‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 82 sur 101 · CHANZY AU MANS · texte numérisé non relu

CHANZY AU MANS

per en deux, barrer la retraite, valait qu'on s'inquiétât. Chanzy ordonne de le ressaisir à tout prix.

Alors Gougeard fait braquer, contre les débris de notre division Paris, fuyards qui dévalent du plateau, deux canons chargés à mitraille. 11 lève son sabre, rallie autour de lui les mobilisés de Rennes et de Nantes, le 1' ' bataillon des zouaves pontificaux, et se souvenant de la devise des héros de Loigny, il fait sonner la charge, il leur crie : « Allons, Messieurs I en avant, pour Dieu et la Patrie ! le salut de l'armée l'exige ! » Et le long des pentes abruptes, avec un élan digne des plus belles victoires, la poignée de braves se précipite, sous un feu terrible. Le cheval de Gougeard est frappé de six balles, deux autres traversent ses vêtements et un éclat d'obus son képi. On se bat corps à corps, on arrive à la crête, on enlève les fermes à la baïonnette. La journée, compromise, n'était pas perdue.

Le destin cependant suivait son cours. A la nuit close, en etîet, apparurent, à notre droite, les avant-gardes du X'= corps. Quoique fatiguées d'une longue marche, elles atteignaient les Mortes- Aures et, sur la crête du plateau que borde le Chemin-aux-Bœufs, enlevaient sans coup férir le poste de la Tuilerie, où les mobilisés bretons, croyant la bataille finie, faisaient la soupe. Epouvantés, sans armes que de méchants fusils à piston qui ne partaient pas, — et il fallait encore que leurs officiers ou leurs aumôniers les chargeassent ! — ces malheureux lâchent pied, fuient éperdus. Les ramener, impossible. Jauréguiberry ramasse ce qu'il peut, le lance dans la nuit.

Ses soldais épuisés se couchent, tirent en l'air, ou fuient. La débandade s'étend, court de proche en proche. Bientôt tout n'est qu'une cohue sans nom autour de Pontlieue.

Comme un arc trop tendu, la corde humaine, à force de misères, avait éclaté. Un peu plus tôt, un peu plus tard, c'était fatal. Tandis que l'armée allemande, terriblement éprouvée, se maintenait encore, l'armée improvisée de Chanzy, faute d'endurance morale, faute de cette longue habitude militaire qu'a l'ennemi, se dissolvait de toute part.

Alors, devant les dépêches sinistres de Jauréguiberry, devant le jour éclairant l'irréparable débâcle, Chanzy qui, jusqu'au matin du 12 janvier, avait voulu résister encore, s'agripper au sol, Chanzy, pleurant de rage, donna le plus douloureux de tous ses ordres. 11 écrivit à Gougeard : « Sauvons du moins l'honneur !» et à Jauréguiberry : « Le cœur me saigne, mais quand vous, sur qui je compte le plus, vous déclarez la lutte impossible et la retraite indispensable, je cède. »

Frédéric-Charles, ignorant le succès de sa gauche, croyait à une nouvelle journée de lutte. 11 ne s'aperçut que très tard de notre recul, visible seulement devant le X" corps. Tandis que Yoigts-Rhetz avançait, chassant lentement devant lui ces bandes qui se battaient encore à Auneau, aux Fermes, aux Épinettes, qui se battaient dans les rues du Mans, place des .Jacobins, pont Napoléon, place des Halles où il fallut deux bataillons et un canon pour enlever un café, — Jaurès et le '21" corps tenaient bon sur leurs positions, à Saint-Corneille, à Courcebœuf, à la Croix, à Chanteloup.

Ainsi, malgré l'efTroyable désordre sur les ponts minés, l'engouffrement fou dans la gare que les isolés prenaient d'assaut, jetant les blessés sur les voies pour s'empiler à leur place dans les ^vagons, cependant que le matériel

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