PERTE DU BOURGET
rables « et que deux mois plus tard, se donnant à luimême un éclatant démenti, Trochu devait inutilement essayer de reprendre après un combat sanglant, le Bourget lui semblait alors « trop en flèche » et « de nulle importance stratégique ». Il ne s'émut donc pas outre mesure, le 30 octobre, à la nouvelle que cette position, destinée à être si chèrement disputée en décembre, retombait aux mains de l'ennemi.
Dès le 28, un bataillon prussien en avait tenté la reprise, et le 29, trente bouches à feu le bombardaient; le 30 enfin, sans que Trochu eût fait envoyer un canon, et pendant (jue de Bellemare était allé s'expliquer à Paris, neuf bataillons et cinq batteries de la Garde prussienne, en trois colonnes, s'avançaient à l'assaut. 1 500 mobiles sans officiers lâchèrent pied. Mais 1 900 hommes restaient enfermés dans le village, attendant du secours. Personne ne vint; et du matin jusqu'à une heure de l'après-midi, ces deux bataillons de mobiles de la Seine, avec le 28'= de marche, tinrent tête aux bataillons prussiens. Résistance têtue, héroïque, ensanglantant les rues, les maisons, dont chacune exigea un siège. Résistance jusqu'à une reddition glorieuse, comme celle du commandant Brasseur lorsque les munitions lui manquèrent, ou jusqu'à une mort plus glorieuse encore, comme celle du commandant Baroche, frappé d'une balle au cœur. De ces 1 900 héros, pas un ne rentra à Paris; 700 jonchaient le sol. Les Allemands n'avaient pas cru payer trop cher, de la perte de 34 officiers et de 430 hommes ce point soi-disant quelconque et devant la barricade duquel, pour ranimer ses troupes — les vainqueurs de Saint-P rivât — le vieux général de Budritzky avait dû mettre pied à terre, empoignant lui-même le drapeau du régiment Reine-Elisabeth !