‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 6 sur 19 · OUVERTURE DES HOSTILITÉS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES HOSTILITÉS

troupes du prince Alexandre de Hesse , les repoussait au delà de Francfort et parvenait à s'établir sur la ligne du Mein.

Mais ce que je tiens particulièrement à relever, c'est qu'il ressort de ces efforts du cabinet de Berlin l'intention bien arrêtée de comprendre dans la nouvelle Confédération, et de renfermer, par conséquent, dans la spbère d'action de la Prusse toute la partie de l' Allemagne qui s'étend de la Bohême et des bouches du Mein à la Baltique. Si donc la Prusse sortait victorieuse de la guerre actuelle , elle s'attacherait à faire prévaloir, autant qu'on peut le préjuger par les tendances qu'elle témoigne en ce moment, soit la combinaison dont elle a arrêté te plan , et qui exclut l'Autriche de l'association germanique, soit une Confédération du Nord; mais, dan:: l'un et l'autre cas, elle retiendrait sous sa dépendance, par les arrangements qu'elle poursuit, toute l'Allemagne comprise entre la Silésie et les Provinces rhénanes, depuis Dresde jusqu'à Wiesbaden ; l'hégémonie prussienne se trouverait ainsi réalisée dans les limites qu'elle comporte aux yeux mêmes de ses plus fermes soutiens. Outre la haute main sur tous les intérêts communs aux États associés, la Prusse obtiendrait en effet l'entière disposition de la totalité de leurs forces , et , en attendant du temps des acquisitions désormais assurées, elle aurait constitué le grand État militaire qu'elle a toujours eu l'ambition de fonder à son pro- 6t dans le nord de l'Allemagne. Ce résultat se combinera-t-it avec la constitution d'un Parlement? Les

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an MA MISSION EN PBUSSE.

idéos du cabinet de Berlin ne sont peut-être pas complètement arrêtées à cet égard; l'organisation militaire le touche de plus près et le préoccupe autrement que celle d'une représentation nationale, dont il a conçu le projet uniquement dans le but d'assurer le succès de sa politique. Votre Excellence aura remarqué que je n'ai jamais admis , pour ma part , qu'il tût aisé de réunir une Assemblée de députés élus par le suffrage universel et de limiter leurs délibérations à l'examen des questions administratives ou économiques. Ou cette chambre, issue du peuple, sera dissoute, si toutefois elle est convoquée , ou le Gouvernement prussien devra compter avec elle et rentrer dans les voies constitutionnelles. Dans la première de ces deux hypothèses, les conseillers du Roi Guillaume s'appliqueront à fonder, sur le principe de l'autorité souveraine, ce que j'appellerai l'Allemagne du Nord, dont le gouvernement prussien sera le véritable représent:mt; dans ta seconde, le régime parlementaire l'emportera sur les doctrines dont le cabinet actuel s'est constitué l'organe, et, dès lors, l'opinion libérale, si puissante dans les États secondaires, appuiera la Prusse dans toutes ses entreprises. Si je ne me trompe, cette dernière éventualité aurait des conséquences incalculables : sans atteindre l'unité, elle conduirait à l'union étroite et puissante de tous les peuples allemands. Mais il est plus vraisemblable qu'un gouvernement aussi ferme et aussi entreprenant que celui dont le Itoi a remis les rênes a M. de Bismarck ne consentira pas à abdiquer, si la fortune des armes lui

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OXJVEBTORE DES HOSTILITES. 143

est favorable, et qu'à aucun prix il ne renoncera à recueillir le fruit de sa témérité et de ses eFforts; il faut donc nous attendre n le voir redoubler de soins et d'exigences pour établir son influence exclusive et prépondérante sur tous les pays limitrophes de la Prusse et pour asseoir sa domination du Mein à la

Baltique

Veuillez, etc.

Berlin, le 26 juin 1866.

Pour faire suite ix la dépêche que j'ai eu l'honneur de vous adresser hier sous le n° 141, je vous envoie ci-joint un tableau de la population de l'Allemagne, distribué de manière à présenter, en quatre groupes différents, le nombre des habitants :

1* Des États réunis qui formeraient la Confédération du Nord ;

•2" De la Prusse ;

3° Des États réunis qui formeraient la Confédération du Midi;

4* De l'Autriche pour ses possessions fédérales.

Combinés avec le plan de réforme de la Prusse, ces chiffres donnent les résultats suivants : si la Confédération est reconstituée h l'exclusion de l'Autriche, l'Allemagne, au moyen de l'organisation militaire conçue par le cabinet de Berlin, serait divisée en deux

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144 Hâ MISSION EN PRUSSE,

grandes fractions : celle du Nord, comprenant ta Prusse et tes États qui relèveraient d'elle militairement, présenterait une population totale de plus de vingt-neuf millions; celle du Midi, placée sous l'influence de la Bavière, n'en compterait pas neuf.

En acceptant l'Autriche dans la Confédération pour ses anciennes possessions fédérales, et en les réunissant à la fraction méridionale, on n'aurait encore que vingt et un millions et demi.

Si la Confëdération germanique ne devait pas être rétablie, et si le cabinet de Berlin réussissait à nouer un pacte fédéral avec tes États qui font, suivant la doctrine prussienne, partie de l'Allemagne du Nord, la Prusse obtiendrait une situation équivalente, quant à la population , mais plus puissante et plus redoutable en ce sens que son inBuence y dominerait exclusivement, et qu'elle n'aurait plus à craindre, dans le cercle de son action , ni le contrôle ni la rivalité d'aucun de ses associés.

Tels sont les résultats que dissimulent les combinaisons imaginées par le comte de Bismarck , et qu'il tente en ce moment même d'imposer aux États limitrophes de la Prusse ; ils méritaient, à tous égards, de vous être signalés.

Veuillez, etc.

On trouvera peut-être que je multiplie les citations outre mesure; mais, si l'on songe à l'étroite connexilé qui existe entre les événements de 1866 et ceux de 1870, on comprendra que j'insiste sur la

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OUTEBTURE DES HOSTILITES. 145

manière dont j'ai rempli mes devoirs durant cette première période de ma mission. Qu'on veuille bien en outre ne pas oublier quelle était ta nature de cette mission. Comme on l'a vu, il m'était invariablement recommandé de suivre avec soin le développement de la crise que j'avais signalée dès son ori{Tine, et de rendre compte, en les appréciant, des faits dont je serais le témoin, et qui pourraient être de nature à éclairer le gouvernement de l'Empereur. Ai'je en temps opportun prévu et annoncé la guerre de 1866? ai-je été suiprîs par la conclusion du traité prusso-italien? ai-je clairement indiqué le but qu'on se proposait à Berlin, les moyens qu'on emploierait pour l'atteindre, la ténacité avec laquelle on le poursuivrait, tes avantages qu'on en attendait, les conséquences qui en résulteraient pour tous les États germaniques et pour les puissances limitrophes de l'A Item agne?

C'est pour que l'on puisse prononcer en parfaite connaissance de cause que je place sous tes yeux du ptiblic, comme je m'y suis engagé par ma lettre du mois de novembre, des documents dont la valeur officielle ne peut être contestée.

Il importait au surplus, dans la première partie de ce travail, de mettre en pleine lumière les traits généraux de la politique que j'ai été chargé d'observer, et tes vues commele caractère des hommes

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qui l'ont pratiquée. Je n'ai plus désormais à y revenir, le lecteur devant être, si je ne me trompe, pleinement édifié à cet égard. Je pourrai, à dater de ce moment, et jusqu'à la négociation que j'ai suivie à Ems, être plus sobre de citations textuelles.

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