‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 59 sur 101 · MANTEUFFEL · texte numérisé non relu

MANTEUFFEL

8000 mobiles et 12 canons. Et ces 17 000 hommes, dont beaucoup ne savaient pas manier un fusil, tiennent tout le jour, vaillamment, sauf quelques défections de mobiles. Gentelles, Cachy, Villers-Bretonneux surtout, emporté, dit une relation allemande, « après une résistance acharnée », sont à notre gauche le théâtre d'une lutte indécise; à notre droite, Saint-Nicolas, Boves, Dury arrêtent longtemps Gœben. Mais Amiens était découvert, et pour ne s'y point faire écraser, la petite armée (le Farre dut l)attre en retraite; elle avait tenu en échec jusqu'à la nuit close les 25 000 hommes et les 120 canons de Mantculïel. La disproportion des elTectifs, les pertes allemandes (1 276 blessés ou tués), en regard des nôtres (1 300 blessés ou tués, et 1 000 disparus), disent le mérite des vaincus.

BATAILLE d'aMIENS. 123

Le 28 novembre, Manteuffel entrait dans Amiens et le 30 s'ouvrait la citadelle, après la mort de son commandant, le brave Vogel, 30 canons et 400 hommes venaient grossir l'effrayant chiffre des prises.

En attendant que Rouen bientôt succombât, sur tout le territoire envahi les dernières places étaient en effet tombées, ou une à une tombaient. Soissons, malgré ses 120 canons, dès le 16 octobre, avait vu arborer le drapeau ennemi; un gouverneur prussien déclarait dans ses murs que : « quiconque serait pris les armes à la main sans faire partie de l'armée régulière serait aussitôt jugé comme traître et fusillé, ou pendu sans autre forme de procès ». Schlestadt, le 24 octobre, avait rendu 2 400 hommes et 120 canons; Dijon, prématurément évacué, était, le 31 octobre, tombé aux mains de Werder, après un combat où était tué le vaillant et malheureux Fauconnet; Neufbrisach et le fort iMortier, le 6 novembre, faisaient allemands 5 320 hommes et 113 canons; Verdun, après trois bombardements et de nombreuses sorties, souvent heureuses, capitulait honorablement le 8 novembre, armes et matériel devant après la guerre faire retour à la France; Thionville enfin, le 24, ouvrait ses portes, derrière lesquelles étaient 400 hommes et 200 canons.

Seules Montmédy, Phalsbourg, Mézières et Bitche demeuraient encore; et Belfort, dans les premiers jours de novembre, entamait son héroïque défense.

Cependant la IP armée, prince Frédéric-Charles, s'avançait en grande hâte vers la Loire. L'étonnante aventure de Coulmiers — désagréable révélation pour le grand état-major prussien — précipitait la marche du Prince Rouge, tant on redoutait à Versailles de voir d'Aurelle pousser de l'avant au secours de Paris. Un peu

d'audace, et il avait le temps de battre, avant que les vainqueurs de Metz arrivassent, les seules troupes que lui pouvait opposer Moltke sans trop afl'aiblir le cordon du siège, cette division d'armée {Armée-Abtheilung) confiée au grand-duc de Mecklembourg et composée des vaincus de Coulmiers (P'" bavarois), des pillards de Châteaudun ['l'I^ division prussienne), d'une division d'infanterie encore (la 17'^) et de quatre divisions de cavalerie.

Mais en vain Gambetta, Freycinet, pressaient d'Aurelle, en vain Chanzy exprimait nettement sa confiance dans une marche en avant; le commandant en chef objectait impossibilités sur impossibilités, considérait comme seule prudente une attente sous Orléans, où l'on établirait un vaste camp retranché, garni de fortifications, armé de canons de marine amenés des ports. Et l'on attendit, immobiles, par les courtes et démoralisantes journées de novembre, sous la pluie, dans la boue. Chanzy obtenait pourtant qu'on gardât au moins la ligne de la Conie; Lipowski poussait ses éclaireurs jusqu'aux deux tiers du chemin de Chartres. Puis letemps passa, de plusbelle, jusqu'à ce que l'heure irréparable fût sonnée, jusqu'à ce que Frédéric-Charles enfin, avec ses trois glorieux corps, Alvensleben, Manstein et Voigts-Rhetz, surgît.

Si l'occasion propice disparaissait à jamais, avec l'inertie du d'Aurelle, Gambetta du moins ne perdait pas une minute dans l'organisation quotidienne. Trois corps nouveaux étaient nés depuis Coulmiers, successivement rattachés à l'armée de la Loire : le 17'' commandé par Sonis, jeune et brave général arrivant d'Algérie; le 18*= par le général Billot, hier lieutenant-colonel d'étatmajor; le 20" enfin par le général Crouzat. Le "iO" corps n'était autre que la petite armée naguère rassemblée dans l'Est par Cambriels, et que Gambetta avait appelée des

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