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CHAPITRE XIX

Chanzy au Mans. — Retraite sur Laval.

Moltke, fidèle à son plan, repi'enait campagne. En même temps qu'il allait encercler dans l'Est Bourbaki entre Manteuffel et Werder, il faisait de nouveau front, avec Frédéric-Charles et Mecklembourg, contre Chanzy désormais seul dans l'Ouest»

Le 21 décembre, la 2'= armée de la Loire était établie sur la défensive, autour du Mans : le 2P corps, au nordest, occupait le vaste plateau de Sargé, de la Sarthe à riluisne, plus, sur la rive gauche de l'Huisne, l'avancée du plateau d'Auvours, reliée par le pont d'Yvré-l'Évèque; le 16" corps tenait de l'Huisne à la Sarthe, en avant du faubourg de Ponllieue, ce long plateau que traversent les trois grand'routes de la Flèche, Château-du-Loir et la Chartre, et dont le Chemin-aux-Bœufs borde la crête ; le 17% sur la rive droite delà Sarthe, de l'autre côté de la ville, gardait les débouchés de l'ouest.

L'armée se réorganisait jour à jour, grâce à ce précieux centre du Mans, ou cinq voies ferrées jetaient les ressources de la Normandie, de l'Ouest et du Centre; il fallut d'abord trier, réencadrer les innombrables fuyards, les corps francs, les détachements affluant des dépôts, réhahiller, rééquiper tout ce monde. Besogne elîrayante qui ne put s'effectuer qu'à demi. Chanzy pressait la formation à Cherbourg d'un corps d'armée nouveau, le 19% tirait du camp de Conlie, — tout voisin, et d'où était sortie déjà la division Gougeard, — sept à huit mille mobilisés d'Ille-et-

Vilaine. Ces pauvres gens grelottant la fièvre étaient tout ce qui restait d'une soi-disant armée de Bretagne que de Kératry avait été chargé de créer, en même temps que le camp de Conlie ; mais on avait dû la renvoyer presque entière, elle se dissolvait, mourait, dans ce cloaque.

Telle quelle, ranimée pour le suprême effort, cette agonisante armée de Chanzy comptait près de 100000 hommes. Il n'attendit même pas qu'elle fût entièrement refaite, tant il souhaitait reprendre, en même temps que Bourbaki et Faidherbe, une triple offensive, fasciné, hanté par l'incessante pensée : Paris. Dès la fin de décembre il détachait, lançait en avant des colonnes mobiles. Il voyait les autres à son image, ardents, tenaces, espérait ainsi nous raffermir, ébranler l'adversaire. Il ne fit qu'user, disperser ses forces.

Elles lui manqueront quand sonnera l'heure décisive.

Le général Rousseau, du '21'' corps, est détaché avec 1000 à 5000 hommes, soutenus par Lipowski, vers Nogent-lc-Rotrou. Le général Jouffroy, du 17'' corps, avec le meilleur de sa division, s'avance entre Loir et Loire pour rétablir la voie ferrée du Mans à Tours, menacer Vendôme. Dans ces parages d'autres colonnes le soutiennent : la division Barry, qui n'a pas encore rejoint ; Ferri-Pisani qui, le 20 décembre, en avant de Tours a déjà livré, contre des troupes du X" corps allemand, le combat de Monnaie; Curten enfin, (jui vient de Châtellerault et de Poitiers.

Et du 26 décembre où Jouffroy enveloppe, puis laisse échapper à Montoire un détachement du X" corps, au 6 janvier, c'est dans toute la région une série de combats sans lien, dont le plus clair résultat est de réveiller, de faire sortir de ses cantonnements Frédéric-Charles.

Le 29, Curten est entré à Chùteau-Hcnaull ; le 31,

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JoLitïroy a allaquc vigoureusement Vendôme, mais victorieux aux abords même et à Bel-Air, il échoue à Danzé, sur son flanc gauche, et sans insister, recule. Le 5 janvier, Curten se bat à Villeporcher. Mais, dès lors, le moment propice est passé.

Frédéric-Charles, qui le 2 janvier a donné d'Orléans ses ordres de concentration, apprend, le 5, qu'il n'a plus rien à redouter de Bourbaki. Déjà ses avant-gardes atteignent le Loir; le 111" corps (Manstein) doit entrer le 6 à Vendôme ; le IX" (Alvensleben) avec la 2'= division de cavalerie à Morée; le X^ (Voigts-Rhetz) aile gauche, avec la f^ et la 6'' division de cavalerie, gagnera Montoire ; à l'aile droite, vers Nogent-le-Rolrou , est un corps nouveau formé avec les restes de l'armée Abthei/iing, le XI 11'^ (17'^ et '22'' divisions d'infanterie) aux ordres du grand-duc de Mecklembourg, avec la 4'= division de cavalerie.

Masse de 60 000 fantassins, 15 500 cavaliers, el 320 canons, presque aussi épuisée que nous, et qui, sept jours de suite, en cette dure semaine de janvier, de son propre aveu la plus pénible de toute la campagne, avance et combat, refoulant, dans sa marche concentrique, nos colonnes éparses, jusqu'à cette journée du 12, où pour la dernière fois s'efl'ondre, sous le choc repété, l'immense et précaire faisceau humain, si longtemps renoué, soutenu par la seule volonté de Chanzy.

Le 6 janvier, c'est le combat d'Azay, qui rejette Jouffroy en arrière; de la Fourche, où Rousseau phe devant le grand-duc de Mecklembourg; de Saint- Amand, où Curten arrête un moment le X" corps, dont l'entrée en ligne soufl'rira dès lors quelque retard.

Le 7 janvier, Jouffroy est battu à Épuisay, Rousseau à Nogent-le-Rotrou , Curten à Villechauve. En vain Chanzy envoie-t-il en hâte à Château-du-Loir l'amiral Jaurégui-

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berry, pour prendre la direclion supérieui'c des colonnes mobiles, coordonner leurs mouvements; il est bien tard. Dans un perpétuel coup de feu, par les froides journées de brouillard, par les tourbillons de neige, les Allemands sinuent sur le verglas des routes, à travers un pays coupé, mouvementé, hérissé de chemins creux, de clôtures. Le 8, ce sont les combats de Vancé, de la Ghartre, de Bellème; le 9, les combats de Château-Renault, d'Ardenay, de Chahaigne, de Brives, de C4onnerré, de Thorigné. De toutes parts on se replie sur le Mans, sauf la colonne de Curten qui, coupée, est rejelée vers La Flèche. Un vent d'ouest fait rage, les fossés sont jonchés d'armes et de voitures, les routes couvertes à nouveau de fuyards. On y glisse comme sur un miroir ; il faut marcher à la tète des chevaux, les pousser à coups de plat de sabre.

Frédéric-Charles et Mecklembourg, pas à pas, ont resserré le cercle; déjà leur centre (Manstein) touche aux avant-postes; les ailes, plus lentes, se rapprochent. Ghanzy, pourtant malade, miné de fièvre, loin de céder prétend reporter, d'un élan hardi, sur les positions qu'elles abandonnent, ses divisions à bout de forces. « Est-ce que cet affreux temps, ce froid mortel ne sévissent pas pour les Prussiens comme pour nous? » La bataille, le 10, s'enflamme et tonne sur toute la ligne. A Parigné-I'Evèque, à Changé le 16'= corps, — à Saint-Hubert, à Champagne, à Pont-de-Gennes le 21'" se battent tout le jour, cramponnés ici, cédant là, héroïsmes et défaillances éperdument mêlés. Mais le soir, en dépit des eiïorts de Gougeard et de Ribell, Changé, Parigné, Champagne restaient à l'ennemi.

A l'aube du 11 , Ghanzy, debout par un prodige dénergie,

il avait claqué la lièvre toute la nuit, — inspectait ses

posilions, l'étendue de ces bois et de ces champs blancs de neige où l'armée exténuée s'était couchée, la veille.

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