‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 26 sur 101 · DE LADMIRAULT · texte numérisé non relu

DE LADMIRAULT

Jusqu'à la nuit close, poussant quelques renforts harassés, et, dans l'ombre enfin, un faible et dernier assaut, Frédéric-Charles s'est obstiné à son incertaine, et trop certaine victoire. Certes il a payé, chèrement, l'orgueil de coucher sur les positions conquises : une nuit sereine, une lune glacée bleuissent ces plaines où de chaque côté, 16 000 tués ou blessés reposent et gémissent. Mais il tient Vionville et Mars-la-Tour.

Marsch retour {l) ! comme ils disent.

La route de Verdun est barrée.

Quand l'aube du 17 se leva, l'armée du Rhin, confiante, espérait reprendre, achever la bataille. Mais Bazaine, dans la nuit, avait ordonné demi-tour, la retraite vers Metz. Prétexte : la nécessité de se ravitailler en munitions et vivres, qui, ni les uns ni les autres, ne manquaient. En réalité, attirance du camp retranché, peur de se faire battre en rase campagne... Il fallut, le cœur serré, montrer les talons, aller camper sur les plateaux de Rozérieulles, d'Amanvilliers, de Saint-Privat. Du moins, au nord, la route de Briey restait ouverte, permettait toujours de rallier Verdun...

Mais, le 17, toute l'armée allemande profitait du répit; Moltke et Guillaume massaient devant nous les forces de Steinmetz et de Frédéric-Charles, jusqu'à sept corps, et trois divisions de cavalerie, plus de 180000 hommes. La première bataille concertée, voulue de part et d'autre, allait se livrer. Rencontre décisive, heure solennelle.

Bazaine appuyait fermement sa gauche à la Moselle,

(1) Marche en arrière.

au fort Saint-Quentin, sur les pentes duquel s'alignaient la Garde et la réserve d'artillerie. Frossard se retranchait à Rozérieulles, au Point-du-Jour; Lebœuf au bois des Génivaux, aux fermes de Moscou, Leipzig, La Folie. Ladmirault tenait Amanvilliers. Mais la droite était en l'air, à Saint-Privat, Canrobert, sans ses réserves d'artillerie et du génie, restées à Châlons, n'ayant pu se fortifier, ni mettre assez de canons en ligne. Bazaine s'en moque; il n'a d'yeux que pour sa gauche, inexpugnable, qui touche à Metz.

A midi, de Vernéville, le canon de Manstein, surprenant un camp de Ladmirault, engageait l'action. Trop tôt, au gré de Moltke, qui, opposant Steinmetz à notre gauche et Frédéric-Charles à notre droite, n'eût voulu le combat que lorsque le Prince Rouge, en train de converser, arriverait à hauteur. Bientôt, de Vernérille à Gravelotte, 200 pièces allemandes tonnaient déjà, que Frédéric- Charles manœuvrait toujours.

Et partout, jusqu'à l'obscurité venue, en face de Ladmirault, comme en face de Lebœuf et de Frossard, venait échouer la frénésie des assauts allemands; ils gagnaient le terrain pouce à pouce, entassaient de blessés et de morts les rudes escarpements boisés, les Génivaux ; mais, on dépit d'élans surhumains, jamais ils ne réussirent à tenir pied sur la crête. Le Point-du-.lour, Saint-Hubert, Moscou, Leipzig, La Folie, autant d'imprenables réduits, balayant d'un ouragan do fer les pentes nues, d'où sans cesse rclluaienten désordre fantassins, cavaliers et canons, tout le flot noir fonçant d'une rage têtue. Ainsi flotta, jusqu'au soir, sur toute la ligne, ce combat sanglant. Les balles françaises pleuvaient dru jusqu'à Gravelotte, semaient au lom des paniques. Guillaume et Bismarck, venus trop près, durent tourner bride.

Page 1