‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 99 sur 101 · L ASSEMBLEE NATIONALE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLEE NATIONALE

deux cents ans françaises. L'Assemblée nationale, présidée parJules Grévy, nommait Thiers chef du pouvoir exécutif, avec mission d'aller négocier à Versailles sur des bases définitives.

Le 28 février, il était de retour. L'avant- veille avaient été arrêtés, entre Bismarck et lui, les préliminaires de la paix. On en connaît les tristes clauses : abandon de l'Alsace moins Belfort, abandon d'une partie de la Lorraine avec Metz, indemnité de 5 milliards, occupation du territoire jusqu'à payement intégral, qui devait être effectué le l'"'" mars 1875; enfin prorogation de l'armistice jusqu'au 3 mars, avec entrée le !•='' mars et séjour de 30 000 Allemands dans Paris ""^''^'%\ --^ jusqu'à ratification des préliminaires. ^.^^^ss^

On connaît aussi cette entrée ^„,^„.

comme honteuse, ce bref séjour de quarante-huit heures. Passés en revue à Longchamps par leur nouvel Empereur, les 30 000 délégués des armées victorieuses pénétrèrent par l'Arc de Triomphe, descendirent le long des Champs-Elysées déserts, furent comme parqués dans un étroit espace, jusqu'à la place de la Concorde. Autour d'eux grondait la colère de la foule.

Ce que l'on connaît moins, c'est la précipitation que cette triste Assemblée de 1871 mit à ratifier les préliminaires, soi-disant pour abréger à Paris la douleur du contact allemand, en réalité pour s'assurer vite des loisirs politiques, au prix du traité le plus douloureux de noire histoire. Le 29 février, elle votait l'urgence, sans presque même entendre le détail des territoires cédés. Le l", décidant en hâte son propre abaissement, elle étouffait sous ses cris les protestations indignées de quelques

patriotes. En vain Edgar Ouinet montra le danger de la frontière ouverte, Berlin à la porte de Paris, l'avenir menacé s'épuisant en etïorls, en armements ruineux. En vain, Louis Blanc fit toucher du doigt la guerre de race, brutalement voulue, poursuivie par l'Allemagne, l'ignominie d'acheter la paix par un marché déshonorant. En vain, il faisait appel à l'énergie ancienne, aux fiers exemples de 1792. « Nos pères eurent foi dans la Patrie, attestait-il ; ils vainquirent à force de croire la France invincible ! » En vain, les députés de l'Alsace et de la Lorraine, au milieu d'un morne et frémissant silence, s'en vinrentils jeter leur plainte désespérée ; le parti de la majorité était pris. 546 Français décrétaient la mutilation de la France, 107 seulement se rallièrent autour de Gambetta et de Chanzy.

On n'avait même pas, pour sceller l'irréparable, attendu de prendre connaissance des rapports sur l'état du pays. On eût été peut-être gêné d'apprendre, par des chitïres officiels, que nous avions encore 222 000 fantassins, 20 000 cavaliers, 34000 artilleurs, 1232 canons attelés, et des munitions, et des voitures à l'infini ; que dans les divisions territoriales nous avions en plus 350000 hommes, 130000 recrues de la classe 1870, et 443 canons montés, sans compter 98 batteries fournies par les départements !

L'ancienne armée de Faidherbe, répartie dans les places du Nord et dans la nouvelle armée qui se formait en Bretagne; Chanzy à Poitiers avec l'armée de la Loire ressuscitée, prête à rentrer en ligne ; le 25" corps à Bourges, les troupes du général de Pointe à Nevers, le 24% débris de l'Est à Chambéry, le 26" en formation à Lyon sous Billot, — qui sait s'il n'y aurait pas eu là assez d'hommes pour harceler, fatiguer à la longue ces 800000 Allemands tout aussi avides de {)aix, pressés de revoir enfin leurs

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