CAPITULATION DE PARIS
Dès le 23 janvier, Favre allait, à la nuit, négocier avec Bismarck. Entre le vieil avocat sensible et le dur chancelier, la partie fut vite jouée. Favre venait avec le sage dessein de ne traiter que pour Paris, sentant bien qu'il n'avait nulle mission de stipuler pour le reste de la France, dont il ignorait la situation réelle et les ressources; mais dès les premiers mots tout fut dit. Bismarck hautain déclara avoir traité avec l'Empire; on venait trop tard. Pur mensonge, qui aplatit Favre ; il vit Paris affamé, la révolte, céda vite. Dès cette première conversation, il était percé à jour, livrait la France. Bismarck, la porte fermée, siffla la curée: « Hallali! dit-il, la chasse est faite. »
Le 26 janvier, le bombardement cessait, et le 28, après de longs et pénibles débats, Paris obtenait ces conditions : il livrerait sa ceinture de forts, tout le matériel de sa gigantesque armée, à l'exception des fusils de la garde nationale, ces fusils dont on n'avait su faire usage en temps utile et qu'on lui laissait aujourd'hui, moins certes par hommage à son esprit de patriotisme, comme s'en vanta Favre, que par terreur d'un désarmement difficile. « Croyezmoi, lui répétait Bismarck, vous faites une bêtise ! Et tôt ou tard il vous faudra compter avec ces fusils que vous conservez à ces exaltés. » 12000 hommes de l'armée active demeuraient de même organisés, pour assurer l'ordre; le reste, près de 242 000, serait prisonnier dans Paris. Apparente concession, qui évitait aux Allemands le transport de cette masse dans ses forteresses et ses geôles regorgeant déjà de plus de 370 000 prisonniers, tant des armées impériales que des armées de la Défense ! De même Manteuffel soupira de soulagement, en voyant les troupes de l'Est internées en Suisse. Enfin, Favre réussissait à abaisser à 200 millions la contribution de guerre de Paris, d'abord
fixée par Bismarck à 1 milliard, comme plus digne ainsi « de celle personne si puissante el si riche ».
Mais, hypnotisés par la Capitale, Favre el le Gouverne-' ment, contre tout droit, enchaînaient du même coup le sort de la nation. En quoi Paris, n'étant plus dans l'espèce qu'une ville assiégée, séparée depuis cinq mois du pays, pouvait-il engager les provinces, où une défense distincte s'acharnait, maintenait l'honneur du nom français? Usurpant un déplorable pouvoir, Favre signait un armistice de vingt et un jours, pendant lesquels la France allait procéder aux élections et réunir une assemblée nationale, qui déciderait « en liberté » de son sort. Mais, cette liberté, n'était-elle pas, à vrai dire, supprimée d'avance, par l'armistice même, qui ne fortifierait que les vainqueurs, relâcherait l'énergie des villes et des campagnes maintenues dans le devoir par la seule foi de Gambetta et de Chanzy ? Et si grande éclatait la légèreté de Favre, que non seulement, comme on l'a vu, il acceptait d'exclure de l'armistice Belfort et l'armée de l'Est, mais que, pour la cessation des hostilités sur les autres points, il admettait encore de délimiter les territoires sur renseignements prussiens.
Pis encore. En apprenant à Gambetta l'armistice, il oubliait de lui spécifier qu'il n'était exécutable qu'après trois jours.
Aussi, tandis que Gambetta le faisait appfiquer partout et ne savait <iue répondre aux télégrammes éperdus de Ghnchant cl de Garibaldi, les Allemands poursuivaient campagne, étendant de tous côtés leurs mains crochues. C'est de la sorte qu'Abbeville, deux arrondissements du Calvados, moitié de l'Yonne, du Loiret, du Loir-et-Cher, de l'Indre-et-Loire, une partie du Morvan, du Jura, de la Côte-d'Or nous élaient enlevés, d'un trait de plume. C'est