COMBAT DE VILLERSEXEL
Bourbaki et de Serres l'attiraient encore jusqu'à Clerval, sur un tronçon de voie que les ravitaillements immobilisaient.
Le gros de l'armée peinait cependant sur les routes de glace, n'avançait qu'avec une extrême "peine. Bourbaki, que de Serres suivait, un décret de révocation en poche,
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COMBAT DE VILLERSEXEL (9 janvier 1 871).
Les flèches indiquent la direction des attaques françaises. La ligne ponctuée indique le front de bâta lie de l'armée allemande.
sentait peser sur lui la suspicion du ministère, et — bien qu'on lui laissât toute latitude, — incapable d'une franche résolution personnelle, hésitant, il flottait d'un télégramme à l'autre. Une désorganisation intérieure rendait plus incertaine encore la marche de ces milliers et de ces milliers d'hommes, de cette apparence d'armée. Comme à I\Ietz, le chef d'étal-major était mis de côté, l'intelligent
général Borel remplacé par le colonel Leperche, aide de camp et ami de Bourbaki. Le premier des rouages ne fonctionnait pas.
Que fait Werder? Il est seul, livré à lui-même ; il a trois divisions contre trois corps d'armée. N'empêche ! il doit couvrir Belfort, il le couvrira. Mais d'abord, il faut arrêter, retarder Bourbaki, qui gagne lelongdel'Ognon. Et hardiment il détache la 4" division de réserve et la brigade Von der Goitz, qui viennent donner en plein dans le flanc de l'armée, à Villersexel.
Les Allemands s'emparaient par surprise du château et delà ville (500 prisonniers), refoulaient nos avant-gardes; à l'ouest, ils attaquaient Billot et le IS" corps, enlevaient, gardaient Moimay, emportaient au soir Marat, après un vif combat. Mais c'est à Villersexel que se décidait la journée. Entraînant les fantassins du 20*^ corps, Bourbaki, transfiguré au feu, se précipitait l'épée haute, criant : « A moi l'infanterie ! Est-ce que l'infanterie française ne sait plus charger? » Partie de la division Penhoat, du 18' corps, arrachait aux Allemands la grand'rue, pénétrait dans le château. Une mêlée sauvage l'ensanglantait. Allemands cramponnés au rez-de-chaussée. Français aux étages supérieurs, jusqu'à ce qu'enfin tout croulât, dans les flammes. Werder donnait dans la nuit l'ordre d'évacuer la ville, où jusqu'à deux heures du matin la tuerie s'acharnait. Ainsi Bourbaki, dont deux ou trois divisions à peine avaient été engagées, put s'endormir sur ses lauriers.
Tandis que ce brillant succès immobilisait l'armée entière, Werder, battu mais sauvé, forçait de vitesse, et courant à la Lisaine, nous barrait le passage, surgissait entre Belfort et nous.