‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 31 sur 101 · MARCHE DE MAC-MAHON VERS BAZALXE · texte numérisé non relu

MARCHE DE MAC-MAHON VERS BAZALXE

Le sort en était jeté. L'armée de Châlons, le 23 août, sous la pluie, commençait cette lente et douloureuse marche, qui allait aboutir au gouil're fatal, à l'entonnoir de Sedan.

Cent cinq mille fantassins, quinze raille cavaliers y compris les divisions de réserve de Bonnemains et Margueritte, 393 canons et 76 mitrailleuses, toute cette masse, au lieu de fondre hardiment sur le but prescrit, — seule chance de succès, — se traîne d'étape en étape, oscillant du Nord à l'Est et de l'Est à l'Ouest, sans pouvoir se décoller de la voie ferrée de Rethel, qui l'approvisionne. Marche d'aveugle, à tâtons, la cavalerie étant retenue au flanc des colonnes, ou talonnant derrière.

Le 23 août, on atteint la Suippe, et déjà une horde de traînards se donne carrière, pille à loisir la gare de Reims, les trains de munitions et de vivres. Le 24, on oblique à gauche, vers la ligne de ravitaillement. Le 25, deux des corps ne bougent pas, les deux autres, à droite, font 12 kilomètres à peine. Le 26 c'est l'inverse, repos adroite, et insensible mouvement à gauche. Les soldats se laissaient aller à une morne insouciance, marchaient tête basse, et, faute de distributions, maraudaient. Les officiers se regardaient. Où allait-on ?

Cependant, dès le 23, deux escadrons de découverte apprenaient à Moltke le départ de Châlons pour Reims ; le plan de jonction lui était révélé le 24, confirmé le 25 par les journaux de Paris et un télégramme de Londres, reproduisant un article français. Aussitôt le Prince Royal reçoit l'ordre de se resserrer, en appuyant à droite; lef extrêmes pointes d'avant-garde du Prince de Saxe, qui vient d'échouer dans le bombardement de Toul et de Verdun, remontent au nord, longent l'Argonne.

Elles nous heurtaient le 26, au défilé de Grandpré ; une brigade de Félix Douay s'effare ; et tout le 7" corps.

soutenu par le 1", s'apprête au combat, passe sur pied la nuit, tandis qu'à l'aube du 27 l'armée entière appuie, marche à son secours.

Averties par leurs cavaleries, dont le spectre seul jette un tel trouble, les deux armées allemandes entament alors leur vaste conversion, s'ébranlent définitivement vers le Nord. Moltke a relevé nos traces hésitantes ; reste à nous couper la voie, en nous devançant sur la Meuse. Le Prince de Saxe se hâte vers les ponts de Dun, de Stenay; le Prince Royal détache les deux corps bavarois, emboîte le pas.

Avançons-nous au moins le 27 ?

L'armée apprend, chemin faisant vers le général Douay, la fausse alerte; il faut rebrousser ces lourdes masses, et, péniblement, s'en revenir échouer aux campements du matin; le 5" corps non sans s'être heurté à Buzancy à des escadrons ennemis, le 1" attendant encore sur la route, à onze heures du soir, des instructions.

Elles arrivent enfin, répandent partout la joie : on abandonne le mouvement vers Montmédy, au-devant de ce douteux Bazaine. On va rejoindre .Mézières, puis Paris!,.. Et les quatre corps, comme allégés dun pesant cauchemar, partent dans la nuit, d'un pas vif, en silence. On respire. ^lais l'aube paraît , des galops sonnent. « Halle, halte! » crie-t-on. iMac-Mahon s'est ravisé. Demi-tour. On reprend le mouvement vers Montmédy.

Que s'est-il passé ? Ceci :

Mac-Mahon a flairé le danger, rapproche des années en chasse. Il se soucie peu de trouver les Allemands sur la Meuse, a déjà « itop attendu Bazaine dans l'Argonne ». le prend son parti, le plus sage après tant de lenteurs : en roule pour Paris !

Mais Paris, c'cst-ù-dirc la Régente et Palikao pro-

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