‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 30 sur 101 · MARCHE DE MAC-MAHON VERS BAZAINE · texte numérisé non relu

MARCHE DE MAC-MAHON VERS BAZAINE

Trochu, et les mobiles de la Seine, 16 000 bonnes volontés, mais indociles, inexpertes.

Quelle résolution prendre? Couvrir la capitale?

L'Empereur, le 17 août, tient un suprême conseil de guerre. On y décide : 1° que Bazaine restant généralissime (on ne sait rien encore des irréparables journées de Saint- Privat et de Rezonville), Tarmée nouvelle, dite de Châlons, est placée sous les ordres de Mac-Mahon ; 2" le duc de Magenta ralliera devant Paris, où Trochu, nommé gouverneur, rentre de suite avec les mobiles de la Seine ; Ducrot prend le commandement du 1" corps, Lebrun du 12^ Les décrets sont signés, la Régente prévenue.

Là-dessus, dépêches comminatoires des Tuileries. L'Impératrice tremble à l'idée du retour de Napoléon vaincu, voit la révolution dans les rues. Palikao de son côté supplie qu'on n'abandonne point l'armée de Metz, qu'on se jette sur les corps allemands « épuisés ». Sur ces entrefaites arrive un aide de camp de Bazaine, avec les mauvaises nouvelles de Rezonville. Le Maréchal, la route de Verdun coupée, « compte s élever par le Nord, demande des approvisionnements sur la ligne des Ardennes ».

Plus d'hésitations, il faut aller à sa rencontre. Palikao expédie du ministère les ordres de marche, fixe les gîtes d'é.tape. Il a son plan. Que Mac-Mahon pousse droit vers Bazaine, il sera le 25 août à Verdun, y écrasera les forces inférieures du Prince de Saxe. Frédéric-Charles sans doute marchera au canon, mais alors l'armée du Rhin fonce derrière lui, l'armée de Châlons surgit devant. Les vainqueurs de Rezonville sont pris entre deux feux. Le Prince Royal est trop loin, ne peut secourir... Conception hardie, le salut peut-être! mais il faut forcer de vitesse; il faudrait une armée solide, un chef résolu.

Mac-Mahon, si ferme au feu, n'est que doute. Il préférerait aller se reformer sous Paris ; Bazaine, averti, lui a fait répondre d'agir « comme il l'entendrait ». Comble d'inquiétudes, un faux avis montre les coureurs ennemis tout voisins. Mac-Mahon s'arrête à ce compromis : gagner Reims, plus sûr, et qui n'éloigne trop ni de Paris, ni de Bazaine...

Dans le jour maussade, aux nuages bas, le 21 août, l'armée traverse la Champagne rase : il est nuit close quand harassée elle s'étend,lourdement, autour de Reims. Mac-Mahon, à sa descente de cheval, est appelé chez l'Empereur. Le président du Sénat, Rouher, est accouru; il supplie, au nom de l'Impératrice et des ministres : A aucun prix qu'on ne se rabatte sur Paris!.., Mais Mac- Mahon sent le péril de l'Est, refuse de s'y porter, à moins que Bazaine n'envoie des instructions nouvelles. La marche sur Paris est décidée; Napoléon, tournant toujours au dernier vent, approuve.

Soudain, le 22 août, dépêche de Bazaine, annonçant Saint-Privat et le fallacieux désir de gagner le Nord, puis Montmédy. C'est bien, Mac-Mahon n'abandonnera pas un camarade. Spontanément, loyalement, il décide d'aller tendre la main à l'armée du Rhin. Napoléon dit amen, télégraphie joyeux à Palikao : « Nous partons demain pour Montmédy... »

Pourtant, dans l'après-midi, une seconde dépèche de Metz arrive, moins catégorique : « Je vous préviendrai de ma marche, dit Bazaine, si toutefois je puis l'entreprendre sans compromettre l'armée. » Nul doute que ces mots, connus de Mac-Mahon, l'eussent retenu sur la pente où il ne s'engageait qu'à regret. Mais le chef des renseignements,colonel Sto(rel,uh « affidé de l'Impératrice», garda la dépêche dans sa poche.

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