LE BOMBARDEMENT DE PARIS
hôpitaux, les écoles, les musées, les églises. Il ne respectait pas plus les morts que les vivants, criblait, défonçait le cimetièi'e Montparnasse. Coïncidence bizarre, 21 bombes tombaient sur TObservatoire, 30 sur l'hôpital de la Pitié, ou, de préférence encore, sur les bibliothèques, le Muséum, la Sorbonne ! Mais, tandis que les obus à pétrole allumaient çà et là leurs incendies, Paris un moment stupéfait, se remettait bien vite. Quoi qu'eût pensé Bismarck, le moment psychologique n'était pas venu.
Cent quarante délégués de tous les arrondissements signaient et faisaient placarder sur les murs une affiche rouge, qui invitait le peuple à renverser « un gouvernement d'incapables «, réclamait le réquisilionnement général, le rationnement gratuit, l'attaque en masse. Et Trochu d'atténuer l'effet de cette explosion de menaces et de reproches, avec des promesses auxquelles bien peu, ni même lui sans doute, ne se laissaient prendre : « Courage! confiance ! patriotisme ! le Gouverneur de Paris ne capitulera pas ! » Le Gouvernement, ouvrant enfin les yeux, lui avait depuis quelques jours adjoint un conseil de guerre, composé d'un certain nombre de généraux. Mais presque tous étaient malheureusement convaincus de l'inutilité d'un effort quelconque. Aussi bien l'heure opportune, l'instant vraiment efficace étaient passés.
Cependant les rues avaient repris leur physionon:ie habituelle, les badauds venaient aux quartiers bombardés comme au spectacle. Sitôt qu'éclatait un obus les gamins couraient, donnaient la chasse aux éclats. De pauvres gens faisaient commerce de ces fragments de fonte, chauds les vendaient plus cher. Aux grilles des boucheries, où les queues patientes s'éternisaient, les femmes échangeaient, avec plus de sombre énergie, leur indomp
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table foi. On regardait le ciel gris traversé de bombes, et l'on haussait l'épaule en disant : « Tire toujours! » On vantait le beau courage des marins dans les forts. Vanves, Issy, Montrouge étaient devenus des nids à mitraille. Le 9, les Allemands n'étaient plus qu'à 750 mètres dlssy, à 450 mètres de Vanves. Sept batteries nouvelles se construisaient. N'importe ! une obstination ardente raidissait chacun. Une seconde même on espéra. Un pigeon apportait du Nord cette bonne nouvelle : victoire de Faidherbe à Bapaume.
Courte, inutile victoire ! les vaincus en recueillaient tout le fruit.
Nous avons laissé Faidherbe gagnant Arras après l'indécise lutte de Pont-Noyelles. Il établissait ses troupes le long de la Scarpe, qu'aux doux bouts couvraient Arras et Douai, et par un incessant travail il les réorganisait, aussi vite, aussi bien que possible. Cependant Manteuffel se croyant débarrassé pour un temps de toute attaque sérieuse de ce côté, reportait vers la Normandie son attention, laissait au commandantdu MIF' corps, Gocben, le soin d'observer le Nord et, tout à la fois, d'assiéger Péronne, seule place forte qui nous restât sur la ligne de la Somme, débouché précieux. Gœben fut donc obligé de se disperser sur un large front, tandis qu'un fort, détachement, couvert à hauteur de Bapaume par la division Kumraer, bombardait Péronne.
La petite ville, moins de 5 000 âmes, défendue par 3 500 hommes et 47 canons (commandant Garnier) était capable de résister à une attaque de vive force, non à un bombardement. Les Allemands, qui l'avaient reconnue à loisir, l'écrasèrent donc, le 28 décembre, avec 58 canons, 52 heures durant, sous un feu régléà 600 coups par lieuie.