‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 9 sur 101 · LES ORIGINES. — LES DEUX NATIONS · texte numérisé non relu

LES ORIGINES. — LES DEUX NATIONS

C'était s'engager bien à fond.

Par miracle, Léopold de llohenzollern se désiste; Guillaume y consent. L'ambassadeur d'Espagne apporte avec bonheur à M. de Gramont la renonciation. Tout semble terminé. L'empereur môme se refroidit. « La guerre deviendrait maintenant, dit-il, une absurdité sans nécessité »... « C'est la paix! » annonce joyeusement, dans les couloirs, Ollivier revenu au sens des choses. Mais les députés de la droite, mais la presse ont enfourché leur cheval de bataille. Ils n'en descendent plus. Gramont est le plus ardent. De lui-même il demande au baron de Werther, chargé d'atïaires prussien, une promesse écrite de Guillaume, un engagement d'empêcher toute candidature possible. L'Empereur se renflamme. Ordre à Benedetti de réclamer l'outrageante garantie.

Un vertige emportait ces hommes sur qui pèse l'éternel reproche : cet incohérent Gramont, Ollivier suivant malgré lui, l'Empereur surtout, âme flottante, qu'une autre âme, l'Impératrice, faisait mouvoir.

Guillaume est aux eaux d'Ems. Benedetti, par trois fois, l'approche, s'entend confirmer la renonciation pure et simple. Le Roi refuse d'engager l'avenir, considère la question comme réglée. Benedetti, talonné par Gramont, demande une nouvelle audience que Guillaume cette fois décline ; il n'a plus rien à dire. Mais avant son départ pour Coblentz, le lendemain 14, il reçoit encore Benedetti, lui répète, en lui tendant la main, qu'il n'a plus rien à lui communiquer; aux ministères à poursuivre leurs négpciations.

On le voit : ni insulteur, ni insulté. En dépit de notre insigne imprudence, tout allait se calmer, tomber à l'eau.

Bismarck entre en scène.

Page 1