BATAILLE D ORLEANS
Tours. Une confusion inouïe, un affreux tumulte sont déchaînés sur les faubourgs, la ville, les ponts chargés à
^ Boidcu/
//. IQQÛ 500 0 1 Z 3 ^ 5 f(il.
'DEUXIÈME BATAILLE d'orléans (2° jour, 4 décembre).
Les flèches indiquent la direction des attaques allemandes. La ligne ponctuée indique le front de bataille de l'armée française.
rompre, la rive opposée couverte à perte de vue de fuyards. Dans Orléans même, on s'entasse. Les soldats envahissent les cabarets et les bouges, jonchent les trottoirs, mendient. Les officiers emplissent hôtels et cafés ; on est
148 LA fiUERRE DE 1870-71.
si las que tout à l'heure on se laissera ramasser, sans un geste. La nuit s'épaissit. Le cercle allemand se res serre.
A huit heures, les vainqueurs sont aux portes, menacent d'ouvrir le bombardement si tout n'est soudain évacué. Après deux heures de pourparlers, ils font grâce de deux heures encore, se souciant peu d'un combat de rues, la huit. Et sur les ponts où l'on s'écrase, au-dessus de la Loire charriant dans l'ombre des glaçons énormes, la déroute sans nom dégorge à flots pressés, tandis que minuit et demi sonnant, dans la ville en deuil, le long des rues désertes et des maisons noires, le grand-duc de Mecklembourg pénètre, au son aigre des fifres, au roulement des tambours plats.
Triomphale musique, qui ne croyait saluer qu'une éclatante victoire, dont Orléans réoccupé, 18000 prisonniers et 74 canons n'étaient que les signes matériels, et qui célébrait, à l'insu de tous, la fin virtuelle de la guerre.
Car cette destruction inattendue de l'armée de la Loire, c'est, après l'effort brisé de Paris, un coup irrémédiable porté à la Défense. Durant les sombres mois de décembre et de janvier, elle ne fera désormais que s'agiter douloureusement, en héroïques, impuissants tronçons, sans pouvoir plus se réunir.