CHAPITRE VII
Le 31 AOUT : Bazeilles. — Le 1"' septembre : Sedan. — La Capitulation (2 septembre).
Comment la journée du 31 août fut des deux côtés employée, c'est un contraste qui saisit et attriste.
Moltke voit la dernière armée de la France rejetée en désordre contre une faible place, acculée à la frontière belge. II lance aussitôt l'armée du Prince de Saxe, barrant le retour entre Meuse et Belgique. II amorce les Bavarois devant Bazeilles, attire là toute l'attention de sa proie, hâte alors en liberté, derrière ce voile, le mouvement tournant du Prince Royal, qui déjà, de l'autre côté de Sedân,atteintlaîMeuse, va pouvoir couper, face au Prince de Saxe, entre rivière et frontière, le seul chemin de retraite qui reste encore, l'étroite route de Mézières...
Et nous?
L'état-major a gagné Sedan ; l'Empereur, malade, est à la sous-préfecture, triste garni aux plâtres neufs. II s'y enferme pour gémir, crier à l'aise. Il est à bout de forces, depuis dix jours urine le sang... Quelle effrayante chute depuis juillet! Tragique réveil de ce rêveur.
La veille au soir, le 12'' corps (Lebrun), le plus solide, s'est établi à Bazeilles. Von der Tann, avec le I" Bavarois, réussit à enlever le pont qu'on allait faire sauter, pénètre même dans le village ; il est repoussé, mais garde, barricade le viaduc, d'où il débouchera demain. Le T corps a traversé Sedan toute la nuit, est allé s'établir au nord. Le 5% — à la tête duquel de Wimpffen, vieux et
brave général arrivant d'Afrique, après avoir reçu, en passant à Paris, les instructions politiques de Palikao, vient à l'instant de remplacer Failly, — le 5*= se couche à l'aube, au pied des remparts. 11 n'en bougera plus, jusqu'à la capitulation. Le 1", enfin, avec Ducrot, marche tout le jour, n'arrivera que tard à ses bivouacs de la Givonne.
Il faut dépeindre ce décor ensoleille du drame, ce coin verdoyant et pai" sible : Sedan, ses maisons jaunes, ses remparts vieillots, la Meuse l'entourant, au Sud et à l'Ouest, d'un vaste demi -cercle d'inondations protectrices, que dominent sur la rive gauche, de Bazeilles où est Von der Tann, à Donchery où est le Prince Royal, les hauteurs boisées du Liry, de Pont-Maugis, de la Mariée. Au-dessus de la ville, le plateau triangulaire où se reforme l'armée, plateau abrupt, semé de fermes, couvert à demi par le bois de la (àarenne, et longé, sur sa face nord par le ruisseau de Floing, sur sa face ouest par la Givonne qui se jette dans la Meuse à Bazeilles. Achevant d'encercler le tout, une autre ligne de hauteurs encore, le Hattoy, qui commande Floing (ruisseau et village), puis Saint-Mengcs, Fleigneux, La Chapell-e, Haybes, La Moncelle. La Meuse, à hauteur de Saint-^Ienges fait un coude brustpie h l'Ouest (c'est le défilé de Saint-Albert, Tunique roule de retraite) puis, pedescendant au Sud vers Donchery, elle enclave la pres- (|u'ile et le mont d'Igos, qui complète la menaçante ceinture vers laquelle courent les forces allemandes, tandis qu'au centre Mac-Mahon se consulte.
11 ne se rend pas bien com|)tc, croit qu'il pourra tou-