‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 55 sur 101 · PLAN DE TROCHU · texte numérisé non relu

PLAN DE TROCHU

— « Nous n'avons pas le droit de capituler, s'écria le général Ducrot. Nous avons des vivres, des armes, des munitions, nous avons des troupes qui s'améliorent chaque jour, nous devons défendre Paris aussi longtemps que possible, pour permettre au pays de former des armées nouvelles. Et si les ruines matérielles augmentent, les ruines morales diminueront! Nous sommes sous l'épouvantable accablement de Sedan et de Metz, la lutte seule peut nous relever de ces alïreux malheurs.

— Général, dit Thiers, vous parlez comme un soldat, non comme un homme politique.

— Je parle en politique, répondit Ducrot. Une grande nation comme la France se relève toujours de ses ruines matérielles, elle ne se relève jamais de ses ruines morales. En continuant à défendre pied à pied le sol de la patrie, notre génération souffrira peut-être davantage, mais nos enfants bénéficieront de l'honneur que nous aurons sauvé. »

Thiers, mécontent, regagna Tours oi^i il allait commencer une opposition sourde contre Gambetta. Quant à Trochu, remis de l'alerte du 31 octobre, il se consacrait de plus belle à l'élaboration de son plan, — plan d'immobilité défensive, — qu'il consignait sous forme de testament chez M* Ducloux, son notaire, et qui, pour Paris, resta mystérieux en dépit de la chanson célèbre :

Je sais le plan de Trochu, Plan ! Plan ! Plan ! Plan ! Plan !

Grâce à lui rien n'est perdu !

Pendant que Paris souffre avec cette gaîté les longues semaines d'isolement, de privations, — déjà les ménagères faisaient queue aux grilles des boucheries, par les jours commençants de l'hiver, — les forces militaires de la Capitale achèvent de s'organiser, d'innombrables pièces

sont en batterie, trois armées prêtes : la première composée de 266 bataillons de la garde nationale sous Clément Thomas, — mais jugée bonne à rien, inemployée, suspectée à tort ; la deuxième, la meilleure, conduite par Dncrot : 100 000 hommes en trois corps, Blanchard, Renault, d'Exéa ; la troisième aux ordres de Vinoy, 70 000 hommes dont la garde républicaine, les douaniers, forestiers et marins, et le reste en mobiles. Une division de 30000 hommes enfin à Saint-Denis, commandée par l'amiral La Roncière Le Noury.

On le voit: largement de quoi harceler l'ennemi, l'écraser même sur un point.

Mais, depuis quelque temps, Trochu, voyant que Paris tenait toujovn-s, s'était rangé à un plan nouveau, caressé par Ducrot : pendant que l'on déploierait, à date choisie une vaste démonstration d'ensemble, 50000 hommes triés tenteraient une sortie par la presqu'île d'Argenteuil, où l'investissement était le plus faible, et, le cercle rom[)ii, fderaient le long de la Seine, vers Rouen, Le Havre. Là se réunirait le gros de la défense, adossé à la mer, pour effectuer ravitaillement et déblocus.

Cette opération chanceuse allait peut-être entrer dans la voie d'exécution, lorsqu'à la mi-novembre une nouvelle éclatait, qui transporta Paris, bouleversa tout.

Un pigeon, — c'était maintenant, avec les ballons, le seul mode d'exploiter les chemins libres, l'air, — un pigeon (pii, touchante chose, fut blessé en route, venait d'apporter sous son aile fragile cette grande espérance : la victoire de Couimiers.

A ce premier succès de la nation, la Capitale tressaillit, revit le ciel bleu. Tous les regards, tous les cœurs se tendirent du côté de la Loire. Nul doute, dans les premiers jours de décembre l'-irmée de Gambetta campe-

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