‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 90 sur 101 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Combats de Dijon ("21, 22, 23 janvier 1871). — Coup de

MAIN DE FoNTENOY (22 janvier 1871). — Retraite de

l'armée de l'Est sur Pontarlier. — Entrée en Suisse (31 janvier 1871).

Tandis que Manteuffel accélérait, sa marche vers le Doubs, la brigade Kelller s'avançait, le 21 janvier, contre Dijon. L'armée des Vosges, dont une action énergique eût pu être, pour Bourbaki, le salut, avait jusque-là borné ses opérations à un simulacre de reconnaissance, le 18, sur Messigny (une lieue et demie). Elle allait, forte de 40000 hommes, mettre trois jours de comjjat pour en repousser 7000.

Kettler, le 21, enlève les villages de Plombières, d'Hauteville, de Messigny, de Fontaine-lès-Dijon, arrive jusqu'au pied de Talant ; le 22 il se repose et se réapprovisionne ; le 23, il reprend la lutte. Il s'emparait de Pouilly, pénétrait jusqu'au faubourg Saint-Martin, où l'arrêta la puissante artillerie de la place. Lutte acharnée, où jusqu'au soir garibaldiens et mobilisés arrachèrent par doux fois Pouilly aux PoméranieriS, e! après laquelle, à la nuit close, ils retrouvaient sous des las de morts un drapeau prussien. Les habitants votèrent à daribaldi des actions de grâce pour la vaillance avec laquelle il s'était cramponné à Dijon; Manleufi'el n'en demandait pas plus. Sans être inquiétée, la petite troupe de Kettler se retira, son rôle joué.

Au môme moment, sur les lignes directes decommuni-

COUP nE MAIN DE FONTENOY. 211

calion de l'ennemi, 300 partisans montraient ce que peut l'endurance et l'entrain, au service d'une volonté ferme. Le 18 janvier, un corps franc de « Chasseurs des Vosges », commandant Bernard, aux ordres d'un comité civil composé de quelques patriotes, les ingénieurs Goupil, Rollin, Loisant, quitte son camp de Boène, aire inaccessible dans la forêt de Lamarche. Il se glisse de bois en bois, la nuit, dans un pays infesté d'fennemis, franchit la Moselle à Pierre-la-Treiche, se jette dans la forêt de Haye, et le 22 au petit jour, ces braves font à la barbe des défenseurs de Toul sauter le pont de Fontenoy, passage de la grande voie ferrée Paris-Strasbourg, puis, sains et saufs, ils regagnent leur camp. L'artère principale du ravitaillement des grandes armées du siège était coupée net, trop tard il est vrai pour un résultat efficace, mais à temps pour qu'on vît l'émotion des Allemands. Par représailles, ils saccageaient et brûlaient Fontenoy de fond en comlde, frappaient la province d'une amende de 10 millions. Procédés barbares, qui disaient seulement l'étendue de la rage, une mortelle crainte que de pareils exemples fussent imités. Ces petites expéditions, pratiquées à temps, vigoureusement, et en grand nombre, — là sans doute ! plus que dans les vastes armées sans cohésion, sans instruction, sans cadres, improvisées par la France surprise, — là eût été le salut... si quelque chose avait pu sauver un pays qui désespérait de se sauver lui-même.

Le rapide effondrement de l'armée de l'Est, après les désastres de Chanzy, de Faidherbe, de Trochu, semblait le prouver, à cette heure même.

Le 23 janvier, la moyenne partie de nos troupes avait atteint Besançon. C'était le jour où, déjà plus au sud, les avant-gardes allemandes s'emparaient de Ouingey, poussaient leurs reconnaissances vers Mouchard, Salins, Arbois.

Manteiiffel était dès lors maître des deux voies ferrées' qui reliaient encore Bourbaki à la France, vers Lons-le- Saulnier, Lyon. Werder, de son côté, achevait de pousser en queue les fuyards, occupait Clerval et Baume-les- Dames. Autre grave souci : le malentendu d'un ordre rappelait du Lomontet de Blamont les bandes du 24'= corpS' qui, attaquées au même instant, fuyaient éparses, la division Comagny fdant pour son compte jusqu'à Pontarlier-

Le lendemain 24, Bourbaki tenait au Château- Farine un conseil de guerre. Atterré, il venait d'apprendre que Besançon renfermait à peine quelques jours de vivres (évaluation fausse, il en restait pour un mois et demi).

Mais dès lors, impossible de s'attarder; il fallait remettre en route ces masses exténuées. Vers où ? Gray, Auxonne? De tous côtés, c'était l'impasse, le cauchemar de Manteuffel et de Werder... Seul Billot opinait pour une tentative vers Auxonne, mais, Bourbaki lui offrant sa place, il refusait. Tous les autres généraux se rangèrent à la retraite sur Pontarlier.

Pontarlier, sur la frontière suisse, parmi les hauts plateaux de neige du Jura 1 Pontarlier que ne reliaient au pays que d'étroits boyaux dans la montagne ! Il fallait du moins ne plus perdre une seconde, précipiter l'armée vers ces précieux couloirs de dégagement, si l'on tenait à éviter l'écrasement fatal, ou le passage en Suisse.

Par une aberration inexplicable, Bourbaki perdit encore deux jours. Il se bornait, le 25, à envoyer Crémer avec trois divisions en avant sur la Loue. En même temps il ordonnait à ce qui restait du 24* corps, accourant pêle-mêle vers Besançon, de rebrousser vers les positions du Lojj^ont, — de nulle utilité pourtant, depuis que la retraite sur Pontarlier était décidée. Afin de soutenir le mouvement rétrograde, il iapi)ehiil à lui le IS*' corps, déjà eu

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