LES LIGNES DE JOSNES ET DU LOIR
Chanzy, le 5 elle 6 décembre, a réorganisé ses Iroupes, chemin faisant; et le 7 au malin, quand le grand-duc commence son mouvement, croyant n'avoir à pousser devant lui que des débris, il se heurte à une armée nouvelle, solidement assise sur des positions imprévues. A gauche, appuyéàla forêt de Marchenoir, c'est le 21" corps, intact; à droite, appuyée à la Loire et occupant Meung, en avant de Beaugency, c'est la colonne mobile venue de Tours avec le général Camô. Au centre la division Jauréguiberry et le 17"^ corps. On se souvient que les deux autres divisions du 16= corps, Barry et Morandy sont, depuis Loigny et Orléans, si atteintes, qu'elles ont précipitamment reculé jusqu'à Blois. Chanzy espère du moins que Barry s'y pourra maintenir, défendre la ville, tandis que Morandy, avec ce qui lui reste, occupera Chambord, tous deux lui servant de flanc-garde en arrière, sur l'autre rive.
Alors une lutte héroïque commence, entre ces jeunes troupes épuisées déjà par les dures souffrances des jours précédents, par les marches, les privations, le froid, par la défaite, et ces vieilles troupes aguerries, presque aussi lasses il est vrai, mais soutenues par leurs récentes victoires et le désir d'en finir.
Spectacle admirable que le surgissement, devant l'adversaire stupéfait, de cette armée subite, jaillie de sa ruine, comme un phénix de ses cendres ! Éclatant témoignage de ce que peut le soldat à la dernière limite de ses forces, ravagé d'épuisement et de froid, quand un chef décidé le ranime, le soutient de son inébranlable foi.
Il est hardiment permis de dire que cette résistance des lignes de Josnes, cette interminable bataille que nous appelons bataille de Villorceau, et les Allemands bataille de Beaugency, est une des plus glorieuses pages de la guerre, le plus beau moment de la Défense nationale.
l'immortel honneur de Chanzy. On se bat quatre jours durant, sans repos ni trêve, résistant pied à pied, cédant à droite par suite du recul de la division Camô, regagnant
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llATAILLIi DE JOSNRS, HE VII.I.OIICEAII OU DE BEAUGENC.Y
(7, 8, 9, 10 décembre).
Les lignes ponctuées iniliquent les fronts de bataille des deux, armées.
à gauche. Le 7 décembre, lutte indécise. Le 8, les Bavarois plient au centre, devant Josnes, mais enlèvent Beaugency et Messas, évacués a{)rès la blessure de Camô. Le 9, on se cramponne aux hauteurs de Tavers, en arrière de lîeaugency; on recule à peine de deux kilomètres,
LA DÉLÉGATION A BOrlDEAUX. 155
après une lutte vive à Villorceau, à Villejouan, à Origny Gambetta est accouru à l'armée, le soir du 9 ; il vient se concerter avec Chanzy et tous deux passent la nuit au travail : complément d'organisation, resserrement des cadres, mais surtout débattent la grande question : quel parti prendre? La Délégation le jour même a quitté Tours, s'est transportée à Bordeaux. C'est un souci de moins pour Chanzy, qui n'a plus à la couvrir. Et si Bourbaki de son côté daignait, avec ses trois corps, venir le moins du monde à son secours, tentait seulement une démonstration sur l'autre rive... Mais après une courte pointe sur Gien, aussitôt arrêtée, Bourbaki s'est retiré vers Bourges, pour s'y aller refaire. Impossible, affirme-t-il, de tenir campagne. Comme si les héros de Josnes, qui ont tout autant, davantage môme souffert que leurs camarades, n'eussent pu, au lieu de se battre, alléguer exactement les mêmes raisons ! En vain, par télégraphe, Gambetta, Freycinet harcèlent Bourbaki, en vain Chanzy le supplie. . . Le ministre se décide alors à courir à Bourges, pour examiner sur place, et Chanzy abandonné à lui-même tente une fois encore le sort des armes, avant de se résoudre à battre en retraite sur la ligne du Loir. — « Oui sait, disait-il, avec sa ferme espérance, ce que peuvent apporter les changements de fortune, si fréquents à la guerre ! L'ennemi est aussi fatigué que nous. »
Et le 10 ses recrues exténuées livrent leur quatrième bataille, reprennent Origny, tentent d'envelopper par la droite le grand-duc. Si le succès final restait à celui-ci, avec 10 canons, et plus de 4 000 prisonniers, il le payait du huitième de son effectif. Les Bavarois de Von der Tann, définitivement écrasés, gagnaient l'abri d'Orléans et ne paraissaient plus de la guerre.
Pour céder une lieue à peine de terrain, nous n'avions
pas mis moins de quatre-vingt-seize heures : quarantehuit d'enragé combat, et quarante-huit encore, plus pénibles peut-être, de meurtrières nuits, aux courts sommeils sur la terre gelée. — Car jusqu'alors, soi-disant pour une meilleure discipline (idée très fausse), on a campé en plein air, à la mode d'Afrique, tandis que les Allemands, eux, cantonnaient, se carraient à l'aise, au chaud dans les villages. Le 13 décembre seulement, Gambetta autorisera les armées françaises, chez elles, à en faire autant...
Mais, venant à l'aide du grand-duc de Mecklembourg fourbu au point de ne pas poursuivre ou à peine, Frédéric-Charles, libéré par l'inaction de Bourbaki, accourt avec son armée ; en même temps, après Chambord, où Morandy s'est laissé surprendre, Blois terrifiée est prématurément évacuée par Barry. Chanzy, complètement découvert sur sa droite, se replie alors en manœuvrant sur Vendôme, par une belle mais pénible retraite de deux jours.
Une pluie torrentielle détrempe les champs gluants de la Beauce, à travers lesquels les immenses bandes de l'armée pataugent. Marche plus douloureuse qu'un combat. En dépit des efforts surhumains de la Délégation, et des vivres et des munitions qui affluent pêlemêle, les soldats hâves, en haillons, ont figure de spectres. Beaucoup se dispersent, jettent leurs armes, désertent. Le 1"2, la division Wittich ramasse plus de 2 000 prisonniers volontaires II était temps qu'on arrivât, le 13, à Vendôme.
Sitôt là, Chanzy se retourne, fait face. Le 16'' corps (.lauréguiberry) occupe la rive gauche du Loir, en avant de Vendôme; le 17"= et le '21" la rive droite, jusqu'à hauteur de Moréc ; une division de lîretagne, amenée des