‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 36 sur 101 · BATAILLE DE SEDAN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SEDAN

prévenu vers sept heures du redoutable honneur qui lui incombe, en revient aussitôt à son idée : Mézières... S'il est trop lard déjà pour une belle retraite, bien ordonnée, il est temps peut-être encore, en sacrifiant une partie de l'armée, de sauver l'autre, gagner au pied, à travers bois, le long de la frontière. Autant d'échappés à la capitulation du soir, autant de soldats, d'officiers qui eussent grossi l'armée, les cadres de demain... Mais les minutes, ici, valaient des heures.

L'ordre de se concentrer sur le plateau dllly, pour de iàgagnerTOuest, commençait à s'exécuter. Déjà les divisions Pelle, L'Hériller remontaient vers lUy, Lebrun à contre-cœur reculait dans Bazeilles.

Soudain — il est huit heures et demie — Wimpffen tire de sa poche une lettre de commandement, signée de Palikao. Il s'est effacé d'abord devant Ducrot, mais il pense que le départ pour Mézières, c'est l'abandon des plans du ministre ; c'est aussi la perte de l'armée, son salut est du côté de Bazeilles. Lebrun n'y a-t-il pas l'avantage?... Wimpffen a confiance. Il déclare à l'Empereur : « Dans deux heures nous les aurons rejetés à la Meuse! » et à Lebrun : <( Tu auras les honneurs de la journée. »

Il faut, en attendant, revenir d'où l'on est parti. Et c'est dans Bazeilles une fluctuation farouche. Mais les renforts bavarois et saxons grossissent, ils dépassent les haies de Monvillers, la villa Beurmann, la maison Bourgeois où l'héroïque commandant Lambert se défend jusqu'aux dernières cartouches. Tout le village flambe, méthodiquement incendié, brasier énorme où le féroce

WIMPFFE.N.

vainqueur égorge pêle-mêle, grille habitants et soldats. Il se répand une horrible « odeur d'oignons brûlés », comme disait Bismarck agréablement, le soir. Les marsouins sont rojelés sur Balan, où s'entasse déjà Lacretelle.

Au V corps, Lartigue a dû repasser la Givonne, la Garde prussienne enlève le village, y capture 10 canons, tandis que des hauteurs d'IIaybes, de Villers-Cernay, elle écrase du feu de ses 14 batteries, la division Wolf qui entre s'abriter dans le bois de la Garenne, les divisions Pelle et L'Hériller, revenant dllly.

Sur la face nord du plateau, Douay

avec le 7% pris à revers par le mont

d'Iges, est en pleine lutte. Derrière les

batteries de Saint-Mengesà Fleigneux,

tonnant de front, et qu'une charge de

la division Margueritte (brigade G&l-

'^^jil*'' ^^*7iÊk) ^'*^^^) ^ vainement essayé d'atteindre,

^'7^^*^'^'^* * 1<^ Prince Royal amasse ses bataillons.

FÉLIX DouA\. ^^ ^" débouche d'autres, sans cesse,

par le défilé de Saint-Albert. Floing

est enlevé. De tous les coins de l'horizon, la mitraille

converge sur l'étroit plateau, à peine long de deux lieues,

large d'une, où l'armée de Chûlons se débat, prise au

piège. Un orage d'obus tournoie dans le ciel bleu.

L'Emperciu-, comme un somnambule, erre dans cette tourmente. Il s'est hissé à cheval, s'y cramponne. Il laisse ses officiers au bas d'un tertre, reste là longtemps, regardant sans voir. Mais la mort qu'il cherche ne veut pas de lui, et pâle, sans mot dire, il rentre à Sedan où déjà se bousculent 30 000 fuyards. Gependant, sur les hauteurs d(; la Marfée, comme d'une loge de théâtre, un groupe doré, immobile, contemplait cela : c'était, en avant il'un état-major de princes, le vieux Guillaume et

ses conseillers, Bismarck, Moltke, Roon qui, lorgnettes braquées, assistaient joyeux à la curée.

Il y a huit heures qu'on se bat, sans direction. 11 est bientôt midi. Douay, qui n'a plus de réserves, voudrait que Ducrot fît occuper llly, et Lebrun, rompu, voudrait que Douay lui envoyât du renfort ! Sur tout le plateau s'enchevêtre un inextricable chaos de troupes en tous sens, prêtes à se débander, ou l'étant déjà. Le bois de la Garenne en regorge. La division Margueritte le traverse sous une rafale d'obus — le général Tilliard fut tué là, — et, de place en place, en bon ordre, cherche l'endroit le moins meurtrier. Cependant huit compagnies prussiennes vont enlever llly; et, sur la crête de Floing, Douay faiblit. L'admirable division Liébert, foudroyée de flanc, de face, est a bout. Déjà les mousquetaires allemands montent à l'assaut ; du défilé de Saint-Albert, le tlot noir des bataillons dégorge toujours.

L'heure est suprême.

Wimpiïen donne à Ducrot l'ordre de réunir ce qu'il pourra de troupes de toutes armes, de se maintenir ; puis, courant vers Balan, il constate une accalmie : les Bavarois, vainqueurs, soufflent. Le voilà repris de son assurance. Il prévient Douay qu'il se « décide à percer l'ennemi, pour aller à Carignan prendre la direction de Montmédy ! » Il écrit à l'Empereur de venir « se mettre au milieu de ses troupes, elles lui ouvriront le passage... » Rêves d'agonisant.

Cependant Ducrot a fait appel à la division Margueritte. Pour donner à l'infanterie le temps de se reformer, elle va charger, dans la fournaise de Floing... C'est le sacrifice entier, inefficace. Margueritte, en allant reconnaître son terrain, est blessé à mort, lance du geste ses escadrons. Pour venger leur chef, et bien mourir, par

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