‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 78 sur 101 · COMBAT DE VILLERSEXEL · texte numérisé non relu

COMBAT DE VILLERSEXEL

Péronne, qui s'était vue sauvée, se vit perdue. L'assiégeant (à peine 1000 hommes) redoubla de vigueur; des pièces nouvelles, tirées de la Fère, allaient mêler leur feu aux anciennes ; mais les habitants, d'un vœu unanime, s'opposaient à la continuation de la résistance, et Garnier, touché de leurs souffrances, capitulait, en dépit de ses officiers, et sans que l'assaut fût imminent, sans qu'il y eût même brèche au corps de place. Si les remparts avaient peu souffert, 18 maisons seulement sur 800 restaient intactes.

Cette prompte reddition, qui surprit Faidherbe comme il se remettait en marche, nous rejetait bien au delà de la Somme, restreignait le maigre champ d'action du Nord.

Le même jour (9 janvier), se livrait dans l'Est le combat de Villersexel.

Aux premiers jours de janvier, après sa désespérante concentration, Bourbaki, avec les IS"" et 20" corps et la réserve générale (le 24'= corps ralliait à peine par petits paquets) s'était enfin mis en route, de Besançon vers Vesoul. C'est là qu'après avoir évacué Dijon, Werder s'était en hâte replié, inquiet devant cette masse de forces qui de partout surgissaient devant lui.

Au grand quartier général, à Versailles, on ne savait rien encore, Moltke croyait toujours Bourbaki entre Nevers et Bourges. Singulière aberration, qui devait se prolonger jusqu'au 5 janvier, lorsqu'après une série de petits combats au sud de Vesoul, un télégramme de Wei'der lui apprit cette foudroyante nouvelle : la présence inattendue de trois corps d'armée dans l'Est. Moltke vit ses communications coupées, le Bhin franchi ; aussitôt, réparant par (le décisives mesures son défaut de perspicacité, il prescrivait à Werder de couvrir à tout prix Belfort,

au Ylh corps, Zastrow, et au I^, Fransecky, de quitter immédiatement Auxerre et Montargis, pour se concentrer autour de Nuits-sous-Ravières et de Chûtillon-sur-Seine, en une armée nouvelle, dite Armée du Sud.

Manteuffel, laissant la 1''' armée à Gœben, accourait de Rouen pour en prendre le commandement, s'élancer à toute vitesse contre Bourbaki, qu'il aborderait de flanc, tandis que Werder l'occuperait de front.

Cependant Bourbaki, après avoir tâté Vesoul, se décidait à se dérober vers l'Est, le long delà vallée de l'Ognon, afin de débloquer Belfort. Il eût été, certes, de toute nécessité, pour se préserver d'une fâcheuse surprise, que les débouchés de la haute Seine vers la Saône fussent du moins gardés. 11 n'en était malheureusement rien.

A la fin de décembre, s'inquiétant de voir Dijon inoccupé, car Garibaldi, malade, et Bordone, vexé de ne point jouer dans cette campagne le premier rôle, s'attardaient sans cause à Autun, — Bourbaki avait rappelé, dans la capitale de la Bourgogne, Crémer déjà en marche vers Langres; les bataillons de Pellissier complétaient la garnison. Mais Garibaldi s'ébranlant enfin, Grémer, le 8 janvier, s'éloignait bien vite, en sorte que l'armée des Vosges, seule, avec les inoffensifs mobiles de Pellissier, allait couvrir dorénavant la gauche, si menacée pourtant, de l'armée de l'Est. Encore si elle l'eût elTectivement couverte ! Mais elle s'installait tranquillement à Dijon, sans plus.

Freycinet dirigeait pendant ce temps le 15'' corps au renfort de Bourbaki. Les mêmes lenteurs, l'inextricable embarras des transports se renouvelaient. Hommes et chevaux, de faim, de froid mouraient en route. Les trains bondés stationnaient des jours et des nuits sous la neige; et au lieu de faire débarquer bien vite le tout à Besançon,

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