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CHAPITRE XII

Paris le 3i octobre. — Echec des négociations (3 novembre). — Le plan Trochu. — La première armée de LA Loire. — Coulmiers (9 novembre).

La chute de Metz, ce prodigieux déplacement d'équilibre, était suivie d'immédiats contre-coups. En province, l'armée de la Loire suspendait sa marche imminente. A Paris, la perte du Bourget, source légère d'irritation mais qui coïncidait avec la formidable stupeur et l'indignation causées par la capitulation de Metz, d'étranges bruits d'armistice négocié en sous-main par Thiers, d'accord avec le Gouvernement, — cette triple cause occasionnait la journée du 31 octobre, presque une révolution.

Paris se voyait trahi par les événements, se croyait trahi par les hommes, ceux-là mêmes qu'il avait acceptés pour chefs. Et sa douleur n'avait d'égale que sa colère, s'exaspérant l'une l'autre. Loin d'être abattu par la capitulation de Bazaine, il se redressait sous cette fatalité, n'en ressentait que plus vive l'humiliation du Bourget et l'inertie de Trochu. Et c'était cette minute où malgré tout, rien n'était perdu encore, qu'on choisissait pour se rendre! avec des forts pareils, des arsenaux pleins, une armée de 650 000 hommes! et quand la Province... Un armistice! pourquoi pas une capitulation ? Les esprits s'enflammaient, non sans raison. La presse, et surtout la presse avancée, menait grand bruit. On maudissait ce gouvernement qui jusque-là n'avait rien su faire, tâton-

liant en vains discours, en Umides sorties, et qui mena • çait de si mal finir, dans la faillite de ses promesses. Les meilleurs citoyens, jusqu'aux plus paisibles amis de Tordre l'eussent vu tomber sans regret. ]\[ais que Paris, la Patrie tombassent avec lui, non, c'était trop '.

El, des plus lointains boulevards jusqu'au cœur de la ville, cette place de Grève grouillant d'une foule badaude ou furieuse, c'était une agitation née avec le jour, croissant d'heure en heure. Des faubourgs de la Villette, de Belleville, les bataillons rouges descendaient en armes. Partout le rappel ou la générale se mettaient à battre, répercutant au loin leurs cadences. Les bataillons de l'ordre, pêle-mêle, arrivaient aussi, mais pour grossir la fourmilière des révoltés, des mécontents.

Paris s'amassait autour de l'Hôtel de Ville, tout prêt à troquer ce conseil d'hommes indécis contre un pouvoir plus énergique. L'après-midi, l'assemblée des maires demandait au Gouvernement réuni dans une salle voisine « l'élection immédiate d'un conseil municipal, d'une Commune » et l'obtenait en principe. Mais déjà, l'heure des raisonnements est passée, l'Hôtel de Ville est envahi. Le bataillon de Flourens s'est emparé de la salle des séances ; d'autres rouges gardent les portes.

Trochu, Favre, Ferry, Simon, Garnier-Pagès sont prisonniers, poussés dans une embrasure, sous les insultes, les fusils enjoué. Inébranlables, ils refusent leur démission. Picard et Rochefort ont pu s'échapper. De petits papiers blancs pleuvent par les fenêtres, listes diverses de gouvernants nouveaux. Flourens, juché sur la table, les proclame au milieu du hourvari; le premier nom proclamé est celui de Dorian, le ministre des travaux publics, dont Paris apprécie le zèle. Dorian proteste, finit par aller signer avec le maire Arago, les adjoints Floquet et

PARIS LE 31 OCTOBRE, lîl

Brisson, une affiche annonçant les élections municipales pour le lendemain. Vaine concession. Blanqui, le théoricien de l'émeute, homme de volonté ardente et de conscience pure, dont le journal, La Pairie en danger^ est, depuis le commencement du siège, plein de vues patriotiques et justes — (elles n'ont qu'un tort, émaner de cet irrégulier dont le nom eirraye, au lieu de venir d'un Favre ou d'un Trochu) — Blanqui est maître de la place, rédige décrets sur décrets. Millière, le futur député, et le maire Delescluze sont à ses côtés. Flourens se démène toujours. Mais, partie de la garde nationale {F*aris, lui, eût laissé faire) ne veut pas de ces directeurs nouveaux. A huit heures du soir, le 106" bataillon force les portes, enlève Trochu et Ferry.

Les autres otages ne parviennent pas à fuir, et toujours menacés, gardés à vue, concluent avec les émeu- jules ferry. tiers cet engagement verbal : journée blanche, on ne poursuivra personne..» Mais Picard, puis Trochu et Ferry s'emploient à les délivrer. Ferry, à la tête de quelques bataillons, arrive, parlemente avec Delescluze : liberté pour tous si les captifs sont respectés. Deux heures passent, ITIôtel de Ville n'est toujours qu'une maison de fous; enfin les mobiles du Finistère, par un souterrain qui va de la caserne Lobau au soussol, pénètrent dans l'édifice, ouvrent la porte aux bataillons de Ferry. Il est trois heures et demie du matin. Le Préfet de la Seine court à la salle des délibérations d'où bientôt Favre et Garnier-Pagès, Jules Simon et Leflô sortent blêmes et défaits, pêle-mêle avec leurs geôliers de tout à l'heure, comme s'ils s'amnistiaient les uns les

autres, tous étonnés et joyeux de respirer l'air frais.

Équipée stérile, que pas un coup de fusil, du moins, n'avait ensanglantée. Triste spectacle donné à l'ennemi. Vainqueurs malgré leur faiblesse, les élus du 4 septembre, dont les bonnes volontés pour n'être pas toujours à hauteur des circonstances n'étaient pas moins évidentes, déchirent l'affiche qui promettait la Commune, décident des poursuites, et demandent à un plébiscite, le 3 novembre, la consécration de leurs pouvoirs. 559 000 oui contre 62 000 non les leur confirment.

Le môme jour Bismarck éconduisait Thiers, après plusieurs pourparlers. D'inacceptables conditions eussent été le prix de l'armistice, dont hypocritement le Chancelier mit en partie le refus sur le compte des sentiments intraitables de Paris. Thiers fut désolé. Il ne voyait en Gambetta qu' « un fou furieux », croyait tout perdu, la France au bout du rouleau, et, comme si les prétentions des Allemands n'eussent pas été nettes, se figurait qu'il valait mieux céder tout de suite seulement l'Alsace et deux milliards, que plus tard la Lorraine encore et trois milliards de plus. Dans son voyage inefficace à travers l'Europe il avait cependant traversé l'Allemagne, entendu ses revendications :« elle voulait, elle aurait Strasbourg et Metz ! La guerre n'était plus dirigée contre l'Empereur, ou contre la nation, à qui on désirait même conserver une certaine grandeur, mais contre la politique de Louis XIV, l'impardonnable conquérant de Strasbourg et des Trois Évèchés '.... » Dans un rendez-vous de nuit, qu'il eut, le 5 novembre, dans une maison abandonnée près du pont de Sèvres, avec Favre et Ducrot, Thiers dit son désir prématuré de la paix. Des paroles furent alors échangées, dont le retentissement dépasse cette minute précaire et dure encore.

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