‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 15 sur 101 · DES 1", 5^ ET 7* CORPS · texte numérisé non relu

DES 1", 5^ ET 7* CORPS

Tandis que s'accomplissait la parade de Sarrebrûck, Guillaume quittait Berlin parmi les acclamations. Dès le premier jour les appels du pieux vieillard militaire « Au peuple Allemand, A mon peuple » avaient respiré la confiance en Dieu, l'enthousiasme d'une juste cause, présagé « dans la semence du sang, la moisson bénie de la liberté et de l'unité allemandes ». Le 2 août, il proclamait à Mayence sa prise de commandement, pour cette lutte « que jadis avaient également soutenue nos pères ». Il rétablissait l'ordre guerrier de la Croix de fer, renouait ainsi 1870 à 1813.

En même temps Moltke, ayant achevé de s'organiser à loisir, prescrivait à ses armées cette offensive qu'il avait un instant redoutée, bien à tort, de gens devenus si inoffensifs. L'idée fatale qui chez nous domine alors, née d'une routine, et confirmée par le sentiment grandissant de notre infériorité, c'est en effet celle de l'avantage « des bonnes positions ». Marcher de l'avant ? Les petitsfils des vainqueurs d'Ulm ne s'en soucient plus. « De bonnes positions » : tout est là. La bravoure du troupier fera le reste !... Elle eut beau faire merveille : Héroïsme du soldat, indécision, entêtement irrémédiables des grands chefs, c'est toute l'histoire des sanglantes défaites de Wissembourg et de Wœrth.

Le 4 août, donc, les armées allemandes s'ébranlent,

viennent à cet adversaire qui ne peut pas aller à elles. La plus rapprochée de la frontière est la IIP, Prince Royal; ses avant-gardes, la veille, n'étaient plus qu'à 1 400 mètres. Un temps de trot, et les têtes de colonne déboucheront; 170000 hommes fondent sur l'Alsace.

Pour la défendre, couvrir Strasbourg, Mac-Mahon (1" corps) a depuis quelques jours sous ses ordres Félix Douay (7^), qui, sur trois divisions, ne lui peut envoyer, de Colmar, que Conseil-Dumesnil ; Dumont estencore à Lyon, Liébert garde Belfort et Mulhouse. N'importe, le duc de Magenta est tranquille. Il séjourne à Strasbourg etcompte, avec ses cinq divisions, défendre, quand il le faut dra, la ligne de la Lauter. Raoult, Lartigue campent par là, et, plus en avant, Ducrot qui. connaissant le pays, est chargé d'indiquer à la i" division (Abel Douay) des bivouacs propices autour de Wissembourg, bon à garder à cause des approvisionnements. Du reste, Ducrot ne croit pas que « l'ennemi soit en forces dans nos environs », puisse « entreprendre immédiatement quelque chose de sérieux »,

Ainsi, pour s'opposer au premier et formidable choc, les 6600 hommes d'Abel Douay seulement, jetés en flèche.

Par ce bleu matin d'août, ses troupes en pleine sécurité se réveillent, vaqvicnt aux corvées, font la soupe. Il est bien parvenu une dépèche de Mac-Mahon, qui, averti par le quartier impérial d'une attaque imminente, conseille d'être sur ses gardes. Mais une importante reconnaissance — poussée à la mode ordinaire, en processionnelle colonne par quatre sur une route — vient de rentrer. Elle n'a rien vu. L'attaque n'est pas pour aujourd'hui.

Soudain, à huit heures, des hauteurs qui dominent Wissembourg, le canon tonne. Des forêts qui l'enveloppent les profondes colonnes ennemies surgissent.

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A la gare, le général Pelle et ses tirailleurs, grands diables basanés et frénétiques, en ville un bataillon sautent aux fusils, résistent, cinq heures durant. Mais, Abel Douay tombe mortellement frappé, sur le Geisberg; le XI" et le V* corps prussiens, le IP bavarois se déploient. Si Mac-Mahon — il n'est qu'à une heure de chemin de

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fer — si Ducrot — il n'est qu'à 13 kilomètres — avaient dû arriver à la rescousse, ils seraient là. Pelle se résigne à la retraite; le bataillon de Wissembourg est pris. Tout converge alors contre le Geisberg, oîi s'est massé le reste de la division. Retranchés dans un vieux château, quelques fantassins s'y cramponnent. Là se brise le régiment de grenadiers du Roi ; son drapeau est cinq fois abattu, relevé. Mais enfin nos héros, sous le nombre, succombent...

La division Abel Douay était abîmée, dispersée; le corps même de son général, faute d'une ambulance, d'un seul cacolet, restait au vainqueur. En vain laissait-elle, couchés avec ses propres morts sur les pentes du Geisberg ou dans les rues de Wissembourg, 91 officiers, 1460 soldats ennemis. Le canon du premier revers ébranlait douloureusement la France, désaveuglée du coup, tandis qu'à l'écho de sa première victoire, l'Allemagne entière palpitait d'espérance.

Mac-Mahon, dès lors, juge bon de se concentrer. Le .^"^ corps (de Failly) étant mis, le 5 août, à ses ordres, il est rassuré, il s'écrie : « Messieurs les Prussiens, je vous tiens ! » Il les attendra sur les bonnes positions de Frœschwiller, le long du Sauerbach. Cela vaut mieux, ABEL DouAY. pensc-t-il, quc de s'établir aux pas-

sages imprenables des Vosges. Cependant, cette bataille qui doit sauver l'Alsace, il ne la prévoit pas avant le 7. Il a tout le temps de masser son monde... Mais Failly, tiraillé par les avertissements du quartier impérial, redoute d'être lui-même assailli sur son front. Une de ses divisions est encore entre Sarregucmines et Rohrbach ; l'autre est nécessaire à Bitche, il ne peut disposer que de la division Guyot de Lespart. Mac- Mahon prescrit, le matin du (5, qu'elle se mette en route, pour le rejoindre. Au lendemain la bataille... Elle éclatait le jour même.

Les forces de Mac-Mahon, bordant les hauteurs, de Neeliviller à Morsbronn, sont ainsi réparties : Ducrot à gauche, sur les pentes de Frœschwiller ; au centre, sur celles d'Elsasshausen, face à Wœrtli, RaouU, et, en seconde ligne, les restes de la division Pelle, les cuiras-

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