BATAILLE DE BAZEILLES
jours s'écouler, quand il voudra, du côté de Mézières où justement un nouveau corps, le 13'' avec Vinoy, arrive le rejoindre. Au reste ses positions ne lui semblent pas mauvaises : sur le plateau, Douay fait face à Floin^, ayant à sa gauche Bonnemains, à sa droite, au calvaire d'Illy, Margueritte; Ducrot surplombe la Givonne; et à Bazeilles, Lebrun tient solidement. Partout ailleurs, la ]\Ieuse. On peut se reposer, attendre là la bataille! On est en forces. Ces canons dont on voit, dans la journée, les hauteurs se couronner au-dessus de Bazeilles, et qui grondent, Mac-jMahon va jusqu'à les prendre pour les siens. Il déclare, en continuant à déjeuner tranquillement, à la Croix d'Or: « C'est notre propre artillerie... » Et, rassuré, il signe pour le lendemain, l*"'' septembre, cet ordre qui déconcerte : « Aujourd'hui, repos pour l'armée entière- » Les vainqueurs le retrouveront après la bataille, sur le corps d'un officier d'état-major.
L'aube ne s'est pas levée encore, et les premiers coups de fusils devant le 12" corps éclatent, tant la hâte des Allemands est grande ; le canon bavarois tonne dans le brouillard ; les fantassins de Von der Tann se sont glissés jusqu'à Bazeilles, surgissent avec des hurrahs sauvages. Mais les marsouins de Vassoigne ripostent, tirent dur; le château Dorival, la villa Beurmann, le parc de Monvillers sont des forteresses en feu ; les habitants s'en mêlent, et déjà Bazeilles flambe, incendié par les assaillants en rage. Bien que les batteries des Saxons couronnent la Moncelle, bien qu'au feu de leurs soixantedouze pièces ils enlèvent le village où bravement se défendaient les recrues de Lacretelle, Lebrun qui contient les Bavarois, escompte le succès.
Au l'^"' corps, sur les divisions de Ducrot, massées au Ijord du plateau, une rafale d'obus grêle pourtant sanâ
relâche, des hauteurs adverses; les régiments, cibles immobiles, sont criblés, décimés sur place. C'est le Prince de Saxe qui a juché son artillerie, de La Chapelle à La Moncelle, et précipite vers les fonds des nuées de tirailleurs; seule la division Larligue, de l'autre côté de la Givonne, peut utilement tenir tête.
Et en même temps, tandis qu'à gauche de Von der Tann le l""" bavarois garnit de canons, au-dessus de Sedan et de la Meuse, les hauteurs du Sud-Ouest, le Prince Royal débouche au Nord, par Donchery, pousse à travers bois ses avantgardes, lance en pointe cavalerie et canons. Escadrons, batteries, sortent du défdé, galopent vers la croupe ronde du Hattoy, Saint-Menges, Fleigneux. Encore un élan et la ni'' armée donnera la main au Prince de Saxe. Les deux branches des tenailles vont se rejoindre, et sur tout le cercle 650 canons s'aligner d'heure en heure, river Tétau.
Le duc de Magenta, au bruit de la canonnade, est monté à cheval. Il arrive devant La Moncelle, reçoit, vers six heures, un éclat d'obus. Heureuse blessure, qui l'empêcha de garder le commandement. Il a semé, un autre récoltera.
Lequel ? Wimplîen est plus ancien; mais, peu aimé du Maréchal, et en outre arrivé d'hier, il ne sait rien de la situation, de l'armée. Mac-Mahon désigne Ducrot.
L'ancien gouverneur de Strasbourg, homme entier, énergique, voit clair. La veille il prophétisait : « Nous allons être entourés comme des grillots. » Et, sans retard, il eiH voulu quitter Sedan, hier vers Mézières... Il est