GUILLAUME
« Notre Fritz ». Un ministre de la guerre qui depuis douze ans est à la tâche, infatigable, Roon. Un chef d'état-major, depuis treize ans en place, tradition vivante, âme incarnée d'un demi-siècle de persistant labeur, Moltke, Danois devenu Prussien, visage glabre et ridé de Parque, aux yeux glacés, aux lèvres minces. A sa méthode rigoureuse, poussée à Textrême, toute dans « la préparation des moyens et l'énergie des résolutions « est façonné l'état-major entier.
Un corps d'officiers instruits, ayant le culte hautain de leurs fonctions. Un corps de sous-officiers à toute épreuve. Une infanterie solide, dont le fusil est
inférieur au chassepot, mais qu'elle manie mieux. Une cavalerie rompue à son métier. Une artillerie dont les canons valent deux fois les nôtres, en nombre et en portée. Des services administratifs incomparables.
En première ligne, donc, trois armées : P^ général von Steinmetz : VIP, VHP corps et 3 divisions de cavalerie ; — IP Frédéric-Charles : Garde, IIP, IV% X^ corps, et 2 divisions de cavalerie ; ces deux armées descendent vers la Sarre, puis Metz, la P^ par Trêves et Sarrelouis ; la IP par Mayence; — IIP Prince Royal : V% XP corps, I" et IP Bavarois, divisions wurtembergeoise et badoise, une division de cavalerie ; cette armée se groupe à Landau, contre l'Alsace. Et mécaniquement, tout manœuvre et s'agglomère, prêt à se détendre, d'un élan.
Des Français, on sait peu de chose. On ne redoute que ceci : une offensive brusque qui troublerait, au début.
Vaine crainte.
Autour de leurs points de concentration, nos corps d'armée s'amalgament, en plein gâchis. Le général Michel télégraphie, de Belfort, au ministère : « Pas trouvé ma brigade. Pas trouvé général de division. Que dois-je faire? Sais pas où sont mes régiments. » Et le ministère télégraphie au général Douay : « Où en êtes-vous de votre formation? Où sont vos divisions? » Dépêche adressée à Belfort, et qui revient à Paris chercher le destinataire !
Et tout manquait : argent dans les caisses, distributions de vivres, ustensiles de campement, attelages. Les magasins sont à sec où il les faudrait pleins, regorgent où on n'en a que faire. Cependant les trains s'amoncelaient à Metz. On ne savait où expédier les denrées. Des milliers de wagons restaient chargés. On retrouva là, après Saint-Privat, .S millions de cartouches. Les récriminations de toutes parts tempêtent. Déjà l'indiscipline. Une masse flottante d'isolés encombre les gares, on voit à Châlons des zouaves danser, ivres, sur des toits de wagons.
Le 28 juillet au soir, l'Empereur, ayant institué à Paris l'Impératrice Régente, rejoint Lebœuf à Metz. Une terne proclamation trahit son inquiétude. Que faire? Ils ne savent pas, semblent sortir d'un rêve. . . On ne peutdonc pas aller de l'avant? Va-t-on pouvoir même se défendre?... La réalité, révélée tout à coup, est trop forte, accable : la plupart des places insuffisamment armées, sans matériel, ni provisions; pas un soldat à Thionville, Neufbrisach, Schlesladt; Strasbourg, Toul, Verdun, Belfort sont sans ouvrages autres que leurs anciens remparts, bons sous Louis XIV; les forts de Metz ébauchés seulement.
Et l'on tient conseil, on balance, anxieux. Faute de meilleurs, on donne des ordres comme ceux-ci : verser les