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BATAILLE DE BUZENVAL

replier très vite. L'ordre n'en parvint qu'avec du retard au '23^ corps, rejeté dans le faubourg Saint-Martin, et Paulze d'Ivoy ne put s'échapper qu'à grand'peine.

Toute la nuit, tandis que la majeure partie des vainqueurs, ignorant encore les grands résultats de la bataille, s'en retournait cantonner sur ses positions du matin, l'armée du Nord s'écoula vers Cambrai. Faidherbe avait beau sauver ses canons (moins six), son trésor et près des deux tiers de ses troupes, il perdait 13000 hommes, dont 10 000 prisonniers, et, pour longtemps, l'espoir de tenir campagne. Du moins la molle poursuite de Gœben, qui avait 96 officiers et 2 304 hommes hors de comliat, montrait une fois de plus qu'en dépit de leurs défaillances nos recrues s'étaient comportées de manière à étonner des vétérans.

Comme la deuxième armée de la Loire, l'armée du Nord et son chef avaient bien mérité de la Patrie.

Une tragique coïncidence voulut que le jour même où succombait Faidherbe, Paris abdiquât ses dernières espérances. Saint-Quentin, Buzenval : double glas du 19 janvier!

Paris, qui se résignait aux obus prussiens, ne se résignait pas à la lente mort à laquelle Trochu, Favre, tout ce gouvernement de phraseurs et d'incapables, le condamnaient. La masse de la population, les petits bourgeois, les ouvriers, les femmes, tout l'humble monde qui souffrait du manque de vivres, — ne se pouvant payer 50 francs un kilo de beurre ou 200 francs une oie ! — cette foule qui la première eût gagné de voir ses souffrances finir avec la capitulation, s'enrageait à n'en point vouloir, à réclamer « la sortie torrentielle, la lutte à outrance »•

Mots qui finissaient par sembler bien ridicules aux gén(' raux, dès le premier jour désabusés. Idées dont la vertu eût été toute-puissante, si, pour les appliquer, on eût commencé par utiliser, militariser la bonne volonté du nombre, les uns ayant ce que les autres n'avaient pas. Entre garde nationale d'une part, entre ligne et mobile de l'autre, le dissentiment croissait. Il faut bien le dire : c'est du côté du peuple de Paris qu'étaient le sens juste et l'honneur.

Si fort s'élevait le sentiment public que le Gouvernement craignit de négocier avant une tentative de combat. Il décidait enfin, après plusieurs longues délibérations, de tenter, sous le canon du IMont-Valérien, une action contre le plateau de Garches : objectif, Versailles.

Trochu s'en chargea lui-même. Ducrot n'avait i)lus d'illusions, jugeait qu'on ne pourrait sortir ^< de ce goulot de bouteille ». Cette fois, sur 90 000 hommes, on décidait d'envoyer au feu 42000 gardes nationaux. « De quoi calmer ces braillards ! » D'ailleurs, nuls préparatifs, malgré trois jours libres. Le 18, aux ponts d'Asnières et de Neuilly, 30 régiments mobilisés s'entassèrent, campèrent là dans la boue, sous la nuit pluvieuse. Pas un officier d'état-major pour les diriger, les renseigner. Cependant, à l'aube, les trois colonnes d'attaque, aux ordres de ^'inoy, Bellemare et Ducrot, essayaient en vain de se constituer. Chacuue d'elles, éléments de ligne et de mobiles désignés au hasard, s'amalgamait tant bien que mal avec les « sang impur » — sobriquet des gardes nationaux t'i cause de leurs perpétuelles Marseillaise ! — et Ton essayait d'avancer, dans une incroyable salade de toutes armes.

Le signal d'attaque, trois coups de canon du Mont- Valérien, devait être donné à l'aube, par Trochu. A sept heures, n'ayant point encore vu le (iouverneur de Paris, le

commandanL du fort prend sur lui de faire tirer. Les têtes de colonne de Vinoy et de Bellemare débouchaient seulement, dans l'étroite plaine au pied du fort. Le reste, et la colonne entière de Ducrot, se traînaient très loin derrière, jusqu'à Courbevoie. Déjà les tirailleurs de Vinoy fusillent Montretout, Trochu leur fait courir après, annonce un nouveau signal pour dans une heure. Trop tard ! il faut que Bellemare, au contraire, entre en ligne, soutienne ^'inoy.

D'un vif élan, les deux premières colonnes avancent. Vinoy enlève la redoute de IMontretout et les premières maisons de Saint-Cloud, mais ne peut parvenir à extraire des chemins encombrés son artillerie. Bellemare, maître du château et du parc de Buzenval, prend pied de môme sur le plateau, s'empare des premières maisons de Garches, mais repoussé, ne peut dépasser la Bergerie. Petits postes, grand'gardes de l'ennemi ont été partout refoulés. Ducrol , par malheur, apparaît seulement en bas, dans la plaine, débouche de Uueil. II est onze heures.

On n'avancera plus. Le Prince Royal a massé ses bataillons. Toute l'après-midi s'use à essayer de franchir le parc de Buzenval, à faire brèche au mur meurtrier de Longboyau, qui barre le plateau. Bellemare n'y peut réussir, pas plus que Ducrot, dont la droite piétine dans le parc de la Malmaison. Ligne, mobiles, — et surtout ces mobilisés si suspects redoublent en vain leurs assauts, montrent que si on ne leur a pas appris à vaincre ils savent du moins mourir. Le colonel de Uochebrunc, le célèbre j)cintre Henri Begnault, le vieux manjuis de Coriolis, l'explorateur Lambert, combien d'autres (un tiers de l'effectif général des pertes) attestaient ainsi (}uelles ressources on avait jusque-là méprisées !

Cependant, avec le jour, la confiance décroît. On a juste assez de forces pour repousser la conlre-allaciuc

l'agonie. 209

allemande. Bientôt même on recule, quelques bataillons de gardes nationaux les premiers. Mais en avait-on fait des soldats ? Trochu ordonne la retraite. Volte-face subite, irrésistible. Seule la colonne de Ducrot conserve quelque calme; celle de Vinoy, oubliant dans Sainl-Cloud un bataillon de mobiles, celle de Bellemare s'écroulent et tourbillonnent. Une panique eiïroyable se rue vers les ponts, s y écrase. Les ténèbres voilèrent cette déroule sans nom. Trochu achevait d'effarer Paris en annonçant une hécatombe (4 000 hommes ; l'ennemi n'en perdait que 600).

Alors, de l'espoir fébrile, on tomba à l'abattement le plus morne. Les vivres s'épuisaient; le 21 commença le bombardement de Saint-Denis et du front nord. En vain, dans la nuit, le Gouvernement arrachait à Trochu sa démission de gouverneur (fonction et titre étaient supprimés) et, par une singulière contradiction, le gardait à la Présidence ; en vain nommait-on Vinoy, in extremis, général en chef des armées de Paris. Le 22, contre-coup de Buzenval et sursaut de colère devant l'imminente capitulation, une émeute vite réprimée éclatait, ensanglantait la place de l'Hôtel-de-Ville.

C'étaient les convulsions de la fin.

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