PARIS : DEUXIÈME ÉCIIEG DU BOURGET
ouvrir une possibilité de négociations. Et Favre qui déjà voyait venir la famine, Ducrot qui jugeait qu'on avait satisfait à l'honneur, beaucoup d'autres, eussent souhaité d'en finir. Mais Trochu n'osa, redoutant le belliqueux patriotisme de la foule.
Le Gouvernement avait de même décidé, contre l'avis de Gambetta et celui de Chaudordy, de ne pas se faire représenter à la conférence de Londres, provoquée par la Russie : elle profitait de notre abaissement pour dénoncer le traité de 18.56, qui après la guerre de Crimée, avait limité à 10 bateaux sa flotte sur la mer Noire. La France, première signataire du traité, eût dû être la première représentée. Gambetta souhaitait que Favre allât parler au nom de la République, et de vis/i pût constater, au passage, les efforts, les ressources de la Province. Oui sait? On eût pu peut-être aussi préparer la paix dans des conditions meilleures... Mais, par peur de mécontenter l'opinion avancée en demandant à Bismarck un « humiliant sauf-conduit », Favre s'abstint.
Et les jours un à un coulaient, depuis Champigny, sans qu'on se décidât à reparler d'opérations militaires, de relie sortie qui devait suivre, à court délai. Longue quinzaine d'inexplicable torpeur, où l'immense armée s'usait à vide, où Paris souffrait courageusement, trouvant moins durs encore les privations et le froid que ce marasme et cette incurie. Le 21 décembre enfin, Trochu, pour tromper cette fièvre ardente, jugeait le moment venu d'une saignée.
On allait tenter, avec le corps d'armée de La Roncière Le Noury, un coup de main sur le Bourget, ce Bourget de nulle importance stratégique en octobre, et devenu, en décembre, nécessaire pour conquérir, d'Aulnay à Garges, la vaste plaine d'où Ducrot ensuite s'élancerait. Une
diversion de Vinoy sur Ville-EvrarJ complétait ce plan platonique, simple satisfaction à l'opinion publique.
La Roncière lançait donc deux brigades. L'une ne pouvait dépasser au sud les premières maisons du Bourget très fortifié. L'autre enlevait au nord-onest l'église et le cimetière. Mais les renforts prussiens accouraient de Ponl-lblon, et tandis que nos propres batteries, du fort d'Aubcrvilliers, de Drancy, écrasaient par mégarde nos marins dans le village, le cimetière nous était vers trois heures repris d'assaut, après une résistance si opinialre que de telle de nos compagnies, il ne survivait que 6 hommes.
Dès midi, Trochu, sans envoyer au secours du petit corps d'armée de Saint-Denis une seule de ses innombrables réserves (on avait pour la forme mobilisé une partie de la garde nationale), rompait le combat, prévenant Ducrot de suspendre son mouvement dessiné à peine. Quant à Vinoy, il n'avait enlevé Ville-Evrard que pour la voir reperdre le soir même. (Les Allemands y tuaient le général Biaise, faisaient 600 prisonniers.)
Les jours suivants, où le froid descendait, plus terrible que jamais, — le vin faisait bloc dans les tonneaux, l'eau des corvées gelait à mesure, on fendait le pain à la hache, — Trochu laissait devant le Bourget l'armée au bivouac. On dut évacuer des centaines d'hommes aux pieds gelés. Les troupes oisives se serraient, misérables, autour des brasiers. Les obus allemands sillonnaient la plaine, couverte encore des morts de la bataille.
Enfin, le 26 décembre, quand les troupes eurent passé par do surhumaines souffrances, quand il fut bien démontré à co fougueux Paris que tout mouvement était devenu impossible, Trochu donna l'ordre de reprendre les cantonnements.
:'Anis : deuxième échec du bourget. 169
Le lendemain le bombardement commençait.
Cet acte de barbarie inutile, depuis si longtemps réclamé par l'Allemagne entière, et devant lequel on eùl pu croire qu'une nation civilisée reculât, Bismarck attendait seulement, pour en donner le signal, que Paris, seion son expression, « eût suffisamment cuit dans son jus » et que surtout le parc de siège fût au complet. Le « moment psychologique » lui semblait venu.