LA MANŒUVRE DE MANTEUFFEL
raimonce des forces ennemies, se sont repliées. Pas un geste dès lors ne sera tenté de Dijon; Bordone et Garibaldi, chargés de garderie passage, de couvrir la gauche de l'armée de l'Est, laissent de propos délibéré le chemin libre. Une brigade, détachée bientôt par Manteufîel, va suffire à les clouer sur place ; encore croiront-ils avoir affaire à 70 000 hommes, l'armée du Sud tout entière ! Elle hâte cependant ses colonnes, et le 17 janvier au soir, sans un coup de fusil tiré, Manteuffel est maître de la vallée de la Tille et de la route de Vesoul ; il va passer la Saône sans combat.
Soudain, le 18, il apprend la victoire sur la Lisaine et ses résultats. Va-t-il aller rejoindre Werder, et de concert rejeter l'armée de l'Est débandée sur Lyon ? N'y a-t-il pas mieux à faire?... Couper Bourbaki de sa base, le séparer de la France, l'acculer à la frontière suisse, c'est-à-dire à la capitulation complète ou au désarmement ? Mais il faut pour cela se faufiler entre Dijon et Besançon, par Gray, Dôle, atteindre le Doubs. 11 faut gagner Bourbaki de vitesse, et pour surgir sur ses derrières, renoncer soi-même à ses propres communications, s'enfoncer au sud, dans un pays ruiné, entre des places fortes... Aussitôt, avec une belle audace, Manteuffel télégraphie à Werder de poursuivre l'ofTensive, fait lui-même un brusque à droite. Le 19, il couche à Gray; le 21, il entre à Dôle, y trouve 118 wagons de vivres; le 22, il franchit le Doubs, sur une foule de ponts malheureusement laissés intacts ; le 2,3, il rejette Crémer de Dannemarie ; déjà ses avant-gardes sont bien au sud, à Ouingey, y ramassent 800 prisonniers...
C'en est fait. Les tenailles sont prêtes à se refermer sur Bourbaki à Besançon, comme sur Mac-Mahon à Sedan.