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CHAPITRE XVIII

Le Bombardement de Paris. — Bapaume (3 janvier 1871) — ViLLERSEXEL (9 janvier 1871).

Depuis la fin de septembre, le cordon alors si précaire des troupes d'investissement s'était peu à peu renforcé, avait fini par compter plus de 200000 fantassins, prè? de 34000 cavaliers et 898 canons; cercle toujours bien frêle, devant une aussi énorme ville, comptant jusqu'à 2 627 canons de place et de siège, et devant une armée de 050 000 hommes qui eût rempli son rôle ! Mais, grûce à l'inertie du Gouvernement, l'ennemi avait pu librement s'entourer lui-même de forts retranchements, et, profitant de ce que, fascmôe par Paris, la Province ne songeait pas à inquiéter sa ligne de communications, il avait, sur ces minces voies ferrées déjà écrasées par les transports de vivres, fait venir tout le puissant matériel du bombardement : plates-formes et canons de gros calibre, à mille coups par pièce... IG batteries menaçaient le front sud, 13 le nord, 13 autres l'est.

Ces dernières dans la nuit du 2() au 27 décembre complétaient leur armement, et le 27 au matin, à 8 heures, ouvraient le feu. Une grêle épouvantable s'abattit sur le plateau d'Avron et sur les forts de Noisy, Rosny, Nogent. Trochu, le soir du 28, dut donner l'ordre d'évacuer Avron mtenable, et dont la position, bonne naguère pour couvrir la sortie de Ducrot sur la Marne, n'était plus utile.

Mais tant l'exaltation de Paris était grande, une colère indignée s'éleva : tout le monde, dans cet abandon, vit le

renoncement aux derniers projets d'attaque, une reculade de mauvais présagé. Fin .lugubre de l'année, plus sensible encore ici, cœur même de la nation, que dans la France éparse.

Les vivres s'épuisaient ; on en était réduit au rationnement des conserves et des salaisons, à un pain noir et gluant, à d'innomables graisses. Charbon et bois manquaient. Envahie par le froid, l'ombre, l'éblouissant foyer s'était éteint. Cette ville, un des centres du monde, audessus de laquelle flottait jadis, le soir, cette grande lumière rousse qui faisait dire aux voyageurs émus : « Voilà Paris ! » à présent, n'était plus qu'une étendue de misère, avec ses avenues de ténèbres et ses quais vides, le long d'un fleuve de glace.

Mais si fort était le sentiment entête de la résistance, si rebondissante son ûme légère, que Paris fièrement supportait tout. Les femmes, sur qui retombait le plus écrasant fardeau, l'humble foule ouvrière et bourgeoise s'illustraient par un courage viril, une espérance jamais lasse. Ainsi, avec sa fierté blagueuse et sa résignation héroïque, ce Paris, qui ne devait pas tenir quinze jours, tenait depuis quinze semaines ! La noble Cité où tant d'étrangers ne voulaient voir qu'une ville de joie, un bazar de luxe et de plaisirs, donnait le plus admirable exemple : dans la cruauté de la famine et du froid, dans l'humiliation de la défaite, elle puisait de quoi narguer l'infortune ! Elle se montrait plus grande qu'elle n'avait jamais été.

Le 5 janvier, les 10 batteries du sud enlamaicnt la besogne à leur tour. Les projectiles pleuvaienl sur le Luxembourg. Saint-Sulpice, le Jardin des plantes, le Panthéon, l'Observatoire. Les détonations se succédaient avec un bruit sourd, comme les coups de piston d'iMio machine à vapeur. Le boinbardcmenl s'abattait sur les

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