollicitations les plus vives et les plus opposées à la fois. Tout est donc possible, et je ne serais pas éloigné de croire au triomphe des amis de la paix, si le Roi, par son obstination et ses doctrines en matière constitutionnelle, n'avait lui-même créé, à l'intérieur, une situation qui l'engage personnellement. La lutte qu'il a soutenue contre la représentation nationale et toutes les nuances du parti libéral , ne lui permettrait guère aujourd'hui de faire avec dignité les concessions dont il devrait prendre l'initiative ; en constituant un nouveau ministère, il ne pourrait le choisir que dans les rangs de l'opposition. Dans sa manière d'envisager les prérogatives de la couronne, ces concessions d'ailleurs constitueraient une atteinte à ses droits souverains, et, d'autre part, on n'aperçoit aucun homme influent en situation de composer un cabinet assez fort pour seconder le 'Roi dans son évolution, le lendemain

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1866. g5

surtout du jour où la Prusse , reculant devant l'attitude énergique de l' Autriche, aurait essuyé un échec pour longtemps irréparable. On eu est si bien convaincu ici , que beaucoup de bons esprits en sont venus à croire que , comme M. de Bismarck , le Boi est luimême placé dans l'alternative d'accepter le conflit avec l'Autricbeou d'abdiquer, extrémité quej'indique comme l'un des traits saillants de la situation , sans y ajouter plus d'importance qu'il ne convient.

J'ajoute cependant que M. de Bismarck ne s'est prêté aux vues du Boi , dans toutes les questions de politique intérieure, que dans la pensée de consolider sa position ministérielle, et pour mieux contraindre son souverain à le suivre dans la voie où il a toujours pensé, depuis qu'il a toucbé aux affaires publiques, que la Prusse devait s'engager résolument, si elle veut conquérir en Allemagne et en Europe ta position qu'elle a de tout temps ambitionnée. Il a souvent regretté l'obstination du Roi à revendiquer des prérogatives contestées par l'immense majorité de la Chambre ; il s'en est toutefois constitué le défenseur passionné, dans la persuasion qu'il y puiserait luimême une force plus grande pour assurer le succès de sa politique extérieure, avec ou sans l'assentiment volontaire de Sa Majesté. » Je suis parvenu, me disait-il hier, à déterminer un roi de Prusse à rompre les relations intimes de sa maison avec la maison impériale d'Autriche, à conclure un traité d'alliance avec l'Italie révolutionnaire, à accepter éventuellement des arrangements avec la France im-

n,g,t,7rJM,GOOglC

périale, à proposer k Francfort le remaniement du pacte fédéral avec le concours d'une assemblée populaire. Je suis fier d'un pareil résultat; j'ignore s'il me sera permis d'en recueillir les Fruits; mais , si le Roi m'abandonne, j'aurai préparé le terrain en creusant un abîme entre l'Autriche et la Prusse , et le parti libéral , montant au pouvoir, achèvera la tâche que je m'étais imposée. »

J'entre dans ces détails , Monsieur le ministre , parce qu'ils vous aideront à apprécier exactement l'état des choses à Berlin , et à juger des incertitudes que je suis , malgré moi , obligé de signaler chaque jour à votre attention '"'

Je n'ai pas besoin de dire que ma correspondance officielle confirmait les renseignements contenus dans ma lettre particulière. .Te pourrais citer notamment mes dépêches des 6 et 9 avril.

'Mal inspirée, l'Autriche fit à ce moment, si je puis m'exprimer ainsi, le jeu de M. de Bismarck. Elle répliqua sans retard, et dès le lendemain du jour où il lui en avait été donné connaissance, à la dernière note de la Prusse, et les rapports entre les deux cours se tendirent de plus en plus.

.T'écrivis officiellement le 9 avril :

Ainsi que j'ai l'honneur de vous le mander par le télégraphe , le comte Karolyi a donné lecture aujourd'hui, et laissé copie à M. le comte de Bismarck,

(■) l^lti'e particulière da 3 avril 1866.

DEBMÊltES NÉGOCIATION^ EN 1860. 97

d'une dépêche du ministre des affeires ctraiigères d'Autriche. Après avoir pris acte de la déclaration contenue dans ta dernière note du cabinet de BerHo , et par laquelle il affirme que « rien n'est plus loin de la pensée du Roi que d'entreprendre une {guerre offensive contre l'Autriche » , le comte de MensdorfTexprime la conviction quêta Prusse, étant de son cdté rassurée par la déclaration analogue dont le cabinet de Vienne a pris l'initiative, jugera convenable de ne pas donner suite aux ordres de mobilisation publiés dans la Gazette officielle, et qui sont en voie d'exécution. M. le comte Karolyi est invité à s'exprimer en ce sens avec M. de Bismarck , et à solliciter l'assurance que ces mesures seront révoquées.

Ces informations me sont communiquées par M. de Bismarck, que j'ai pu voir un instant après la conférence qu'il H eue avec M. le ministre d'Autriche. Le président du conseil a ajouté que la dépêche du comte de Mensdorff se tait sur les armements de l'AutricIië; on ne s'y réfère que pour maintenir qu'ils sont imaginaires. L'Autriche n'aurait donc à prendre aucune disposition pacifique , et ce serait uniquement à la Prusse qu'incomberait le devoir de fevenir sur les préparatifs militaires pour rétablir les choses Kur le pied où elles étaient naguère. Toujours suivant M. de Bismarck , la communication qui lui a été faite serait rédigée sous une forme impertinente , et aftecterait les allures d'une sonimution a laquelle ta Prusse

ne saurait déférer *''

W DépCclie du 9 avril 1866, n' «3.

n,g,t,7rJM,GOOglC

98 HA niSSJON EN PRUSSE.

Le leodemaÏD je faisais part à M. Drouyn de Lhuys, dans une lettre particulière, des appréciations dont la nouvelle démarche de l'Autriche était l'objet à' Berlin.

Je lui disais :

Je profite de l'obligeance d'une personne qui retourne en France, pour ajouter quelques mots aux télégrammes et à la dépêche que j'ai eu l'honneur de vous adresser hier. La communication faite par le comte Karolyi à M. de Bismarck est sévèrement jugée par tous mes collègues : selon eux, elle est à la fois imprudente et inopportune ; c'est de l'eau, disait l'un d'entre eux, au moulin de M. de Bismarck. Il ajoutait que l'objet et la forme de la dépêche de M. de Mensdorff sont également blâmables : c'est, disait-il encore, l'empereur d'Allemagne s' adressant au margr.ive de Brandebourg. 11 n'en fallait pas davantage pour blesser les plus intimes susceptibilités du Roi, et fournira M. de Bismarck le moyen le plus puissant pour entraîner son souverain aussi loin qu'il veut le conduire ; et ceci, au moment où la note du 26 mars avait placé l'Autriche dans une excellente situation. Ce que l'on ne conçoit pas, c'est la prétention du cabinet de Vienne : il n'a, dit-il, pris l'initiative d'aucune démonstration armée, et veut être cru sur parole; mais, d'un autre côté, il ne veut pas s'en rapporter à la déclaration, également pacifique, contenue dans la dernière note du cabinet de Berfin, et exige que la Prusse désarme Puisque j'en suis

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERKIÈRES ."SÉGOCIATIONS EN 1866. 99

ù la Russie, laissez-moi noter que j'ai toujours remarqué, Don sans surprise, l'indifférence avec laquelle le cabinet de. Saint-Pétersbourg m'a paru, depuis l'origine, envisager les prétentions de la Prusse et l'éventualité d'un conflit entre les deux grandes puissances germaniques; que je n'ai pas été moins frappé de la constante sécurité dans laquelle j'ai trouvé M. de Bismarck, sur l'attitude et les intentions de l'empire

du Nord J'apprends que le

cabinet autrichien a suggéré hier, par le télégraphe, aux cours secondaires, de rejeter, sans autre examen, la proposition de la Prusse de réunir un parlement allemand , mais de prendre en même temps une résolution par laquelle la Diète resterait saisie de la réforme du pacte fédéral. Que fera la Prusse devant un vote conçu dans ce sens î Se séparera-t-elle de la Confédération, et, dans ce cas, ne prendra-t-elle aucune autre disposition? Je ne crois pas que les projets de M. de Bismarck soient encore déSnitivement arrêtés pour une pareille éventualité, ou plutôt qu'il ait déjà l'assentiment du Roi. Il ne procède avec Sa Majesté que dans la mesure des nécessités urgentes, et il attend, pour prendre ses ordres, que le moment soit venu de les provoquer. Il me disait hier que si la Diète n'accepte pas ta discussion sur le projet qui doit lui être soumis aujourd'hui même, la Prusse devra mobiliser, évidemment pour donner à réfléchir aux petits États,

les corps d'armée du Rhin Ce qui

est peut-être plus important en ce moment, c'est l'accueil que l'Autriche fera à la réponse qui sera donnée

n,g,t,7rJM,GOOglC

1(H) MA MISSION EN PRUSSE, par lii Prusse à la dernière dépêche de !*. de Mensdorff, réponse qui ne peut manquer d'être négative, et écrite sur un ton qu'il est aise de deviner. La Prusse refusant de désarmer, l'Autriche se décîdera-t-elle à armer ostensiblement? Si elle en agissait ainsi, dans trois semaines ou un mois les deux années seraient en présence '"'

Je ne désire pas multiplier ces citations outre mesure ; je ne puis cependant m'en abstenir, si je veux démontrer que, heure par heure, eu quelque sorte, j'ai, en 1866, tenu le gouvernement en par^ fait état d'informations, et que, sans craindre d'engager ma propre responsabilité, je lui ai toujours soumis mes impressions personnelles. A ce double titre, je ne saurais m' empêcher d'insérer l'extrait suivant d'un rapport du 17 avril. M. Drouyn de Lhùys avait eu avec M. de Goltz, au sujet de la réforme fédérale, un entretien dans lequel il avait sagement fait les réserves que comportait notre intérêt.

En m'en donoant connaissance, il me recommanda de me placer sur le même terrain. Je me conformai à ses ordres, et j'eus ainsi l'occasion d'amener M. de Bismarck à s'expliquer plus complètement à cet égard :

Le président du conseil, disais-je,

(0 Lettre particulière du 10 avril 1806.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DBRNIEBES NEGOCIATIONS EN 1866. 101 en est vena à m'avouer qu'il ne sauruit prévoir luimême, en ce moment, le sort qui est réservé à su propositioa. Sera-t-elle agréée parla Diète, ou admise seulement après avoir été mutilée ou travestie? Si le Parlement doit se réunir, de quels éléments se composera-t-U? Sera-t-il conservateur ou libéral, réformateur ou révolutionnaire? Rien ne lui permet encore de pressentir ni les résolutions de ta Diète, ni l'esprit dans lequel on procéderait aux élections, si elles devaient avoir lieu. Il constate uniquement, avec une sorte de satisfaction , que l'opinioa nationale, surprise au premier moment, et portée à repousser la convocation d'une assemblée offerte par la Prusse, tend à revenir à d'autres dispositions qui pourraient se manifester avec une autorité suffisante pour embarrasser les gouvernements hostiles à la réforme, sinon les contraindre à l'appuyer. Il compte sur cette évolution du sentiment public en Allemagne pour s'opposer à toute résolution qui tendrait à dénaturer la révision du pacte fédéral telle qu'il la conçoit ; et c'est à cet égard seulement qu'il semble avoir, pour le moment, arrêté sa ligne de conduite. Il est deux points, notamment, sur lesquels il parait résolu à ne faire aucune concession, et ces deux points sont précisément ceux qui semblent rencontrer, à Vienne, et dans plusieurs cours secondaires, la plus vive résistance ; je veux parler de la réunion du Parlement à date certaine, et de l'obligation pour les États confédérés (Je se concerter, durant la période électorale, sur le programme dans les limites duquel l'assemblée devra circonscrire ses

n,g,t,7rJM,GOOglC

iOÎ MA MiSSlOH EN PRUSSE,

délibérations. Telles sont les données essentielles de son plan auxquelles il ne souffrira , autant que possible , aucune modification importante , et il se flatte, si d'autres éTentualités plus graves ne Tiennent à surgir, de pouvoir s'appuyer, dans la lutte qu'il aurait à soutenir, sur le concours du parti libéral , intervenant , comme il vient de le faire à Garlsruhe , par l'organe des Chambres électives des États secondaires.

Je lui ai fait remarquer que, suivant des informations dignes de foi, ta Diète, avant d'accepter le principe de la réforme fédérale par l'org'ane d'un Parlement, exigera que la Prusse articule les questions sur lesquelles il sera appelé à délibérer. Il m'a répondu qu'il s'y refusera obstinément, une semblable communication ne pouvant être faite sans devenir forcément l'objet d'un examen que les procédures ordinaires de ta Confédération permettraient de perpétuer. J'ai répliqué que la Diète ne s'empresserait pas davantage de statuer sur les deux points qui constituent sa proposition, telle qu'il l'a formulée, et que je ne me rendais pas plus compte des moyens qu'il lui serait permis d'employer pour la contraindre à se prononcer, que je ne comprenais l'attitude que la Prusse pourrait prendre devant les décisions dilatoires dont il est aisé de faire usage à Francfort. Ce sont là, m'a-t-il dit, les accidents de la lutte que nous avons engagée, et il serait prématuré d'y adapter dès à présent notre conduite ; nous attendrons, pour arrêter nos résolutions, de pouvoir prendre conseil des nécessités du moment.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DEKMEKBS NEGOCIATIONS EN 1860. lOS Revenant sur la conception qui vous a été exposée par M. de Goltz, tendant à fractionner en deux, groupes les influences en Allemagne et à les soustraire également à la direction de l'Autriche , il a ajouté que les développements de cette combinaison devaient être poursuivis sans parti pris, et qu'il gardait sa liberté d'action pour en régler l'emploi selon les circonstances. J'ai également représenté à M. de Bismarck qu'en accédant à la 'convocation d'unpurleraeut, la Diète ferait une concession qui peut-être ne serait pas moins un danger pour la Prusse que pour les autres Etats de la Gonfédérnti'^n : « Si, en efFet, ai-je dit, le suffrage universel choisissaitdeshoœmes entreprenants, ils ne tarderaient pas à revendiquer les attributions d'une assemblée constituante, et à franchir résolument les limites que vous auriez tracées à leui'spouToirs. — Le Parlement, m'a-t-il répondu, ne nous embarrasserait que s'il était médiocrement libéral; dans ce cas, il se renfermerait dons ses attributions, -et il s'arrêterait à des remaniements qui ne nous donneraient pas satisfaction, et tpi'il nous serait difficile, cependant, de décliner ; s'il était au contraire franchement conservatteur on révolutionnaire, nous serions, dans la première hypothèse, en situation d'en diriger les débats; dans la seconde, en mesure d'intervenir pour en arrêter les écarts ; et dès ce moment,, la Confédération, telle qu'elle a été constituée en 181S, se trouvant dissoute par la force des choses, rien ne s'opposerait phis à notre dessein d'orgoniser dims le nord de l'Allemagne, de concert avec les

it,Googlc

lOï MA MISSION En PRUSSE.

États compris dans qotre sphère d'action, une association conforme à nos vœux. «

J'entre dans ces détails, Monsieur le ministre, parce qu'ils me paraissent dignes d'être notés à plus d'un titre; ils nous révèlent, notamment, que M. de Bismarck n'hésite pas, pour assurer le triomphe de ses desseins, à recourir ù des expédients dont il lui est impossible de calculer la portée , et qu'il en accepte d'avance toutes les conséquences avec une extrême témérité. Son but est, dit-il, de faire prévaloir une combinaison qui assure à la Prusse une influence incontestée du Mein à la Bfdtîque et à la mer du Nord. Le moyen qu'il emploie, c'est, sans en exclure la guerre avec l'Autriche, la dissolution de la Confédération germanique, et U imagine, pour la renverser, une combinaison qui semble destinée, à première vue, à en consolider l'existence. Sa proposition a pour base le suffrage universel et la convocation d'un Parlement national , deux leviers qui peuvent soulever des tempêtes. Il le reconnaît et il ne s'en émeut pas; c'est qu'en réalité, s'il avoue que ses vues se bornent à d<^ miner le nord de l'Allemagne, il ne redoute pas d'ouvrir à son pays d'autres perspectives qu'il envisage avec la confiance que donne la conviction ou le désir de renouer la chaîne interrompue de ses agrandissements; et telle est son ambition, qu'il adopte spontanément, pour auxiliaires de sa politique, des entreprises qui échapperaient à sa direction pour relever de la fortune des armes ou des entraînements populaires, comme la guerre ou une représentation nationale

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1866. lOS constituée sur le principe des nationalités. Je crois encore, pour ma part, que la Diète repoussera le projet de la Prusse , et qu'elle y substituera d'autres combinaisons , destinées à détourner pour le moment les dangers qui menacent la paix de l'Allemagne . Dans l'un et l'autre cas , le cabinet de Berlin se résignera difficilement à un pareil écbec. Sortira-t-il de la Confédération, ou tentera-t-il de s'unir plus étroitement avec les États limitrophes des frontières prussiennes , au moyen d'arrangements particuliers, et, dans cette hypothèse, l'Autriche, avec les cours secondaires du Midi, souffrira -t- elle qu'il se constitue dans le Nord une association nouvelle que le prince de Schwarzenberg n'a pas tolérée en 1850, en menaçant la Pnisse de marcher sur Berlin et en la contraignant à subir l'humiliation d'Olmutz? 11 serait assurément téméraire et prématuré de vouloir devancer l'avenir en cherchant à reconnaître, dés à présent, celle de ces complications qui doit se réaUser ; mats , au point où sont les choses, il est difficile d'admettre que la situation actuelle puisse se dénouer sans amener un conflit ou une distribution nouvelle des in- fluences et peut-étredes territoires de cec6té duBhin. C'est dans cette prévision, Monsieur le ministre, que je ne crains pas de consigner avec détail, dans ma correspondance, au risque d'être prolixe et de tomber dans des répétitions , les faits et les appréciations qui me semblent dignes de fixer l'attention du gouvernement de l'Empereur'''.

(n Dépêche du 17 avril 1866, n* 70.

Je demanderai, dèsàprésent, si parmi leséveDements importants qui, en 1866, étaient en germe dans les démêlés de la Prusse avec l'Autriche, il en est un seul que je n'aie siynalé dès cette époque; si j'ai négligé de pressentir sur tous les points les vues du cabinet de Berlin ; si je me suis mépris sur te caractère et les calculs de l'homme d'État qui présidait le cabinet de Berlin et en était le principal et même l'unique organe. Qu'on retienne pour le moment ce que j'en écrivais le 1 7 avril 1866, deux mois avant la guerre.

Cependant, depuis l'avant-veille, la Prusse avait expédié à Vienne la réponse qu'elle devait à l'Autricbe. M. de Bismarck s'appliqua à y démontrer que, de son propre aveu, le cabinet de Vienne avait réuni des troupes en Bobème , tandis que celui de Berlin s'était borné à ordonner des mesures défensives ; et il en concluait que n'ayant pas , le premier, pris l'initiative de ces dispositions, il devait attendre que la cour impériale rapportât celles qui les avaient ntotivées. J'avais pn, le jour nèm« du 15, transmettre k Paris la substance de cette note, et le 17 j'en envoyais le teste i'\

Le 21, j'adressai la dépêche suivante :

i') Dépêches des 15 et 17 avril 1866, n" 68 et 71.

M,Googlc

Monsieur le Ministre,

Le cabinet de Vienne a mis à répondre à la communication de celui de Berlin, du 15 de ce mois, un Mopressement qui est, de sa part, une nouveauté digne de remarque. M. de Werther a donné connais* sance et remis copte le 17, à M. le comte de Mensdorff, de la dépêche du comte de Bismarck, et, dès le lendemain , le 1 8 , le ministre des affaires étrangères d'Autriche adressait au représentant de la cour impériale en Prusse une nouveUe dépêche que le comte Kardyi a pu communiquer hier au |M-ésident du conseil. AinM que j'ai eu l'hoDRenr de tous l'anDoncer par le télégraphe, l' Autriche, ne jugeant ni opporinn ni convenable, d'après ce qu'a bien voulu m'en apprmdre le comte Karolyi, de débattre plus longtemps la question de savoir laquelle des deux puissances a pris l'initiative des armements, offre à la Prusse d'y renoncer simultanément, et, a6n sans doute de ne laisser au cabinet de Berlin aucun prétexte de décliner sa proposition , elle s'engage à prendre les dispositioas nécessaires à cet effet dès le 25 de ce mois , s'il consent à y procéder, de son côté, dès le 26.

M. de Bismarck , n'étant pas entièrement rétabli, a eu l'honneur de recevoir le Roi au ministère des afKiiires étrangères peu d'instants après son entrevue avec M. le ministre d'Autriche, et a pu prendre les ordres de Sa Majesté sur la communication qui venait de lui être faite. J'ai vu mot-méme dans la soirée le |»ésîdeiit du conseil, et j'ai pu m'entretenir avec loi

n,g,t,7rJM,GOOglC

de la nouvelle phase dans laquelle est entré le grave incident qui menaçait d'une rupture prochaine les relations des deux grandes puissances allemandes. A ma question sur l'accueil qu'il ferait à ta proposition de l'Autriche, M. de Bismarck m'a répondu que les préparatifs militaires exécutés de part et d'autre n'étaient pas de même n&ture et ne comportaient pas les mêmes délais; que l'Autriche, en ordonnant le 25 le retour dans d'autres provincesdes troupes concentrées en Bohême, prendrait une mesure qui ne saurait être ef- ^tuée avant un terme plus ou moins long, tandis que la Prusse , ne pouvant que renvoyer dans leurs foyers les hommes de la réserve récemment rappelés sous les drapeaux, renoncerait le jour même, en l'ordonnant le 26, et en y procédant loyalement, aux précautions qu'elle a prises pour sa défense j de telle façon , qu'étant censée devancer la Prusse, l'Autriche n'aurait encore rien fait, tandis que la première de ces deux puissances aurait déjà rempli ses engagements.

Le président du conseil a ajouté que l'ouverture du cabinet de Vienne méritait d'autant plus d'être accueilhe avec réserve, que des informations dignes de foi, arrivant de tous les points de l'Empire, annonçaient un redoublement d'activité dans les armements de l'Autriche ; malgré les déclarations pacifiques réciproquement échangées, et les intentions dont témoigne la dépêche de M. de Mensdorff, les mouvements de troupes n'auraient pas été interrompus, et, ne se contentant plus d'augmenter ses forces sur les frontières de la Silésie, le gouvernement impérial aurait, à une

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES nEGOCIATIONS EN 1866. 109 date très-récente, appelé les réserves des corps réunis en Bohême. Dans cette situation, la Prusse, suivant M. de Bismarck , ne saurait s'engager à rétablir son armée sur le pied de paix avant d'être assurée qu'elle ne s'exposerait à aucun mécompte. Le président du conseil répondra donc a la communication qui lui a été faite hier : que le gouvernement du Hoi sera fidèle à ses déclarations antérieures et révoquera les dispositions militaires qu'il a ordonnées, si l'Âutricbe revient, de son côté, sur les mesures qui les ont provoquées ; il évitera toutefois de s'expliquer sur la date ou le terme d'un désarmement réciproque. Je ne suis nullement en mesure, Monsieur le ministre, de contrdler les assertions au moyen desquelles le gouvernement prussien croit pouvoir justifier l'attitude qu'il se propose .d'observer, et je dois me borner à vous les rapporter. H est vraisemblable, au surplus, que la forme dans laquelle elle sera conçue donnera a sa réponse SOI! véritable caractère ; si le ton et les termes en sont également conciliants, le cabinet de Vienne, ti le supposer sincèrement animé des sentiments qu'il témoigne , rappellera les troupes réunies en Bohême , en prenant acte des assurances qui lui seront données ; si, au contraire, M. de Bismarck s'exprime de manière à inspirer l'inquiétude ou la défiance , tout , évidemment, pourrait être remis en question. Je n'ai pu obtenir du président du conseil aucune explication à ce sujet''*

(') Dépêche du 21 avril 1866, n* U.

rmn-n-.;GoOg\c

au MA MISSION EM PRUSSE.

A cette commuDication officieUe, je joigois la lettrf particulière qu'on va lire :

Je ne veux ajouter qu'un mot à ma dépêche, pour TOUS dire que M. de Bismarck ue parvieut pas à dis> simuler son désappointement. Les armements de l'Autriche et l'irritation qui se manifestait à Vienne l'avaient porté à croire que l'empereur François- Joseph, après avoir permis à M. de Mensdorff d'affirmer officiellement qu'il n'avait ordonné aucune mesure militaire , ne consentirait pas a se désavouer et à reconnaître , en proposant de désarmer simultanément, qu'en réalité, et ainsi qu'on le prétendait à Berlin , on avait armé en Autriche comme en Prusse. Dans cette conviction , M. de Bismarck , selon les désirs du Roi , avait consenti à donner à sa dernière dépêche, croyant pouvoir le faire sans inconvénient, une forme courtoise. Il le regrette vivement aujourd'hui. 11 était très-soufirant à ce moment, et il n'a pas pu voir te Roi , auquel il a dû se borner à envoyer sa rédaction , que Sa Majesté a remaniée ou adoucie à deux reprises. S'il avait travaillé directement avec Sa Majesté, il en aurait certainement obtenu de maintenir certaines expressions qui auraient peut-être provoqué à Vienne des résolutions moins pacifiques.

L'indisposition du président du conseil pourrait donc avoir exercé sur la situation l'influence que les petites choses exercent souvent sur les grandes. Quoi qu'il en soit, il en a fait hier, je crois, la remarque au Roi , et il tentera de renouer tes fils rompus de ses

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1866. Itl combinaisons en répondant à la dernière dépêche de M. de MensdorfF. Si le Roi n'y met obstacle, il retardera l'expédition de sa réponse , et il ta calculera de manière à inspirer à Vienne de Douvelles iRquiétudes, espérant provoquer une manifestation qui changerait de nouveau la face des choses. C'est, du moins, sans qu'il me l'ait dit, ce que son langage me permet de conjecturer'''

J-a réplique de la Prusse ne se fit pas attendre aHssi longtemps que j'avais eu lieu de le supposer. Elle fut au contraire envoyée à Vienne dès le 21, et, le lendemain, j'en adressai copie à Paris, en l'accompagnant de la dépêche ci-après :

Berlin, le 22 avril 1866.

Monsieur le ministre.

Dans un conseil tenu hier au ministère des affaires étrangères, et après avoir pris les ordres du Roi , le cabinet prussien a décidé de répondre sans retard à la communication de l'Autriche du 18 de ce mois, remise avant-hier par le comte Karolyi à M. de Bis- ' murck, et le président du conseil a adressé dans la soirée, au baron de Werther, une dépêche dont le ministre de Prusse à Vienne donnera demain copie et lecture au ministre des affaires étrangères d'Autriche. Votre Excellence trouvera ci-joint lu traduction de cette pièce et de son annexe .

<*} lettre particulière du 31 avril 1870.

n,g,t,7rJM,GOOglC

J'avais l'honneur de vous écrire hier que M. de Bismarck avait l'intention de retarder de quelques jours l'expédition de sa réponse ; il me revient qu'il a changé d'avis, sur les observati>>ns de la plupart de ses collègues, qui ont jugé utile et opportun, afin d'établir une ibis de plus que les armements n'ont été provoqués et n'étaient continués que par l'initiative qui en avait été prise à Vienne , de manifester au contraire un empressement égal à celui de la cour impériale a déférer au vœu de l'opinion publique en acceptant sans délai une proposition qu'on ne pouvait d'ailleurs décliner. Votre Excellence remarquera du reste que le président du conseil a conçu et rédigé sa réponse dans le sens qu'il m'avait indiqué et que je vous ai fait connaître. En annonçant que le gouvernement du Boi adhère à la combinaison offerte par l'Autriche , il s'abstient de faire mention des dates qu'elle a proposées pour l'expédition des ordres, se bornant à ajouter que la Prusse prendra successivement des dispositions correspondantes à celles qui seront adoptées par le cabinet de Vienne et sur lesquelles on attendra d'être fixé par des communications ultérieures, afin de s'y conformer dans une mesure exacte. M est à noter que l'on semble également subordonner la réduction des effectifs prussiens à une résolution analogue des États secondaires, qui ont, de leur côté , ordonné des armements , et que le cabinet de Berlin laisse à celui de Vienne le soin de les déterminer à y procéder simultanément avec l'Autriche. Malgré toutes ces réserves, et bien qu'elles

DERNiÈBES NEGOCIATIONS EH 1866. 1J3 docneot à l'adhësion de ia Prusse un caractère doublement conditionnel, il y a tout lieu de présumer que la cour impériale éloignera les troupes réunies en Bohême, et que le danger d'un conflit imminent entre les deux grandes puissances est désormais conjuré'''.

Ma coufiance en une solution pacifique devait être trompée par l'Autricbe elle-même. On crut saToir à Viemie que l'Italie feisait avancer des troupes sur la frontière de la Vénétie, et on résolut de désarmer dans le Nord en armant dans le Midi, dans la conviction que la Prusse se conformerait à sei engagements, et qu'elle coDtremaDderait toutes les mesures militaires dès qu'on rappellerait les troupes qu'on avait concentrées en Bohême. C'était s'abuser singulièrement sur les desseins du cabinet de Berlin, et je m'empressai d'en avertir le gouvernement dans deux dépêches, l'une du 25 et l'autre du 27 avril. A la première de' ces deux dates, j'écrivais en outre à M. Drouyn de Lhuys, dans une lettre particulière :

Je n'avais pas revu M. de Bismarck depuis la date de ma dernière lettre particulière, dans laquelle je vous le représentais fort désappointé de la tournure que prenaient les choses. Je l'ai trouvé aujourd'hui

(•) Dépêche da 22 avril 1866; d* 76.

n,g,t,7rJM,GoOglC

tort satisfait. Si exagérées que puissent être les nonvelles qui arrivent d'Italie et de Vienne, il se persuade que le cabinet autrichien juge indispensable de se tenir sur la défensive, et qu'il devra dès lors augmenter son état militaire en Vénétie; qu'il devra dans tous les cas renoncer à mettre ses forces sur le pied où elles étaient avant la concentration des troupes qu'il a cantonnées en Bohème. C'est vous dire que le président du conseil espère ne pas être tenu de désarmer. Si on lui représente que la Prusse doit considérer comme une garantie suffisante pour sa sécurité l'éloignement des troupes autrichiennes, il insistera pour l'entière exécution des engagements qui ont été implicitement contractés de part et d'autre dans les dépêches récemment échangées entre les deux cours, et cette attitude ne pourrait que déterminer, l'Autriche a activer le développement de ses moyens de défense. Je n'ai pas besoin de vous dire ce que ferait la Prusse de son côté.

M. de Bismarck ne m'a pas caché d'ailleurs que le gouvernement prussien ne saurait rester indifférent à une agression de l'Autriche contre l'Italie ; la loyauté, non moins que son propre intérêt, lui ferait un devoir, en pareil cas, de prendre part à la guerre. En l'entendant s'exphquer à ce sujet dans des termes qui ne comportaient aucun doute, je mesuis demandé si celte éventualité n'a pas été prévue ou concertée entre Berlin et Florence. Rien, jusqu'à présent, ne m'avait donné lieu de le soupçonner; mais s'il était vrai que le cabinet italien provoque Un conflit avec l'Autriche, il

n,g,t,7rJM,GOOglC

DEltNlÈBES NÉGOCIATIONS EN 1866. 115 faudrait croire qu'il existe autre chose que le traité que nous connaissonsf^

M. de Bismarck jnstifiait mes prévisioos au moment même où je les formais. \ la date de la lettre que je viens de citer, il invitait en effet M. de Weitber, par une dépêche dont cet a^ent devait donner lecture sans en laisser copie, à ne pas dissimuler à Vienne que :

Du moment où l'Autriche se croyait obligée de donner un plus grand développement à ses forces militaires, et quel que fût le point de son territoire vers lequel elle les dirigerait, la Prusse ne saurait consentir à désarmer.

J'exposai cette situation nouvelle, et propre à éteindre les dernières espérances que conservaient encore les amis de la paix, dans deux dépêches '*\ et dans une lettre particulière où je disais :

La communication que M. de Werther a

faite hier au comte de Mensdorff ne peut manquer d'éveiller les plus vives inquiétudesà Vienne et de provoquer de nouveaux armements, au lieu de disposer le cabinet autrichien à désarmer. M. de Bismarck n'a peut-être pas autre chose en vue; mais, dans le mi>-

(') LeUre particulière du 25 avril 1866.

<*) Dépêches des 27 et 28 avril 1866, n- 78 et 79.

D„:,iP<.-jM,G00glc

Ii6 MA MI3S10K EN PRUSSE,

ment actuel, ce serait un résultat d'une grande importance , car si l'Autriche continue ses préparatifs militaires, la Prusse ne tardera pas de son cdté à augmenter les siens, et le président du conseil en viendra ainsi, comme je vous l'ai dit il y a longtemps , à réaliser le projet qu'il poursuit, celui de mettre les deux armées en présence.. .''^

Lesordres donnés à M. de Werther se croisaient avec deux communications nouvelles du cabinet de Vienne. Son représentant à Berlin était en effet chai'gé de déclarer à la Prusse que l'Autriche maintenait sa proposition de désarmement, et qu'elle offrait en outre de soumettre à la Diète de Francfort la question des duchés. Le comte Karolyi s'ac> quittait de ces ordres le 28; et, le 29, j'en rendais compte, en envoyant copie de la première des deux dépêches qu'il avait laissées entre les mains de M. de Bismarck. Je faisais remarquer que , sur le premier point, le frouvemement impérial persistait à exiger un désarmement simoltaué, pendant qu'à Berlin on le voulait successif, c'est-à-dire dans l'ordre où chacune des deux puissances avait armé; sur le second, je constatais que l'invitation de l'Autriche équivalait à une déclaration explicite de ne consentir en aucun cas à l'annexion du Holsteiu et du Schleswig à la Prusse.

(■) Lettre particulière du 28 avril 1866.

n,g,t,7rJM,GOOglC

H. de Bismarck, après avoir reçu le' comte Ka-

rolyi, a travaillé avec le Roi pendant deux heures, et réuni ensuite ses collègues en conseil. Je l'ai vu dans la soirée ; il a bien voulu m'entretenir des communications qui lui avaient été faites par le ministre d'Autriche , en ajoutant que le gouvernement royal ne saurait accéder aux ouvertures qui en font l'ohjet; mais il n'a pas consenti à me faire connaître les résolutions définitives auxquelles on s'arrêterait. Je présume cependant qu'elles ne tarderont pas à être adoptées, et dès que j'en serai informé , je m'empresserai de vous en donner avis par le télégraphe ('\

Dans le désir de profiter des torts que rAutriche semblait se donner, et de laisser peser sur elle la responsabilité de la gaerre, le cabinet de Berlin fit remettre une dernière note à Vienne, dans laquelle il s'engageait à replacer l'armée sur le pied de paix, si la cour impériale promettait, de son côté, d'adopter, sans réserve d'aucune sorte comme sans retard, la même résolution. Les choses, à ce moment, avaient marché rapidement de l'autre cdté des Alpes ; l'Italie et l'Autriche avaient mis leurs troupes en mouvement. On en était instruit à Berhn , et on savait que le cabinet de Vienne ne pouvait faire à cette ouverture un accueil favorable et immédiat. Sa réponse fut conforme aux exigences

(>> Dépêche du 39 avril 1S«6, n" 80.

n,g,t,7rJM,GOOglC

de la position qu'on lui avait faite ; elle ne fut ni ne pouvait être conçue dans le sens d'une acceptation pure et simple, et dès que M. de Werther en donna connaissance par le télégraphe, on expédia Tordre d'exécuter les mesures militaires qu'on avait préparées. La dernière note prussienne était datée du 30 avril, elle fut communiquée le I " mai ''', et le 4 j'adressai à Paris la dépêche suivante :

Monsieur le ministre ,

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le mander par le télégraphe, le Roi a ordonné hier, en conseil, de nouveaux armements qui semblent devoir conduire à la prochaine mobilisation de toute l'armée prussienne. M. de Bismarck, que j'ai vu dans la soirée, ne me l'a pas caché, en me déclarant toutefois que Sa Majesté ayant recommandé, en un pareil moment, lu discrétion la plus absolue , il ne lui était pas permis de me donner des informations exactes sur les résolutions qui ont été prises. Il me revient cependant qu'on aurait décidé la mobilisation immédiate de quatre corps d'armée , pour laquelle les ordres auraient été expédiés à l'issue même du conseil , et qu'on procéderait successivement à celle des autres corps en tenant compte des circonstances. Vous savez que le ministère, se-

I') Dépêche du 1- mai 1866, n" 82.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1866. 119 côndë par les (généraux influents, avait proposé au Roi ces mêmes mesures depuis plusieurs jours. Sa Majesté avait refusé de les sanctionner, en se fondant sur la nécessité do n'y recourir que quand l'urgence , en serait démontrée , et sur la convenance d'attendre la réponse de l'Autriche à la dernière communication diplomatique de la Prusse. J'ai eu l'honneur de vous apprendre que le. baron de Werther avait annoncé par le télégraphe que le cabinet de Vienne était placé, de l'aveu de M. de Mensdorfîf, dans l'impossibilité de désarmer devant les préparatifs militaires de l'Italie. D'un autre côté , on dit ici que l'Autriche n'a cessé , durant ces derniers jours , de concentrer de nouvelles forces en Bohême, et si les renseignements qu'on prétend avoir reçus a Berlin étaient exacts, les troupes autrichiennes qui s'y trouveraient réunies en ce moment seraient assez nombreuses pour occuper la haute Silésie sans que le corps d'armée qui stationne dans cette province fût en état de leur résister. Ces circonstances semblent avoir déterminé le Roi à accéder aux avis de son conseil et à donner son approbation aux dispositions qui ont été arrêtées hier. On assure, d'ailleurs, que les ministres avaient été unanimes pour ne pas laisser ignorer à Sa Majesté qu'ils ne sauraient plus longtemps assumer la responsabilité que faisaient peser sur eux des retards qui laissaient le pays exposé à une invasion. On ajoute que le Roi, qui désirait uniquement couvrir sa responsabilité souveraine envers ses peuples et envers l'Europe, a reconnu hautement, au sein du conseil, que le moment était

D„:,iP<.-jM,G00glc

120 MA MISSION EN PIIUSSE, venu de mettre l'armée sur le pied de guerre , et que le prince royale dont je vous ai plusieurs fois signalé les dispositions pacifiques , se serait exprimé dans le ' même sens avec une extrême vivacité. On dit enfin que la Reine, ne jugeant plus utile ni convenable de tenter de nouveaux efforts pour amener un rapprochement avec l'Autriche, songe à quitter Berlin et à se rendre à Bade, ainsi qu'elle le fait chaque année à cette époque. La Reine douairière aurait eu, de son côté, une dernière entrevue avec le Roi, après laquelle elle aurait reconnu l'inopportunité de ses instances, et elle a également résolu de s'éloigner. Je rapporte ces bruits sans pouvoir les garantir, et uniquement parce qu'ils permettent d'apprécier la disposition des esprits autant que l'état réel des choses '■'K

La politique de M. de Bismarck triomphait; le conflit qu'il avait préparé avec une ÎDébranlable obstination devenait inévitable et imminent. Au moment de lancer son pays dans les hasards de la guerre, il n'était pas cependant sans appréhension. Je dirai pins loin en quelles circonstances et dans quels termes il me le témoîgnait**^ Je placerai toutefois ici quelques autres extraits de ma correspondance, pour bien démontrer qu'en aucune cii^ constance je ne suis intervenu dans les arrangements conclus entre l'Italie' et la Prusse.

(•) Dépêche du 4 mai 1866, n* 84.

W Voir page 129.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1866. IM — Le géDéral Govone , qui était retourné en Italie depuis trois semaines pour prendre le commandement d'une division , est revenu à Berlin avant-hier. Son retour ne m'u pas été annoncé par M. de Barrai, et je ne l'ai appris qu'en rencontrant cet officier général, hier au soir, au moment où il sortait du cabinet de M. de Bismarck. J'ai interrogé le général Govone sur l'objet de son nouveau voyage , il m'a fait une ' réponse évasive. Le président du conseil, de son cdté, a également évité de me donner une explication satisfaisante. Il est évident qu'il y a un mystère, et qu'on tient à me le cacher.

De quelle nature est-il ? Je l'ignore. Si on voulait uniquement ajouter quelques clauses supplémentaires au traité que nous connaissons, on ne me témoignerait pas une pareille défiance. Vous vous rappelez que les engagements contractés par les deux parties ne s'appUquent qu'au cas où la guerre éclaterait entre l'Autriche et la Prusse ; le cabinet de Florence cherche-t-il à les étendre au cas où les hostilités commenceraient de l'autre cdté des Alpes, et veut-il pouvoir en prendre l'initiative avec la garantie du concours des armées prussiennes? Vous déciderez s'il convient d'interpeller M. Nigra. Ce qui me semble certain, c'est que le général Govone ne peut avoir quitté son commandement et être revenu à Berlin que pour un objet important sur lequel on évite de me renseigner ('*

(>J Lettre particulière du 22 mai 1866.

it,Googlc

lit MA MISSION EH PBDSSE.

A. la légation d'Italie on soutient qu'il ne se négocie rien entre le cabinet de Florence et le gouvernemeut pru&sîen , et que le général Govone , qui avait été rappelé en Italie en toute hâte pour y recevoir le commandement d'une division , est revenu à Berlin uniqucoient pour prendre congé du Roi, dont il avait reçu, en toute occasion , l'accueil le plus gracieux. Je conserve néanmoins mes doutes.

Les Italiens redoutent au moment suprême une défaillance du Roi ; M. de Bismarck n'est pas luimême sans appréhension à ce sujet ''>. ........

Le général Govone, qui n'était revenu de Florence, disait-on, que pour obtenir une audience de congé du Roi , se trouve toujours à Berlin. Un colonel d'étatmajor, qui lui avait été attaché à l'origine de sa mission , est parti seul , retournant directement en Italie (*> -

Quelques jours après, cet officier général repartit pour l'Italie, sans qu'il m'eût été permis de pénétrer le motif qui l'avait ramené et retenu si longtemps à Berlin, M. de Bismarck, à ce moment, se refusant, comme on le verra, à s'expliquer sur ses rapports avec les agents du cabinet de Florence '*'.

Le gouvernement de l'Empereur, non moins

<■) Lettre particulière du 23 mai 1866.

W Dépêche du 29 mai 1866, n* 110.

(') Voir page 162.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DEHMERES NEGOCIATIONS EN 18S6. ISS émi) que les antres puissaoces de rimminence d'une lutte armée , s'était concerté avec l'Angleteire et avec la Russie pour conjurer un si j^and pi^ril. Dès le 19 mai, M. Drouya de Lhuys me disait part officiellement des pourparlers ouverts dans ce but, et le 24, it m'invitait à me concerter avec les représentants des cabinets de Londres et de Saint^Pctersbourg, pour proposer à la Prusse de réunir à Paris une conférence où seraient représentées les grandes puissances, et lui soumettre les graves questioDS qui. menaçaient la paix de l'Europe. La Prusse se montra, dès ie premier jour, disposée à y adhérer; mais, avant même d'être autorisé à l'annoncer à Paris, je signalai dans quels sentiments notre ouverture serait accueillie à Berlin, et j'adressai au gouvernement la dépêche suivante :

..HECTio. PounouE.

Monsieur le ministre, J'ai eu l'honneur hier de vous rendre compte de l'entrevue que mes collègues et moi nous avions eue avec le président du conseil: je voudrais vous dire ■aujourd'hui , autant que je le puis savoir , comment le Boi d'un côté et M. de Bismarck de l'autre envisagent la réunion d'un congrès.

Appréciant l'état des choses avec ses dispositions

n,g,t,7rJM,GOOglC

habituelles, et pénétré du sentiment de sa responsabilité , le Roi n'a pas cessé de redouter la guerre, pour l'histoire de son règne et pour le bien de son peuple, sans pouvoir cependant se résoudre à résister aux entraînements d'une politique qui séduit l'ambition traditionnelle de sa race. Il a donné ainsi son approhation à des mesures qui lui ont en quelque sorte fermé toute retraite , avec la conviction qu'elles ne rendaient pas tout arrangement impossible. Depuis que ces mesures ont reçu leur entière exécution , il lai arrive de ne plus méconnaître les dangers auxquels elles exposent la paix , et -cette révélation lui cause une émotion qu'il ne parvient pas toujours à dissimuler à son ent(>urage. Dans cette disposition, il ne pouvait manquer de considérer le congrès comme une chance heureuse d'éviter un conflit armé, et il me revient qu'il s'est déjà exprimé dans ce sens. On m'assure que Sa Majesté admet qu'il lui serait permis, sans préjudice pour l'honneur de la couronne, de faire à l'Europe des concessions qu'il ne lui eût pas été possible d'accorder à l'Autriche , en présence des deux armées, et qu'elle s'entretient des négociations futures en exprimant sa confiance dans un résultat satisfaisant, quelque générale que soit l'incrédulité de ses conseillers. Si ces renseignements sont exacts, comme j'ai tout lieu de le croire, nous pouvons donc espérer que la proposition faite à la Prusse de parti-" ciper à des délibérations communes sera accueillie sans réserve par le Roi, ainsi que le président du conseil nous l'a d'ailleurs fait pressentir hier.

n,g,t,7rJM,GOOglC

DERNIÈRES NÉGOCIATIONS EN 1866. 129 Je ne surprendrai pas assurément Votre Excellence en lui annonçant que M. de Bismarck ne semble pas partager les vues de son souverain. J'ai eu trop souvent l'occasion de vous exposer le véritable objet auquel ont constamment tendu tous ses efForts, pour le rappeler ici avec quelque développement; je me bornerai à constater qu'en poursuivant l'annexion des duchés, comme en proposant à la Diète de réunir un Parlement, il s'est toujours et uniquement proposé de rompre, au profit de la Prusse, l'équiUbre germanique constitué en 1815 pour assurer à l'Autriche la prépondérance en Allemagne. Après avoir usé de tous les expédients pacifiques, il a accepté la guerre comme le suprême et le meilleur moyen d'atteindre ce but, et Votre Excellence sait Thabileté qu'il a déployée pour y contraindre non-seulement ses adversaires, mais aussi le Roi lui-même. Le congrès et la paix renverseraient tous ses projets, au moment où il secroitàlaveille de les réaliser. M. de Bismarck n'est pas de ces esprits qui se font aisément illusion , et il est persuadé que, devant les puissances réunies en conférence, sa politique ambitieuse serait tenue en échec et réduite à abdiquer. La Prusse obtiendraib-elle les duchés, ce qui ne lui est nullement démontré, qu'elle devrait encore se résigner h les acquérir au prix de certains sacrifices auxquels le président du conseil n'a pas certainement préparé le pays, et une pareille transaction , dans l'état actuel des choses et des esprits, en démentant les espérances qu'il avait autorisées, entraînerait, avec la mine de tous ses plans,

n,g,t,7rJM,GOOglC

ISfi MA MISSION EN PRUSSE,

celle de sa situation personnelle. M. de Bismarck néanmoins a compris qu'il ne pouvait décliner le congrès offert par les puissances , et qu'il tenterait en vain d'autre part de détourner le Roi de s'y faire représenter. Il conseillera donc à Sa Majesté d'y participer, mais je ne crois pas me tromper en supposant qu'il ne fêta aucun effort pour en assurer le succès, s'il ne trouve pas l'occasion d'y mettre obstacle.

Il est un point sur lequel il est en par&it accord avec le Roi, et que je dois signaler particulièrement à l'attention de Votre Excellence, parce qu'il pourrait lui fournir des prétextes plausibles pour déterminer son souverain à prendre des résolutions regrettables. Le Roi et le président de son conseil sentent tous deux qu'en se prolongeant la situation respective des puissances armées se modifierait sensiblement au préjudice de la Prusse. Des considérations diverses, mais également déterminantes, exerceraient en effet une influence fâcheuse, à tous égards, s'il survenait dans la réunion des plénipotentiaires et dans leurs délibérations des retards prolongés. Vous connaissez l'organisation militaire de lu Prusse, et j'ai eu l'honucur de vous mander que tous les intérêts tenus en souffrance par la levée de la landwebr ne permettent pas de la garder indéfiniment sous les drapeaux, dans l'attente d'événements ultérieurs, sans s'exposera provoquer un mécontentement et peut-être des troubles qui seraient d'autant plus probables qu'elle n'a témoigné jusqu'à présent aucun enthousiasme pour la cause qu'elle est appelée à servir.

D„:,iP<.-iM,G00glc

DERNIERES NEGOCIATIONS EN lSfl6. 127 D'autre part, les charges que comporte la mobilisation totale de l'année épuisent rapidement les ressom-ces du trésor, et ses réserves ne sauraient dispenser le gouvernement de recourir avant peu au crédit public, à moins de manquer à ses engagements. Or il ne serait pas aisé au cabinet actuel de contracter un emprunt sans le concours de la représentation nationale, et il n'a que trop de raisons pour craindre qu'elle le lui refiise, si, au moment de la prochaine convocation des Chambres , les négociations sont encore pendantes. La majorité exigera, dans tous les cas, que le ministère s'explique, et les discussions qui s'ensuivront ne pourront aboutir qu'à la retraite du cabinet ou à la prorogation de l'assemblée, double éventualité qu'on est dans la nécessité d'éviter également, et qu'on croirait pouvoir conjurer si les hosti* lités étaient ouvertes avant la réunion des Chambres. Enfin tous les préparatifs pour entrer en campagne sont ou vont être terminés en Prusse. On a lieu de penser que ceux de l'Autriche ne sont pas aussi avancés ; mais ce qui ne parait pas douteux, c'est que la plupart des États du Midi n'auront pas complété leurs armements avant plusieurs semaines, et qu'ils ne seront pas jusque-là en mesure de prendre une part active à la guerre. Or ces États ne manifestent que trop l'intention de prêter l'appui de leurs armes à l'Autriche, et la Prusse a uii intérêt de premier ordre à ne pas perdre un temps si précieux pour elle. Ces considérations fournissent à M. de Bismarck des moyens tout-puissants pour exercer sur l'esprit

tK HA MISSION EN PRUSSE.

du Roi une influence qui pourrait être d'autant plus décisive qu'il serait secondé par tous les cheis de l'armée. Les généraux , qui ont déjà regretté les retards que Sa Majesté a mis à ordonner la mobilisation , déploreront hautement ceux qu'ils imputeront à la diplomatie, et le présideut du conseil sera mis ainsi à même de peser activement sur les résolutions souveraines. J'apprends que M. de Bismarck se propose déjà d'insister auprès des puissances intervenantes pour ta prompte réunion de la conférence, et qu'il en demandera laconvocatioD sans attendre, au besoin, que la Confédération ait statué sur le choix de son représentant. Mais, quelque inexacte que puisse être cette information, Votre Excellence voudra bien me permettre d'ajouter qu'il est d'une extrême urgence d'assembler les plénipotentiaires, et d'amener les cours engagées dans le différend à débattre et à accepter les bases définitives des négociations.

Vous aurez remarqué que M. de Bismarck , en recevant hier notre communication , ne nous a pas caché qu'il s'abstiendrait de participer personnellement aux travaux du congrès , ou qu'il ne consentirait à y faire qu'une courte apparition. Son dessein est de ne pas quitter le Roi; les exigences de sa situation et le caractère de Sa Majesté lui en font un devoir. Il pense sans doute que son opinion prévaudra plus aisément, s'il peut l'appuyer lui-même auprès du Roi, que s'il devait l'exprimer de Paris par le télégraphe, ou dans ses rapports. Je présume également qu'il préfère ne pas se trouver en présence des plénipoten-

n,g,t,7rJM,GOOglC

DEBNIETIES NEGOCIATIONS EN 18e«. 12»

tiaires des autres puissances et soutenir à Berlin ses prétentions, laissant à M. de Goitz le soin de les défendre devant la conférence. Il est probable , en outre, qu'il craint de faciliter par son absence le succès d'influences occultes qui n'ont pas renoncé à amener un rapprocbement entre les deux souverains des deux grandes puissances altemandes. Ces efforts ne semblent pas devoir réussir pour le moment ; mais, s'il s'éloignait, on pourrait parvenir à surprendre le consentement du Roi h une entrevue avec l'empereur d'Autriche, et il lui importe de surveiller soigneusement lui-même les avenues du palais. Ses préoccupations à cet égard sont tellement éveillées, qu'il se propose, assure-t-oa, de suivre le Roi en

campagne si la guerre vient à éclater ^''

Veuillez, etc.

Le l"JLiiD, j'étais en mesure de communiquer au gouvernement de l'Empereur l'assentiment de la Prusse à la réunion de la ccaférence ^*^, et, à ma dépêche, j'ajoutai une lettre particulière dont je citerai un extrait :

Je vous rends compte, disais-j^ au ministre des affaires étrangères, de l'entrevue que nous avons eue hier soir, mes collègues d'Angleterre, de Russie et moi, avec M. de Rismarck, et de l'insistance qu'il u

<') Dépêche du 29 mai 1866, n> 110.

m Dépêche du l-juin 1666, n* 112.

n,g,t,7rJM,GOOglC

mise à nous démontrer que la Prusse était placée dans la nécessité absolue de pouvoir compter pro* chaineuent sur un résultat satisfaisant des délibérations de la conférence, ou d'accepter la lutte sans plus de retard. Au moment de nous séparer, il m'a retenu sous prétexte de conférer avec moi sur Ja rédaction de ses pleins pouvoirs, au sujet desquels je lui avniâ fait, devant mes collègues, Ja recommandation contenue dans votre dépêche télégraphique d'hier. Mais, aussitôt après le départ de M. d'Oubril et de lord Loftus, il est revenu sur l'impossibilité où serait la Prusse d'attendre, pour commencer la jpierre, que les États secondaires aient mis leurs armées en état d'y participer : « Que penserait-on à Paris, et qu'arrivcrait-il si les hostilités venaient à s'ouvrir dès à présent? Lesnéf^ociations, dans l'état actueldes choses, n'ont que peu de chances d'aboutir; elles pourraient, au contraire, en avoir de trcs-sérieuses après une première bataille. 1 Jemesuis vivement récrié contre un pareil calcul, et je me suis appliqué à prouver que la démarche de conciliation que nous avons faite, de concert avec la Russie et l'Angleterre, ainsi que l'accueil favorable qu'elle avait rencontré, liaient moralement toutes les puissances, et qu'il était désormais du devoir de chacune d'entre elles de s'abstenir avec soin de tout ce qui pourrait mettre obstacle à la réunion de la conférence. M. de Bismarck ne m'a rien objecté, et il s'est borné à me rappeler, avec plus de détail, toutes les considérations qui lui font désirer de pouvoir retrouver sa liberté d'action. Il a ajouté

it,Googlc

DERNIERES NEGOCIATIONS EN 1868. 131 que les généraux s'irritent des lenteurs de la diplomatie, dans la conviction t|u'en ce monient même ils battraient les Autrichiens, tandis que l'armée prussienne sera mise en état d'infériorité numérique, et par conséquent exposée à des revers, le jour où elle aura a combattre à la fois contre les Autrichiens et les troupes des États secondaires, qui pourront, avant longtemps, lui opposer deux cent mille hommes. Ces mêmes {jénéraux lui déclarent et représentent au Roi, qu'en retardant l'entrée en campagne, on met la monarchie à la merci de ses ennemis, et ils déclinent pour eux comme pour l'armée la responsabilité des malheurs qui peuvent en résulter. Je ne saurais donc vous garantir, malgré tous les efforts que j'ai faits ici, et que je pourrais faire encore pour détourner le goii- Ternement prussien de toute détermination regrettable, qu'il ne surgira aucun incident propre à faire éclater prématurément lu guerre. Il faut, dans tous les cas, vous attendre à trouver M. de Bismarck, à son arrivée a Paris, résolu à brusquer une décision '''. . .

L'Autriche devait elle-même, une dernière fois avant l'oBvertnre des hostilités, seconder les vues et les espérances de M. de Bismarck. Il me l'apprit en m'auDonçaot, Je 3 juin, qu'on lui mandait de Vienne et de Saint-Pétersbourg que le cabinet autrichien avait adhéré à la réunion de la conférence, mais eu subordonoaut son assentiment à la double

(.'I Letire particuliëi-e du 1" juin 1866,

n,citi7rjM,G00<^lc

condition qu'on n'y débattrait aucune question territoriale, et que les puissances qui y seraient représentées renonceraient d'avance à tout agrandissement. On veut la guerre à Vienne, me dit-il, et ces réserves n'y ont été imaginées que poui" se donner le temps et permettre aux États du Midi de terminer les préparatifs militaires'''..

M. de Bismarck avait été bien renseigné sur la réponse de l'Autriche, et les trois puissances jugèrent, comme lui, que les conditions mises par le cabinet de Vienne à la réunion des plénipotentiaires ne permettaient pas de les convoquer. L'avis en parvint le 4 juin à Berlin.

J'étais chez M. de Bismarck, écrivais-je

le même jour à M. Drouyn de Lhuys, au moment où on lui a apporté une dépêche télégraphique de M. de Goitz exactement conforme a celle que vous avez bien voulu m'adresser aujourd'hui , et que j'ai reçue en rentrant à l'ambassade'*'. Après l'avoir lue il s'est écrié ; Vive le Roi '*' !

Est-il besoin de dire qu'on ne perdit pas un jour à Berlin pour user de la liberté qui était rendue à la Prusse? Le cabinet de Vienne avait invité la Diète

(■> Dépêche du 3 juin 1866, n' 116.

(*) Les deux dépêches annoaçaieut que les puistances renonçaient à leur proposilioa.

(>) Lettre particulière du 4juin 1866.

n,g,t,7rJM,GOOglC

OOVEBTDRE DES HOSTILITES. 133

de Francfort à statuer sur le sort des ducbés de l'Elbe ; le cabinet de Berlin vit dans cette motion une atteinte aux droits souverains du Roi sur ces territoires, et donna l'ordre au général de Manteuffel, commandant dans le Scbleswig, de faire avancer une partie de ses troupes dans le Holstein, qui était occupé par les Autrichiens, sous les ordres du général de Gablentz. Après avoir protesté contre cet acte de violence, l' Autriche rappela de Berlin le comte Rarolyi et demanda à la Diète de mobiliser l'armée fédérale. Cette résolution fut votée le 14juio. I^a Prusse la considéra comme une déclaration de guerre, et ses armées envahissaient le lendemain la Saxe, le Hanovre et la Hesse électorale. Les hostihlés étaient ouvertes.

Avant de continuer cet exposé, il me reste à démontrer que j'avais prévu les graves altérations que pouvaient amener dans la situation politique ou territoriale les projets de réforme fédérale conçus par M. de Bismarck, et on admettra, je pense, que, dans ce but, je ne saurais me dispenser de reproduire ici les dépêches qu'on va lire ;

Berlin, le 8 juin 1866.

DËrfiCHE.

Monsieur le ministre.

Toutes les fois qu'il m'en donne l'occasion, j'ai soin d'éveiller l'attention de M. de Bismarck sur les dan-

n,g,t,7rJM,GOOglC

gers auxquels ses comhinaisons pour reconstituer sur de nouvelles bases la Confédération germanique , pourraient exposer les relations de la Prusse avec les grandes puissances et notamment avec la France. Je désire qu'il soit constant , pour lui comme pour moi , qu'en aucune circonstance je ne lui ai permis de supposer, ni par mon langage, ni par mon attitude, que le gouvernement de l'Empereur pourrait être disposé à tolérer une situation inconciliable avec nos intérêts les plus essentiels.

Ayant été reçu avant-hier par le président du conseil , je le trouvai occupé à examiner les dispositions de la loi élaborée en 1849 pour l'élection des députés au Parlement allemand , et il voulut bien s'en entretenir un instant avec moi. J'en pris prétexte pour lui représenter que je ne le voyais pas sans une certaine appréhension poursuivre la réforme fédérale au moyen d'un instrument aussi redoutable qu'une représentation populaire et unique pour toute l'Allemagne; je lui fis observer que j'étais loin d'élever une objection quelconque contre les améborations de tout ordre dont le régime fédéral était susceptible ; mais qu'il ne fallait pas se dissimuler qu'une Fois engagés dans cetfe voie , les États confédérés pouvaient être entraînés à prendredes résolutions d'un caractère européen; qu'il fallait surtout s'y attendre, si le soin de régler toutes choses était confié a une assemblée, et que le cabinet prussien devait lui-même s'en préoccuper, comme nous , au point de vue des rapports de nos deux pays; car, ai-jedit, vous ne pouvez vous refuser

n,g,t,7rJM,GOOglC

OUVBBTirRE DES HOSTILITÉS. 185

à admettre cju'il nous serait impossible d'accepter des changements qui nous placeraient dans une situation nouvelle et fâcheuse pour notre sécurité.

Le président du conseil a voulu me démontrer qu'il ne poursuivait aucun plan dont la France aurait lieu de s'alarmer , et il m'a indiqué les traits principaux de celui qu'il semble aujourd'hui, et après mûr examen, résolu à foire prévaloir. Ce plan reposerait sur trois données principales : il impliquerait en jiremier lieu l'exclusion de l'Autriche de la Confédération; puissance européenne et se composant de populations d'origines diverses, l'Autriche ne saurait faire partie d'une association d'États allemands sans l'exposer à des conflits perpétuels avec les autres gouvernements de l'Europe , ni sans entraver son développement national et économique; la guerre d'Orient comme celle d'Italie, et l'histoire du Zollverein, suffisent à le démontrer.

L'expérience, d'autre part, ne permet plus de douter que les affaires d'un caractère administratif ou commercial ne puissent être mieux débattues dans une assemblée législative que dans une réunion de ddéçués des souverains; il ressort de là la nécessité d'instituer un Parlement, dont les décisions s'imposeront d'elles-mêmes à tous les confédérés. Mais ce Parlement ne pouvant être investi d'attributions politiques sans qu'il en résulte une limitation des droits souverains de chaque État, la nature des travaux de cette représentation et sa compétence seront définies d'avance, de façoD qu'elle ne puisse connal-

n,g,t,7rJM,GOOglC

tre que des questions d'ordre purement économique.

Le troisième point qui devrait faire l'objet de la réforme fédérale, c'est l'état militaire de la Confédération, et M. de Bismarck résume ainsi ses idées à ce sujet : en temps de paix comme en temps de guerre^ les forces des Ëtats associés seront divisées en deux armées; le commandement de l'une de ces armée» restera confié à la Prusse , celui de l'autre à la Bavière.

Ainsi , monsieur le ministre , la nouvelle Confédération germanique, suivant les projets du président du conseil, ne comprendrait plus l'Autriche; les princes et les États qui en leraient partie conserveraient la direction de leur politique, laissant à un Parlement commun le soin de régler leurs intérêts économiques ; cette association aurait deux armées , celle du Nord et celle du Midi , placées en tout temps sous le commandement permanent des deux plus grandes parmi les puissances associées. M. de Bismarck ne songerait nullement, d'après ce qu'il m'a dit, à amener en Allemagne des remaniements territoriaux , ou du moins il n'entendrait imposer aux confédérés de la Prusse aucun sacrifice de cette nature. Pour ne leur laisser aucun doute à cet égard , et les convaincre de l'intention du gouvernement du Roi de respecter leurs possessions, il songe à livrer à la publicité son projet tout entier , et c'est dans cette pensée qu'il a voulu se rendre compte des dispositions de la loi électorale de 1 849. Je rappellerai à ce sujet que la Prusse a cependant stipulé, dans le

n,g,t,7rJM,GOOglC

OnVERTDRE DES HOSTILITES. 18T

traité qu'elle a codcIu avec l'Italie, une compensation équivalente à la Vénëtie, et que si elle sort triomphante de la lutte qu'elle est à la veille d'engager avec l'Autriche, elle entrera agrandie dans la nouvelle Confédération.

Quoiqu'il en soit, la combinaison fédérale imaginée par M. de Bismarck serait-elle de nature à ti'oubler l'équilibre européen et à provoquer, soit des remontrances, soit une opposition absolue de la part des autres gouvernements européens? C'est ce queje n'ai pas examiné avec M, de Bismarck, ne voulant pas devancer le jugement que croira devoir en porter le gouvernement de l'Empereur. Je vous soumets le projet de la Prusse tel qu'il m'a été exposé, et Votre Excellence l'appréciera. Je croirais superflu d'ajouter que te succès ne peut eu être assuré que par la guerre et par la déitiite de l'Autriche, qui ne se laissera pas expulser de la Confédération aussi longtemps qu'elle ne sera pas réduite à subir la volonté du vainqueur. Comment, d'un autre côté, ce plan de réforme serat-il accueilli par les cours secondaires? II serait difficile de le dire; on peut prévoir cependant quelles n'envisageront pas sans appréhension le r6le prépon- - dérant qu'il assure à la Prusse, qui ne sera plus contenue par la présence de l'Autriche au sein de la Confédération. La Bavière se laissera-t-elle séduire par la perspective de la seconde place et du rôle de grande puissance qui lui seront offerts par la Prusse s'élevant au premier rang? M. de Bismarck est d'autant plus disposé à le croire, que la maison de Wittels-

,t,7rJM,G00glc

bach pourrait espérer d'acquérir plus tard les provinces allemandes de l'Autriche. Sans supposer que le cabinet de Munich porte si loin son ambition, il est à remarquer que son représentant à Berlin est, parmi tous les ministres allemands, celui qui a les plus fréquentes entrevues avec le président du conseil, et son attitude , comme son langage , à l'égard de l'Autriche, ont toujours donné lieu à réfléchir à ses collègues.

Veuillez, etc.

Berlin, le 13 juin 1866.

Page 1