‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 85 sur 101 · RETRAITE SUR BESANÇON · texte numérisé non relu

RETRAITE SUR BESANÇON

dans l'étroite enceinte des fortifications, il occupait au loin hauteurs et villages, Danjoutin, Pérouse ; si bien que lorsqu en novembre s'était présenté Treskow, il avait dû perdre un long mois à enlever les abords, harcelé, repoussé sans cesse. Belfort n'avait cependant pour toute garnison que 16000 hommes dont, seuls solides, deux bataillons. Mais Denfert, inlassable, veillait à tout. En vain Treskow enlevait le Mont, Essert, Cravanche, Bavilliers ; en vain depuis le 3 décembre durait, ininterrompu, le bombardement ; les habitants vivaient dans les caves, les maisons n'étaient qu'un tas de débris, mais les forts, le château, qui avec les tirs indirects du savant capitaine de la Laurencie faisait merveille, mais Bellevue écrasé d'obus, où le capitaine Thiers tenait toujours, répondaient fièrement, un coup sur trois, pour ménager les munitions. Aidé par le patriotisme du maire Mény, du préfet Grosjean, Denfert incarnait la défense, insufflait à tous celte flamme stoïque dont brûlait son âme républicaine. Et Belfort assiégé semblait aux assiégeants si redoutable, qu'ils le baptisaient de ce glorieux surnom : Leichenfahrik, la fabrique de cadavres. Treskow, voyant qu'il n'aboutirait pas du côté de Bellevue, avait repris l'attaque par le sud, ouvert de nouvelles batteries. Le 8 janvier enfin il réussissait à s'emparer de Danjoutin.

L'approche de l'armée de l'Est avait ralenti ses travaux Partie du corps de siège était nécessaire au soutien de Werder. Mais, dès le 17 janvier, le bombardement reprend de plus belle; le canon de Bourbaki décroît; Denfert, qui l'avait salué d'une joyeuse salve à blanc, fait tranquillement recharger ses pièces, et riposte, imperturbable, comme avant.

A peine le dos tourné à Belfort, que la vaillante obstination de Werder lui arrachait, Bourbaki voyait l'armée

entière, gangrenée de souffrances, tomber en brusque décomposition. Quatre jours sans fin s'écoulèrent, et avec eux ce torrent d'hommes et de bêtes, qui roulant dans un remous d'épaves canons et convois, précipitait vers Besançon, à travers toutes les routes des vallées de rOgnon et du Doubs, son flot de catastrophe. En vain Bourbaki songeait-il à manœuvrer encore; en vain, pour se couvrir, garder l'imprenable Lomont et le plateau de Blamont, laissait-il le 24*^ corps, vers Pont-de-Roide. Régiments, brigades, divisions s'en allaient par morceaux, sans rien qui les reliât, que l'instinct de vivre. Nulles distributions ; on pillait. Puis c'étaient des piétinejnents sans fin, d'interminables pauses grelottantes, affamées, autour de feux où tout passait, voitures démolies, charpentes et portes arrachées aux villages. Les typhiques aux visages jaunes, les varioleux aux mains enflées étaient milliers. Les fusils jetés en tas, les ciievaux crevés emplissaient les fossés. Aux bruits des engagements d'arrière-garde, on pressait le pas, on tournait la tête, on avait peur.

Le 23 janvier quand on futsous Besançon, il ne restait de l'armée de l'Est que le nom.

Tandis que Bourbaki ramenait à leur point de départ ces troupeaux derrière lesquels s'ébranlait Werder, et qu'à Bordeaux Freycinct, inconscient de la situation, échafaudait de nouveaux, d'irréalisables plans, l'armée de Manteuffel mettait à profit chacune des heures qui lui avaient été laissées, depuis Villersexel.

Du 13 au 17 janvier partie de Chatillon-sur-Seine, elle s'est glissée entre Langres et Dijon, elle a traversé cette région montagneuse aux bois impénétrables, aux gorges profondes, où une poignée d'hommes décidés eût suffi à l'arrêter à chaque pas. Mais l'armée des Vosges n'en a cure. Dès le 11, les brigades Ricciotti et Lobbia, à

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