DENFERT-ROCHEREAU
de la sorte que le 25" corps, déjà maître des faubourgs de Blois, reculait au delà de Vierzon, que Garibaldi évacuait Dijon devant la forte division d'Hann de Weyhern, que Belfort enfin, sur l'injonction du Gouvernement, le 16 février, ouvrait ses portes.
La vaillante Cité, l'héroïque Denfert restaient invaincus. Si, après l'abandon de Bourbaki, Treskow avait pu s'emparer de Pérouse, il avait échoué le 26 janvier dans l'attaque de vive force des forts des Hautes et Basses- Perches, perdant 10 officiers et 427 soldats tués, blessés ou capturés; il avait fallu revenir au siège régulier, écraser les Perches d'obus pendant deux semaines, avant de les voir évacuer. 97 canons allaient enfin tonner contre le château, dernier réduit de Denfert contre les 25000 soldats de Treskow^ quand l'armistice fut étendu à la région. Le 18 février, avec armes et bagages, clairons sonnants et tambours battants, la faible garnison, drapeaux déployés, quittait la ville. Les postes prussiens présentaient les armes. Denfert, désormais illustre, sortit le dernier, le front haut.
Une autre glorieuse petite ville, la dernière qui fît flotter sur les Vosges les trois couleurs, ne devait se rendre que teyssier.
plus tard. Le brave commandant Teyssier et sa poignée de héros, après quarante semaines d'investissement, et trois bombardements dont un seul, en dix jours, avait couvert la place de vingt mille obus, quittèrent leurs remparts inviolés, le 26 mars seulement. On avait oublié Bitche jusque-là.
Au coup de foudre de Tarmistice, — car si Gambelta s'attendait à voir Paris payer bientôt les fautes dcTrochu et de Favre, il n'imaginait pas que leur banqueroute entraînât la France, — l'éloquent tribun, loin de plier, se redressa. Il arrivait de Lille, où comme partout, il avait prêché la guerre sainte, stigmatisé la paix, cession, mutilation de la Patrie!... « Livrer une parcelle du sol, ce serait violer le droit de tous ! la France était le bien commun, chaque motte de terre qu'elle couvrait de son drapeau, un patrimoine inaliénable! Si chacun avait, comme lui, cette conviction profonde, c'était la défaite assurée de la Prusse ; que pourraient 800 000 hommes contre des millions de Français ayant juré de vaincre ou de périr? »
Aussi, lorsque laissé sans autres nouvelles de Paris que le bref télégramme de Favre, il reçut des mains de Chanzy le texte delà convention, transmis par Frédéric-Charles, lorsqu'il en eut la narquoise confirmation de Bismarck même, son indignation éclata. Il lançait au Pays un vibrant appel : « la Prusse comptait sur l'armistice pour énerver, dissoudre... elle espérait une assemblée tremblante, prompte à subir une paix honteuse ; mais il dépendait de tous de mettre à profit l'armistice pour réorganiser vivement nos forces, nommer une assemblée vraiment nationale, républicaine, voulant la paix si elle assurait l'honneur, le rang, l'intégrité du Pays, mais capable de vouloir aussi la guerre, et prête à tout plutôt que d'aider à l'assassinat de la France! » Pour aider à l'épuration de cette assemblée, un décret en excluait les hauts fonctionnaires du régime déchu.
Le Gouvernement de Paris aussitôt protesta. Envoyé par ses collègues, Jules Simon était accouru à Bordeaux, s'était heurté aux reproches violents de Gambetta.