RETRAITE SUR LAVAL
s'évacuait à force et que sous une grêle de projectiles s'éloignait le dernier train, — malgré 50000 fuyards répandus sur les routes, où ahanaient les convois en tumulte, l'armée échappait à une ruine totale. Durant celte gigantesque bataille de sept jours qui coûtait aux Allemands 107 officiers et 3261 hommes, nous avions perdu 20000 prisonniers, 18 canons et 2 drapeaux. Nous perdions 1000 hommes encore le 14, le 15, à Chassillé, à Saint-Jean-sur-Erve; mais là se bornait la timide poursuite du vainqueur, qui le même jour se brisait à Sillé-le-Guillaume, conlre Jaurès.
Le 18, ce qui nous restait de troupes atteignait la Mayenne où Chanzy, comme sur le Loir, comme sur l'Huisne, faisait front. Tel était, dans ce coin de France, l'état des esprits, si bas était descendu le courage, que le conseil municipal de Laval venait trouver Chanzy dès son arrivée et le priait d'éviter à la ville les conséquences d'une action de guerre.
Mais Chanzy, — qui au lendemain du Mans renonçait si peu à son rêve de se battre encore, qu'il avait d'abord assigné à la retraite la direction latérale des lignes de Carentan, d'où l'on eût plus facilement remarché sur Paris — Chanzy qui n'avait gagné la Mayenne que sur l'ordre exprès de Gambetta, se mettait à l'œuvre, infatigable. Le Ministre lui-même, comme à Josnes, comme à Bourges, comme à Lyon, le Ministre qui, partout où sa présence était utile, surgissait avec un admirable dévouement, était accouru à Laval. Déjà ralliait le 19" corps expédié de Cherbourg. Et bientôt les vivres, les munitions se complétaient ; les effectifs s'élevèrent; Chanzy recon-
slituail les convois, établissait des cours martiales, épurait les cadres.
Confiants dans rimmortelle Patrie, Gambettaet Chanz\ s'évertuaient d'un môme cœur. lisse détournaient d'hier, ils se tournaient vers demain. Grand exemple, que l'invincible foi de ces vaincus !
Cependant Mecklembourg, après un combat à Beaumont-sur-Sarthe, était entré dans Alençon d'où aussitôt l'appelait vers Rouen un ordre de Mollke. Tours ouvrait ses portes à une colonne allemande, et Frédéric-Charles, laissant au Mans le IIP et le X'= corps, reprenait avec le IX' le chemin d'Orléans.
Ainsi, tandis qu'au souftle des deux grands Patriotes une armée nouvelle se reforme, c'est dans le Nord et dans l'Est que la partie se poursuit et s'achève, en attendant que la chute de Paris arrache, des mains de la Délégation, les dernières cartes.