‹ Histoire de la guerre de 1870Chapitre 10 sur 37 · I. — Retraite et combat de Borny-Pange (iU août · texte numérisé non relu

I. — Retraite et combat de Borny-Pange (iU août

Dans la jourm'o du 7, on commença à comprendre (|ue la victoire devenait ime nécessité. En France, on fut ému, mais on no vit pas tous les périls de la situation, elon attendit du centre, de la capitale, l'impulsion dont on avait l'habitude. A Paris, le gouvernement s'attacha à contenir l'émotion populaire assez forte déjà pour songer au renverse. r.ent du pouvoir. Le ministère fut changé, et il n'emporta aucun regret. Dans C(is heures suprêmes» on cherche des miUtaires; on s'adressa au général Montauban pour lui confier le portefeuille de la guerre ; et cédant au vœu de l'opinion publique, on se rapprocha d'un homme queTEmpire avait constamment rejeté, froi&sé, éloigné, sans doute parce qu'il lui disait la vérité et lui prédisait sa chute, un homme de cœur, dont l'âme dut cruellement souffrir de se voir forcé dans un pareil moment

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d'accepter une part dans les affaires, le général Trochu.

11 y consentit sans doute, comme à un devoir de conscience, mais sans grande espérance. A ses yeux la France devait être perdue, et si ses efforts pouvaient lui être utiles, c'était uniquement pour diminuer Tétendue des désastres prochains. En tout cas, l'armée qui avait confiance en lui, la population qui devinait un homme intègre et dévoué accueillirent cette nouvelle avec faveur.

I^s mesures immédiatement adoptées répondirent, il faut en convenir, à l'urgence de la situation. Si elles eussent été activement appHquées et si le pouvoir qui s'écroulait n'avait pas voulu les réglementer par ses lenteur administratives, quoiqu'il fût bien tard, elles eussent peut-être sauvé le pays.

On décréta l'appel dans la garde nationale sédentaire de tous les hommes valides de trente à quarante ans, le rassemblement des volontaires, la formation de toutes les gardes nationales mobiles, la mobilisation des hommes de vingt-cinq à trente-cinq ans, non mariés, ayaiît servi, et leur versement immédiat dans les quatrièmes bataillons des dépôts.

Ces dispositions étaient excellentes , il fallait seulement savoir en exiger l'exécution avec cette activité, cette énergie que donnent la vue du péril et l'amour exclusif de la patrie. Malheureusement, une préoccupation, celle de la famille impériale, dominait toujours le pouvoir, et les événements allaient bientôt se presser tellement^ que le temps lui-n>ême ferait défaut.

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Aprèsle combat de Spicheren, le corps Frossard marcha pendant la nuit, en désordre, sur Sarreguemines, sans être poursuivi. Il atteignit cette ville avant lejour, y laissa quelques blessés, ne songea point à évacuer les approvisionnements, rallia la brigade Lapasset du 5' corps, et se remit immédiatement en route pour gagner Metz, par Putlelange, Gros-Tonquin et Mercylès-Metz. Le mouvement de retraite des autres corps commença aussitôt. Le 4' corps regagna Boulay ; la Garde revint à Courcelles-Chaussy ; leâ' corps se concentra autour de Saint-Avold. Le lendemain 8, nos premières troupes atteignaient la rive gauche de la Nied. La direction de Sarreguemines prise par le 2* corps comme lignede retraite, était défectueuse. Une troupe doit toujours se replier sur une troupe intacte, ou gagner une place forte, quand elle n'a pas d'armée derrière elle.

La ligne de Forbach et de SaintTAvold^i où se trouvait le S* corps, puis Metz, étaient les points de retraite naturels du 2' corps. En marchant sur Sarreguemines, il pouvait être coupé et pris, ainsi que la brigade Lapasset. L'ennemi, malgré ses éclaireurs, ne sut pas profiter de cette faute. Sa grande préoccupation, celle qui Ta dominé pendant toute la guerre, était de rester compact et en force.

Dans l'intervalle, Topinion de l'armée et de ses chefs commençait à s'en prendre à l'Empereur de ses revers; on devinait sa faiblesse, on blâmait le projet de reculer jusqu'à Châlons, on exprimait ouvertement le vœu qu'il choisit un autre commandant en j[5hef, et qu'il

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quittât Metz, débarrassant ainsi les troupes de ses indécisions et de l'encombrement de sa cour. Moralement, il avait déjà perdu le droit de gouverner la France et de commander ses soldats.

Il le comprit peut-être, car, à la date du 9, le commandement des 2% â* eili'' corps fut confirmé au maréchal Bazaine d'une façon définitive, et, à sa place, à la tête du 3% on appela le général Decaen, choix excellent que justifiait Taffection des troupes. Eu même temps on renonça à Tidée de se retirer surChâlonseton décida d'occuper sur la Nied française une forte position qui s'étendait de Pange aux Étangs, couvrant ainsi le chemin de fer de Sarrebriick à Metz et les routes de Sarrebriick et de Sarreloiiis. Ces bonnes dispositions firent renaître un peu d'espoir. Dans cette même journée, l'armée se compléta par l'arrivée de la réserve générale d'artillerie et de la â^ division de cavaleriede réserve. Pour des raisons qui nous échappent, le chef de l'armée ne persista pas dans le projet d'attendre les forces ennemies sur la Nied ; on craignit sans doute que la position ne fût pas assez forte, et toutes les troupes furent repliées sous les murs de Metz, où elles s'installèrent dès le H, couvrant la rive droite de la Moselle, sous la protection des forts. Cependant l'influence de nos premiers revt rs et leur effet sur le pays allaient toujours croissant. I/Emperéur, cédant à l'opinion publique et trop heureux peut-être de dégager sa responsabilité, donna, à la date du 12, le commandement en chef de l'armée du Rhin au maréchal Bazaine. Le major général, maréchal Lebœuf, discrédité par

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la légèreté et Tinconséquence avec lesquelles il avait engagé la France dans la guerre, dut résilier ses fonctions, ainsi que le premier aide -major général, général Lebrun, qui avait eu lui aussi sa part des présomp* tiens du début. On désigna le général Jarras pour les remplacer.

Ces changements furent bien vus. Il est certain qu'entre deux maux le moindre est toujours préférable, et quand un peuple, après vingt ans de patience et d'aveuglement, se voit précipité dans Tablme par ceux-là mêmes qui étaient chargés de le conduire, il est naturel qu'il se cramponne de toute son énergie à la première branche de salut. De tous les chefs de l'armée du Rhin, le maréchal Bazaine en effet, par son expérience, son sang-froid, sa bravoure, paraissait désigné comme le seul capable d'inspirer coq-* fiance. Cependant, si Ion avait songé au rôle qu'il venait de jouer au Mexique, à la triste réputation qu'il en avait retirée, à son inaction le jour du combat d^ Spicheren, on eût compris que dans une pareille crise, il n'offrait pas comme homme des garanties suffisantes. Quant à son nouveau chef d'état-major général, c'était, il est vrai, un homme laborieux et rigide, mais un esprit étroit, d'une rigueur blessante, incapable de combiner un plan d'opérations, et qui avait passé sa vie, même en campagne, à harceler ses secrétaires et à délayer les ordres des généraux dans un style aussi diffus que verbeux. De plus, il était imposé au nouveau commandant en chef, qui avait ses capacités en très- médiocre estime. Ce n'était pas sur de tels chefs

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u*il fallait compter. L'heure était venue de confier la seule armée de la France à un homme de talent et de dévouement, en lui laissant choisir ses nouveaux chefs de corps et son chef d'état-major. Il y en avait, et le cadre des divisionnaires en aurait certainement fourni. Ceût été, il est vrai, demander à T Empire le sacrifice de ses rancunes, l'abaissement de ses créatures, pour ainsi dire Taveu de son impuissance. Le pays avait bien le devoir de Texiger, mais il n'osait faire entendre encore qu'un murmure de mécontentement, et sa voix tristement émue était étouffée par les convulsions d'un pouvoir à Tagonie. Dès ce jour, l'Empereur, qui ne régnait déjà plus, ayant abdiqué le commandement à l'heure des revers, n'était plus rien, rien qu'un embarras. Ses volumineux fourgons encombraient les routes, et ses inutiles courtisans, les abords du quartier général. On n'eut plus qu'un souci : les voir partir. Lui-même en avait hâte. On eût dit qu'il ne se sentait plus en sûreté si près d'un ennemi qui l'avait déjà vaincu. Aussi, après avoir abandonné la ligne des Vosges, prit-il le parti dé renoncer aussi à celle de la Moselle et de gagner l'intérieur, où l'armée devait le suivre. La pensée de la retraite sur Châlons revint dans son esprit égaré. La marche sur Verdun fut résolue. Était-ce pour occuper l'Ârgonne et y renouveler les efforts de nos pères, pendant que Mac-Mahon, reformé à Châlons, apporterait à Bazaine le concours de ses soldats et des troupes que le ministère aurait pu lui envoyer? Ce n'est guère probable. L'Empereur ne songeait qu'à sa dynastie et à sa

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personne. Il fallait dégager Tune et l'autre de l'atteinte des Prussiens et des conséquences d'un nouvel échec. Cet enfant qu'il avait si inconsidérément amené et si ridiculement baptisé dans la triste pompe de l'affaire de Sarrebriick, n'étaitplusqu un souci. Le père, le fils inconscient et les directeurs brodés de cette côur aux abois, malgré les colères qu'ils soulevaient, inspiraient aussi la pitié. On les vit partir avec joie, et Tordre de retraite sur Verdun, par ce motif même, ne fit pas l'impression pénible qu'on pouvait redouter. 11 parut étrange de reculer sans avoir livré bataille; mais on crut à quelque combinaison dont les chefs sans doute connaissaient seuls la portée.

Le 13 août, des ponts furent jetés sur la Moselle, en aval de Metz, et les corps reçurent les prescriptions nécessaires pour passer la rivière le lendemain, vers une heure. A cette date, l'armée de Metz (nous l'appellerons ainsi désormais) avait reçu tous ses renforts. Le 6' corps avait rejoint avec ses i'\ 3' et 4' divisions ; la 2' n'avait pu envoyer qu'un régiment et son chef, un vaillant soldat, le général Bisson. Le reste, ainsi que la cavalerie, n'avaient pu franchir Nancy, déjà intercepté par les coureurs ennemis. La l''" division de réserve de cavalerie, à l'exception d'un régiment, était aussi arri-, vée. Le maréchal Bazaine pouvait disposer d'une force de 176 000 hommes, qui se décomposait comme il suit :

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^« corps 22507h.

Brigade Lapassel 3470

3« corps 48361

4® corps 35063

6« corps 38089

Garde 21422

Cavalerie 4574

Artillerie el génie 2709

Total 176195h. (1),

Quant aux forces allemandes, elles avaient dès le 7 commencé leur mouvement général en avant. Le plan de leurs chefs, qui ne fut connu que plus tard, et qu'il fut possible de discerner dès le 12 ou le 13, consistait à forcer d'abord la ligne des Vosges et à porter ensuite sur la Moselle par un vaste mouvement de conversion à droite, et d'oblique vers la gauche. La 1" armée devait former le pivot, la 2* le centre et Taile

(1) Ces chiffres répondront à un de nos adversaires, un général prussien, qui évalue la force de Tarmée de Metz, à la même date, à plus de 220000 hommes, sans compter la garnison de Metz quHl porte à 20000 hommes, ce qui aurait fait un total de plus de 240 000 hommes. Sans pouvoir garantir nos renseignements à un homme près, nous affirmons que Teffectif total des huit corps de Tarmée du Rhin, le 5 août, était de 263 366 hommes. 11 manquait à Metz les 1®^ et 7^ corps au complet ; le 5°, moins la brigade Lnpasset ; 3 régiments, la cavalerie et tout le personnel du génie du 6^, la 2» division de réserve de cavalerie du général Bonnemains, et un régiment de la l'^' qui n*avait pu rejoindre ; à la date du 13, il fallait encore déduire les perles éprouvées par le 2® corps à Spicheren, soit 6078 hommes qui avaient été remplacés par la brigade Lapasset. On arrive ainsi à une réduction de 103500 hommes, ce qui fixe reffeclif de l'armée de Metz à 168500 hommes, non- valeurs comprises. En y joignant 7695 hommes de détachements divers arrivés à Metz du 5 au 13, on retrouve le chilfre total de 176 195 hommes, dont Tau thenticité est officielle.

marchante, la â* restait un peu en arrière. Metz, Pontà-Mousson, Nancy étaient leurs objectifs. Ces points leur permettaient de couper Mac-Mahon de Bazaine. Elles devaient ensuite forcer le passage de la Moselle, ou, s'il élait libre, se porter sur la ligne de retraite de Tarmée de Metz. La défaite de Mac-Mahon avait déjà réalisé à Textrême gauche l'ouverture du plan de cahipagne; le combat de Spicheren avait permis au centre et à la droite d'en entreprendre la seconde partie sans coup férir.

Dès le 12, le roi de Prusse installait son quartier général à Saint-Àvold et adressait au peuple français une proclamation qu'il se disposait à renier plus tard. / « Il y déclarait ne pas faire la guerre à la France, mais bien à l'Empereur, et abolissait la conscription dans les pays occupés. Cette pièce appartient à l'histoire, et cv^ta- jj pQyrra être utile de la consulter pour apprendre comment un général en chef, un souverain, sait au besoin utiliser la perfidie pour déguiser ses haines et ternir ses victoires. Le 13, le général Steiometz avait son T corps à Pange, son 8' aux Étangs ; le 1*', qui avait atteint Sarrebruck le 8, était le 13 à Flanville, un peu en arrière des deux autres. Ses deux divisions de cavalerie suivaient le mouvement. Celte armée comptant 102 000 hommes, dont il faut déduire les 4000J mis hors de combat à Spickeren , restait à 98 000 hommes.

Elle se rehait par ses éclaireurs à la 2% dont les 3* et 10* corps étaient entre Nomény et Pont-à-Mousson, le. 9* àBuchy, le 12' à Soigne, la ;>arde à Dieulouard, et le 2% plus en arrière, à Haû-sur-Nied. Sur

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ces six corps, le 9% qui couvrait à droite la conversion de la 2* armée autour de Metz et vers la Moselle, était seul en état de prêter un concours utile au général Steinmetz, s'il avait été attaqué par le maréchal Bazaine avec toutes ses forces. Encore se trouvait-il à Mi kilomètres de Pange. Mais on était loin de songer à cette offensive : la cavalerie n'avait donné aucun renseignement sur les positions et les forces de l'ennemi ; on ne pensait qu'au départ de l'artnée pour Verdun, à celui de la cour, et le commandant en chef, négligeant les mesures les plus élémentaires, oubliait, au moment d'évacuer la ligne de la Moselle, d'en faire couper les ponts, ou d'en disputer le passage à l'ennemi. Il n'avait même pas établi sur le Saint-Quentio, position élevée qui dofnine la vallée, un observatoire d'où on pût lui signaler les mouvements des Prussiens, et qui plus tard lui fut très-utile. L'ordre de départ donné le 13 aux troupes portait : « La 1" et la D 3° division de la réserve de cavalerie quitteront leurs » campements à une heure de l'après-midi pour se » diriger sur Verdun, la 1'* division par la route qui » de Gravelolte passe par Doncourt- lès-Conflatis et » Conflans ; la 3* division, par celle de Gravelotte à » Mars-la-Tour. Le but de leur marche est d'atteindre » Gravelotte, et, suivant les ressources en eau qu'offre » cette localité, elles doivent s'y établir pour la nuit, » ou bien la 3^ division se portera à Rezonville.

> Les 2' et 6* corps suivront la route assignée à ta » 3* division de la réserve de cavalerie; les 3* et 4% ta

» roule assignée à la 1" ; la garde impériale suivra le » &• corps. »

On négligeait ainsi la route de Briey par Sainte- Marie-aux-Chônes, quoique cette partie du pays fût entièrement libre ; et, en prescrivant le départ pour une heure de l'après-midi, on perdait un temps précieux; peut-être n'avait-on d'autre but que de faire bivouaquer les troupes, le 1 /i, sur la rive gauche de la Moselle. Étant donnée la résolution de se retirer sur Verdun, en présence de Tennemi, c'était agir avec une lenteur regrettable. Nos corps, avant ce mouvement, occupaient les emplacements suivants : Le 2* corps à Mercy-lès-Metz, couvrant la route de Strasbourg, laissait une division, la 3% à Metz, pour former la garnison. Le 3* corps à Borny, sa 1" division (Montaudon) à Grigy; sa 2* (Castagny) à Montoy; sa 3* (Metmann) près de Colombey; sa i^ (Aymard) à Nouilly ; sa cavalerie en arrière. Le 4* corps à la ferme de Grimont, sa 1" division (de Cissey) à Mey ; sa 2' (Grenier) sur la route de Bouzonville, en arrière de Mey ; sa 3* (de Lorencez) entre la route de Bouzonville et celle de Kédange. Le 6* corps occupait les forts de Metz, l'espace entre la Moselle et la Seille, et les abords de Woippy, sur la rive gauche. La Garde était derrière le 3* corps.

A midi, le mouvement général de l'armée commença. De son côté, le quartier impérial terminait ses apprêts, et ce fut dans un morne silence qu'on vit, vers les deux heures de l'après-midi, ce cortège,

naguère si brillant, aujourd'hui si abattu, quitter l'hôtel de la préfecture. En tête marchait un jeune officier, l'ancien chef du cabinet de Tenapereur Maximilien. Sa présence, à la tête de ce défilé, frappa les assistants, comme un sinistre présage. Il semblait Tombre du fusillé de Queretaro, qui venait à l'heure dite ressaisir le coupable pour lui faire subir sa peine et le conduire à son tour à un trépas pire que la mort, à la honte.

Versquatre heures de Taprès-midi, le "2* etle 6* corps avaient déjà gagné la rive gauche de la Moselle ; les 1" et 3' divisions du 4° corps traversaient Tlle Chambière, quand un feu de tirailleurs assez nourri éclata sur l'emplacement qu'elles venaient de quitter et sur le front du 3* corps, aux abords de Mey, sur la gauche, entre la Grange-aux-Bois et Colombey sur la droite (1). La division Grenier et le 3* corps du général Decaen ripostent vivement, l'action devient plus vive; le canon gronde; nos troupes prennent leurs positions de combat. Le 3' corps se place sur deux lignes ; la division Grenier s'engage tout entière. L'ennemi, nous voyant passer la Moselle, avait lancé son T corps sur notre 3% et son 1"' corps sur le village de Mey, contre la division française qui Toccupait. Le 8* corps prussien restait en réserve; deux divisions de cavalerie appuyaient ce mouvement.

Les chefs des armées prussiennes ont le soin de donner d'avance à leurs commandants de corps d'armée

(i) Voy. pi, vi.

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des instructions générales qui prévoient l^ensemble des dispositions à prendre pendant deux ou trois jours, quelquefois davantage. Le but principal de l'opération est, suivant le cas, expliqué ou réservé. Mais les instructions ont pour bases deux hypothèses; le mouvement eu avant, le mouvement en arrière. Sage prévoyance dont nous avions depuis longtemps perdu l'habitude; car nos chefs s'étaient accoutumés à ne prévoir que le succès et à compter sur le hasard, divinité aveugle que la raison humaine condamne et que dans les combats l'instinct et la bravoure du soldat avaient longtemps déjouée. Ici, l'opération capitale pour les Allemands était leur concentration sur la Moselle^ en amont de Metz, ou pour mieux dire la possession de nos communications. Pour donner à ce projet le temps de s'accomplir, il fallait ralentir nos mouvements de retraite et noi>s attaquer toutes les fois qu'on nous trouverait en train de les exécuter. Les instructions générales le prescrivirent sans doute. C'est ainsi que s'expliquent à Spicheren l'offensive du 7* corps prussien, qui nous croit en retraite sur Forbach ; à Borny, celle du T et du V\ nous voyant évacuer les abords de Metz; à Rezonville, celle du â% nous atteignant en marche sur Verdun.

Le 1/1, à quatre heures et demie de l'après-midi, entre Borny et Mey, le combat avait bientôt pris un caractère d'une violence extrême. C'était à notre droite la là* division prussienne (général de Glumer) qui attaquait nos 2« et 3* divisions du 3* corps (généraux Castagny et Metmann) ; à notre gauche, la 2' division du 1" corps

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qui prenait i'ofleosive contre le général Grenier. Le général de Ladrairault, au bruit du canon, arrête ses 1'^ et S* divisions, leur fait faire demi-tour et les ramène au secours de la division Grenier. I^ petit bois de Mey est immédiatement repris, nos troupes se déploient. Le maréchal Bazaine, qui vient d'arriver, place lui-môme ses soldats, et, s exposant peut-être plus que ne l'exigeait son commandement, faitpreuved'un sang-froid, d'un cal«>e,d'une bravoure qu'on ne peut qu'admirer. En peu d'instants, le combat a pris une intensité des plus vives. Nos troupes tiennent avec énergie ; l'attaque prussienoe sur les deux ailes semble fléchir ; mais sa vigueur est relevée par la 14* division (général de Kamecke) et la 1" division (de Bentheim) du 1" corps. Ces troupes s'engagent avec ardeur et font des retours offensifs qui restent impuissants, surtout à notre gauche, où deux tentatives de Tennemi sont repoussées par une charge à la baïonnette. La nuit nous gagnait; il était huit heures ; le feu des Prussiens se ralentit et s'éloigna pendant que le nôtre durait encore. Bientôt, l'ennemi s' étant retiré, la lutte cessa. Nos troupes avaient ordre de le contenir et non de le poursuivre.. Le commandant en chef leur prescrivit de bivouaquer sur leurs emplacements ei de reprendre darrs la nuit le passage de la Moselle. Puis il regagna son quartier général au village de Moulins, sur la rive gauche, où TEnipereur était resté pendant l'engagement, triste j>oste pour un souverain, quand ses soldats se battent.

Nos pertes, dans cette journée, étaient de 3608 tuésou blessés, dont "200 officiers. (2848 pour le 3' corps, 760

pour le l\\) Celles des Prussiens doivent s'élever à 5000 hommes environ. Nous avions en outre 3 ofiBciers généraux hors de combat, notamment le général Decaen, chef du 3* corps, qui avait reçu une blessure mortelle (1).

Le combat de Borny, appelé combat de Pange par les Allemands, est pour nos armes un succès défensif, rien de plus. La victoire n'est pas toujours chose facile à constater. Il y a telle victoire tactique qui n'en est pas moins une défaite stratégique. A Borny, le succès tactique ne fait pas de doute ; l'attaque ennemie a été repoussée. Quant au succès stratégique, il appartient aux Allemands, et il faut l'avouer, c'était le véritable but du combat. Ayant atteint l'armée française le 16,

(1) Nous ne cherchons nullement à convaincre nos adversaires de fausseté; leurs erreurs ou leurs défauts seront désormais pour nous une joie, peut-être une espérance, et, après les excès qui ont souillé leurs triomphes, leur opinion nous importe peu. La victoire a justifié le fond de leurs exagérations, et nous savons qu'à l'avenir la crédulité de leurs compatriotes acceptera les bulletins les plus pompeux. Mais il y a une opinion générale qui prime celle du peuple allemand: c'est l'opinion de l'histoire, et celle-là, comme le bon sens public, tendra toujours vers la vérité. Elle seule mérite nos égards, et par respect pour elle, nous nous permettrons ici une courte digression.

Les Allemands ont écrit : « Vers huit heures et demie du soir, les positions conquises restèrent en notre pouvoir, et les Français furent repoussés de tous côtés vers Metz,» Voici les faits : Les deux corps français qui avaient combattu, campèrent jusqu'à deux heures de la nuit sur les emplacements qu'ils occupaient le ili au matin ; un capitaine et un colonel d'état-major, chargés de surveiller le départ des troupes, après avoir passé toute la nuit sur le champ de bataille, purent encore s'y promener librement, au lever dn jour, le 15. Nous laissons à d'autres le soin d'apprécier.

GllERàE DE 1870. 157

dans sa marche sur Verdun, à 15 kilomètres seulement de Melz, ils ont le droit de dire qu'ils doivent ce résultat au combat de Borny. L'intention du général Steinmetz, dans la journée du 14, ne pouvait être, en effet, que de retarder notre retraite et de donner le temps à la 2* armée de couper la ligne de Verdun. Sans le combat de Borny, les 3' et 4^ corps français ne se fussent pas arrêtés le 15 comme ils Tonl fait, seraient arrivés en ligne plus rapidement le 16, et deux de leurs divisions, comme on le verra plus loin, ne seraient pas restées en arrière et hors d'état de prentire part à la lutte. L'histoire saura cependant que d'autres causes ont aussi contribué à la lenteur du mouvement : la présence de l'Empereur qui gênait les troupes ; les impedimenta qui ne permirent pas au 2' et au 6' corps de dépasser les pentes du Saint-Quentin; enfin, la pensée, peut-être înal définie encore, du maréchal Bazaine,qui ne songeait guère qu'à l'éloignement du souverain. Ce désir dominait tous les esprits, et, uni chez le maréchal à une certaine apathie, il devait nuire à cette activité indispensable aux actions de guerre. Certes, quand des embarras politiques, peut-être les calculs personnels d'un commandant en chef, même sansle vouloir, viennent favoriser les plans de Kennemi, il a beau jeu d'entonner ses chants de victoire. Mais en laissant à la Prusse ce qui lui revient, il est permis dans celte triste guerre de rendre aux Français ce qui leur appartient. Il importe du reste qu'ils s'en rendent compte froidement, sans illusions; il y va de l'avenir. A Borny, nos soldats se battirent bien; une retraite

était commencée ; les Allemands voulurent s'y opposer, on les repoussa; le mouvement fut continué; mais leur but était atteint. Nos troupes cependant étaient satisfaites : elles connaissaient maintenant la mesure de Teffort qu'il leur faudrait pour vaincre, si la direction ne leur faisait pas défaut. Quant au nombre des combattants, il peut être considéré comme égal de part et d'autre. Ainsi, dans la première jjériode du combat, les Prussiens avaient en première ligne deux divisions, la 13* et la 2% soit 32 000 hommes; les Français en avaient trois, les divisions Castagny, Metmann et Grenier, soit 30 000 hommes; dans la 2* période, il existe de notre côté un léger avantage numérique ; Tennemi avait deux corps entiers; il n'y a pas lieu, comme Ta écrit un général prussien, de tenir compte du 36* régiment d'infanterie du 9^ corps qui concourut avec la 1" division de cavalerie allemande à une démonstration sur Mercy-le-Haut. Les Prussiens engagèrent donc une masse de 60 000 honnues; les 3* et 4* corps français, en ligne en ce momeiit, et dont la moitié était en réserve, s'élevaient à S'^ 000 hommes. Enfin, si, suivant l'usage, on évalue les forces qui se trouvaient sur le terrain en lutte, ou pr/^tes à s'y mêler, on a du côté de l'ennemi trois corps, dont un en réserve, les 1% 1" et 8% plus deux divisions de cavalerie, soit 98 000 hommes ; du côté des Français , les 3% 4' et la Garde, soit 104 000.

Il resterait à apprécier cette affaire à un point de vue général. Mais les mouvements exécutés le 14, le combat de Borny, les mçtrches, les luttes des jours

suivants jusqu'au 19, concourent à une seule et même opération : Tisolement et Tinvestissement de l'armée et de la ville de Metz. Les batailles des 14, 16 et 18 ne sont en réalité qu'une seule et môme bataille ; on Ta appelée en France la bataille des trois jours^ terme pompeux qu'il faut laisser de côté. Les pompes guerrières sont d'un autre temps; que nos ennemis s'en abreuvent si cela leur plaît. Tant mieux. Pour nous^ plus d'illusions; plus d'exagération; la vérité, une, froide, mais réfléchie. En résumé, il convient de réserver les appréciations d'ensemble jusqu'à la fin de cette opération.

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