‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 70 sur 101 · RETRAITE SUR LE MANS · texte numérisé non relu

RETRAITE SUR LE MANS

boues du camp de Conlie par le capitaine de vaisseau Gougeard, tient Cloyes, à l'extrême g-auche ; à rextrênie droite, vers Saint-Amand et Montoire, les restes des divisions Barry et Morandy, venant de Blois évacuée. Vaste front de 30 kilomètres sur lequel bientôt les feux s'allument, le courage revient.

Mais, dès le 14, apparaissent les têtes de colonne des Allemands, armées du grand-duc et de Frédéric-Charles réunies. Elles s'emparaient à notre gauche, après un vif combat, de Fréteval et de Morée. Le 15 au matin les marins de Jaurès reprenaient Fréteval, détruisaient le pont. Et tandis que les troupes épuisées du grand-duc réattaquaient en vain, deux corps de Frédéric-Charles entraient en ligne. Les efforts de l'un se brisaient à Sainte- Anne contre la résistance de Jauréguiberry ; l'autre réussissait à emporter, au centre, les hauteurs de Bel-Essor r dominant Vendôme. La ville était découverte, Jauréguiberry menacé de flanc. La nuit, silencieusement, acheva la défaite : l'armée à bout se débandait.

Force fut à Chanzy d'ordonner de nouveau la retraite. Les ponts sautèrent ; deux petits combats d'arrière-garde, à Épuisay, à Droué, furent toute la poursuite du vainqueur. Moltke, en effet, soucieux de ne pas s'affaiblir en étendant outre mesure sa ligne d'invasion, avait décidé de rappeler vers Chartres l'armée du grand-duc de Mecklembourg; elle était au même point d'abattement que celle des vaincus ; quant à l'armée de Frédéric-Charles, elle remontait à toutes jambes vers Orléans, à l'annonce d'une bien tardive, bien incomplète diversion de Bourbaki sur Vierzon. Le Prince Rouge s'élançait à marches forcées, faisait parcourir au corps de Manstein 20 lieues en vingtquatreheures, tant ses craintes étaient grandes, montraient ce qu'on eût pu attendre d'une intervention hardie de ce

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côté. Mais Bourbaki s'en tenait là. Frédéric-Charles, trop heureux, fit de môme. Chacun, de guerre lasse, soufflait.

Ainsi Chanzy put exécuter, sans être inquiété, sa retraite sur le Mans. Il y arrivait le 19 décembre, après quatre jours de suprême misère. Son armée n'était plus alors qu'un assemblage sans nom, qui succombait de toutes parts, craquait, fondait... Des rideaux de cavalerie avaient dû arrêter, ralentir la course éperdue des fuyards vers le Mans. Le 19 au soir, pourtant, on s'établissait en avant de la ville, à cheval sur l'Huisne. On occupait les positions prescrites.

La '2'' armée de la Loire, échappée pour la troisième fois, grâce à Chanzy, à une destruction complète, allait pouvoir se refaire là, attendre, provoquer même de nouvelles attaques. Elle devait à la seule énergie de son chef, à cette vigilance, à cette indomptable ténacité, non seulemeid de vivre encore, mais d'avoir illustré son malheur.

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