‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 14 sur 101 · BATAILLE DE SARREBRUCK · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SARREBRUCK

couvertures, les shakos ; à la Garde, verser, ne pas verser, verser, ne pas verser les bonnets d'ourson!... Ou bien Lebœuf prescrit, gravement, à cinq commandants de corps d'armée : « Que votre cavalerie ne craigne pas de s'avancer au delà de la frontière, en prenant les précautions et mesures de prudence nécessaires pour ne pas se compromettre. .. » De l'Empereur taciturne au major général déconfit, l'aide-major Lebrun voltige, tandis que l'autre aide-major, Jarras, préside minutieusement aux registres. Le quartier général est installé à VHôlel de l'Europe, portes battantes, dans une promiscuité sans nom. Etrangers, journalistes, entre qui veut; c'est une foire.

Envolés, les plans de campagne, à supposer qu'on en eût fait. Il y a beau temps que le projet de diversion sur les côtes danoises est tombé à la mer... Franchir le Rhin, séparer l'Allemagne du Nord de celle du Sud?... c'était bon du temps de Napoléon I", de l'autre ! Tandis que la presse divague, affirme que « tout s'est accompli, sous l'intelligente impulsion du maréchal Lebœuf, avec une sorte de régularité foudroyante, avec un ordre singulier dans l'impétuosité, » tandis que la France, impatiente, attend, on s'hypnotise en haut lieu, sur le revers imprévu. Beaucoup ont perdu courage. « Nous sommes f...! » s'écrie sur la place de la Préfecture un aide de camp de Bazaine.

Mais le temps passe. On ne peut éternellement, comme des douaniers, monter la garde le long des poteauxfrontière. Il faut pourtant faire quelque chose. Si l'on prenait Sarrebrûck ?

C'est à portée de la main, et il n'y a là, en fait d'ennemis, qu'un bataillon et trois escadrons. Dès le 30, on décide que trois corps d'armée prendront part à l'opération ; le troisième et le quatrième appuieront le

deuxième. Bazaine est chargé en chef de ropération, que dirigera Frossard. El le 2 aoûl, à l'aube, solennellement, plus du tiers de nos forces se met en marche ! Bazaine ? Introuvable. Il surveille une diversion, loin, sur la gauche, car on dit qu'il y a beaucoup d'Allemands du côté de Sarrelouis. Et puis il déteste l'ancien précepteur du Prince Impérial. Puisque c'est le deuxième corps qui donne, eh bien ! que Frossard, seul, commande...

Toute la division Bataille, et moitié des divisions Laveaucoupet et Vergé se déploient, chassent devant elles les rares casques à pointe. Des hauteurs, dûment, on canonne la ville. Et, satisfaits, on campe là, sans s'emparer des ponts, du télégraphe, des voies ferrées, sans môme de vedettes pour garder Sarrebrïick et ses débouchés.

La perte de 7 officiers et 78 hommes payait trop cher ce néant.

Il est vrai que ^Officiel, le lendemain, pouvait annoncer, au pays tressaillant d'espoir, quon avait « pris l'offensive, franchi la frontière, envahi le territoire de la Prusse ». L'Empereur, par les chemins déjà jonchés de sacs et de cartouches, est venu sur le champ de bataille. Le Prince Impérial, à cheval à côté de lui, a reç^u « le baptême du feu ».

Et l'on mande encore à Paris que « Loulou » a « ramassé une balle tombée tout près de lui, et que des soldais pleuraient» en le voyant si calme ».

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