MARCHE DE MAC-MAHON VERS BAZAINE
lestent: abandonner Metz! horreur, c'est la révolution. Napoléon cependant ne dit mot. Il a Tanière conscience de son néant. Fantôme de lui-même, encombrante dépouille, il erre à la suite de l'armée, traînant avec lui sa maison, ses voitures... « La boutique impériale, le boulet d'or », murmure-t-on au passage. Donc que le Maréchal agisse à sa guise ! il est libre... Et Mac-Mahon revire, déclare : « On veut que nous allions nous faire tuer, il faut obéir, r
Obéir! à qui? pourquoi? Un commandant en chef ne relève que de sa conscience. Napoléon P"" l'a dit : « Tout général en chef qui se charge d'exécuter un plan qu'il trouve mauvais, est coupable; il doit représenter ses motifs, insister pour que le plan soit changé, enfin donner sa démission plutôt que d'être l'instrument de la ruine de son armée. »
Jetons cependant un regard sur Metz.
Le 23 août, une dépêche de Reims annonçait à Bazaine le départ de l'armée de Châlons pour Montmédy. Le 26, le fourbe ordonne une grande sortie; par une pluie torrentielle, l'armée du Rhin s'ébranle, abat ses tentes. Bazaine, lui, n'a pas touché à ses bagages ; il entend rester, et tandis que les troupes piétinent la boue, il réunit ses lieutenants au château de Grimont, tient conseil. « Pas de munitions ! » avance le chef de l'artillerie, Soleille ; et l'on en regorge. « Metz abandonné n'est pas défendable » affirme, à tort, le commandant de la place, Coffinières. Là-dessus, on décide de ne pas bouger, on se sépare. Les troupes rentrent en grommelant aux bivouacs, tournent le dos à leurs sauveurs.
De la dépêche de Reims, Bazaine n'a soufflé mot. Le tour est joué.
C'est ainsi que le 28, avec de tristes pressentiments, l'armée de Châlons s'enfonce, pour rien, dans l'impasse.
Sous la pluie funèbre, elle s'enchevêtre, reflue pour la dernière l'ois vers Tobjeclif toujours repris, abandonné, repris, ce mirage de Bazaine et de Metz, qui masque l'abîme. Le soir, harassés, trempés, les uns ont fait huit kilomètres, les autres quinze.
Et Moltke précipite l'élan de ses 200000 limiers. Couverts par le rideau des uhlans, ils avancent, hardis, confiants dans leur victoire.
^lac-Mahon, sentant grossir le péril à droite, infléchit à gauche. Vite, franchir la Meuse au plus près, à Remilly, à Mouzon! Que le 30, il n'y ait plus personne sur la rive gauche ! Ensuite, si l'on peut, on descendra vers lEst, par Carignan... Et le 29,1e 12'' corps (Lebrun) couche sur la rive droite; Ducrot est à Raucourt, pourra traverser le lendemain. IMais, harcelé par les uhlans qui l'escortent à quelques centaines de mètres, s'arrêtent, reparlent avec lui, le 1'' (Félix Douay) reste en route, à Stonne; quant au 5'' (Failly), qui n'a pas reçu d'ordres, — le porteur a été sabré, pris par les Allemands qui ont ainsi notre dispositif du jour, et suivent à livre ouvert, — il rencontre l'ennemi à INouart et, canonné, pose des heures; enfin, averti de gagner Bcaumont le soir, il n'y parvient que dans la nuit, en pleine débandade, et s'y laisse tomber, assonmié de fatigue, sans même placarde grand'gardes, de vedettes. Donc, le 30, l'armée de Ghalons est à cheval sur la Meuse, Lebrun, Ducrot et Margueritte déjà passés, Douay en route, Failly encore allalé à Bcaumont, — une cuvette dominée par des bois profonds, à l'abri desquels Prussiens et Saxons avancent, s'amassent.