‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 8 sur 19 · ROUHER · texte numérisé non relu

ROUHER

Voici maintenant la lettre de l'Empereur :

Le 26 août 1866.

Mon cher Monsieur Rouher,

Je vous envoie le projet de traité, avec mes obser- Viitions en marge. Il faudrait ajouter, comme conversation, que, la Confédération germanique ayant cessé d'exister, les forteresses fédérales élevées contre la France ne doivent plus appartenir à la Confédération, mais à chaque État qui les possède dans son territoire. Ainsi Luxembourg à la France, Mayence à la Prusse, Saarlouis idem. Landau à la Bavière, Rastadt à Baden, Ulm au Wurtemberg.

D'un autre côté, je crois que la Prusse soulève bien des chicanes à la Saxe. Ne vaudrait-il pas mieux que

(') On trouvera la suite aux Pdfttfirjfecreb, si on désire «1 prendre connaissance.

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la Prusse s'annexât la Saxe, pays protestant, et placer le roi 'de Saxe sur la rÎTe gauche du Rhin , pays catholique ?

Mais tout cela ne doit être insinué qu'amicalement. Le traité doit rester secret. La question de Luxembourg se fera jour d'elle-même, dès que les négociations seront entamées. C'est celle-là qui presse le plus. Croyez, mon cher Rouher, à ma sincère amitié. Napoléon.

P. S, Benedetti peut donc, sauf quelques petits changements, a.ccepter en principe.

On se rappelle que, le 5 août, j'avais remis à M. de Bismarck le projet de traité concernant Mayeace et la rive gauche du haut Rbin, et je n'ai pas besoin de dire que M. Rouher fait, le 6, allusion à cette communication dans le second paragraphe de sa lettre. Mais ce qu'elle démontre également, et ce qu'il importe d'établir, contrairement aux assertions de M. de Bismarck, c'est que personne à Pai'îs ne songeait à faire de la Belgique l'appoint des concessions nécessaires à la France, et qui lui étaient dues , au dire même de l'ambassadeur de

On a vu, par lalettreqnel'Empereuravait adressée le 12 à M. de la Valette, qu'à cette date il m'avait été ordonné de retirer notre projet. C'est le

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26 seulement, plusieurs jours après mon retour à Berliu, que je suis autorisé à accepter en principe. Accepter quoi? Ce ne pouvait être une proposition dont, avec ou sans ordi-es, j'aurais pris l'initiative à Berlin, c'était évidemment uQe combinaison qui nous était offerte; et qu'avait pu nous oflfrir M. de Bismarck, si ce n'est l'arrangement qu'il avait toujours considéré comme l'unique ou le véritable moyen de nouer une alliance durable entre la France et la Prusse? Pour quelles raisons cet arrangement n'eut-il pas de suite? Les voici. Les observations que l'Empereur avait consignées en marge du projet tendaient à limiter nos agrandissements à l'acquisition du Luxembourg et au rétablissement de notre fi'ontière de 1814, combinés avec le maintien, dans une juste mesure, de la souveraineté des États du midi de l'Allemagne, qui auraient exclusivement la garde de leurs places fortes respectives. C'était en réalité décliner la combinaison de M. de Bismarck, tout en m'autorisant à l'accepter en principe comme base de négociations. Ainsi que je l'ai dit dans une lettre qui a été insérée, le 30 juillet 1870, au Journal officiel, le Roi de Prusse luimême, au surplus, ne jugea pas utile de continuer ces pourparlers, et ils furent abandonnés.

Je n'ai, pour ma part, qu'un tort à me reprocher, et je n'ai pas hésité à l'avouer dès le premier mo-

menl, c'est celui de ne pas avoir soupçonné l'usage que M. de Bismarck devait faire un jour du document que je lui ai livré ; il était son œuvre , mais il était écrit de ma main, et j'aurais dû me montrer plus défiant. Je préfère cependant, je l'avoue encore, même à l'heure qu'il est, mon rôle à celui qu'il s'est donné dans ce triste incident. Tel sera, j'en ai la confiance, le verdict de l'opinion publique.

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