‹ Histoire de la guerre de 1870Chapitre 17 sur 37 · SÉRIE. TOME XXIII · texte numérisé non relu

SÉRIE. TOME XXIII

garde ; il est perdu de notre côté^ parce que le «èill corp% qui soit en réserve, la garde, nous fait défaut.

Nous croyons, d'après ce qui précède, que Tadoption de ces nouvelles unités est consacrée par la pratique, Doême chez nos vainqueurs. Nous espérons, par conséquent, qu'elles seront chez nous, dans Tavenir, rob|et de réformes sérieuses tendant à augmenter leur ffiobilité et leur puissance d'action.

Leur maniement sur le terrain n'est pas tnoins intéressant.

Chez les Allemands, il est à remarquer que les près*criptions relatives à l'emploi de la brigade, de la division ou du corps d'armée, ne renferment que deis généralités. C'est une façon de décentraliser le commandement, en raison directe de la force agissante, mesure d 'autant plus sage qu elle augmente l'initiative du chef selon l'importance de la troupe qu'il comi: ande, et lui permet de concourir à une action générale, sans perdre du temps à des transmissions d'ordres. Chez nous, il n'en était pas de même; lea chefs d'armée croyaient devoir garder le secret stof le but des opérations, et étendre leurs prescription» jusqu'aux plus petits détails. De là, ignorance chez \èi chefs de corps du résultat à atteindre, diminution de zèle dans leur concours, absence d'initiative et perte de temps continuelle dans les demandes d'ordres ou de mouvements. Sans compter que les chefs suprêmes chargés de veiller à tout ne pouvaient suffire à une tâche qui dépasse les facultés humaines. Ce défaut est

dû, chez nous, à cette routine qui nous a fait croupir dans les vieux errements alors que tout pro*gressait; mais il faut Tattiibuer aussi aux faiblesses de notre caractère, à cette vanité dont nous aimions à nous bercer, nous répétant sans cesse que nous n'aviofils rien à apprendre des autres, que tout était pouf le mieux chez nous, et que les rares avis qu'on nous donnait, venaient de mécontents incompris. Il faut l'attri* buer à cet immense désir de faire du bruit, de paraître, d'acquérir de l'importance, désir qui a poussé tous nos chefs à centraliser dans leurs mains plus de pouvoirs qu'ils n'en pouvaient exercer, et à écraser chez lettH subalternes toute initiative, pour permettre k letif talent de briller d'un plus vif éclat. Dans l'armée allemande, si une large initiative est laissée aux cotnmafidants des grandes masses, leur maniement en revanche est déterminé par certains règlements d'après des usages sanctionnés par la pratique. A la guerre, dans les petites fractions de troupes, dans les avant-gardes, dans les reconnaissances, dans les arrière-gardes, la formation préférée est la colonne de compagnies (1). Elle correspond à un déploiement sur trois ligties, avec un centre et deux ailes, la troisième ligne pouvant former réserve, corps de soutiens, d'éclairetfrs ou de flanqueurs. La colonne de bataillon y corre^ pond dans les mouvements de masses.

Pour la brigade ou la division, il existe deut forma-

(1) Voyez la brochure intilulée : Année de la Confédération du Nord^ par nn officier d'état-major (le commanfdant Sainael).

228 GUSREE DE 1870.

tioDs générales qui ne sont qu'un développement de la précédente : la formation de rendez-vous ou formation de masse, précédant la position de combat, et celle de marche, comprenant toujours une forte avant- garde de toutes armes, le gros de la troupe^ une réserve et l'arrière-garde. Dans la guerre actuelle, cette disposition n'a guère été adoptée que pour la division ; et ordinairement avec suppression de Tarrière-garde, quelquefois de la réserve ; de sorte qu'un corps d'armée formait le plus souvent deux colonnes, tandis qu'il en eût formé quatre, si l'on avait appliqué cette formation à la brigade. Ceci montre plus vivement comment, dans les combats, la division devenait déjà l'unité de manœuvre aux dépens de la brigade, élément trop faible pour concourir au succès d'une façon décisive. Il y a lieu de remarquer combien ces dispositions viennent en aide au maniement des masses. Le développement d'une ligne de bataille peut, en efifet, rarement dépasser le front de quatre ou cinq corps. Le terrain ne présente pas souvent des champs de bataille plus étendus, et les facultés d'un général en chef embrassent diflBcilement un horizon plus vaste. On peut, cependant, avec des mobilisations de 600 000 à un million d'hommes, amener, comme à Amanvillers ou à Sedan, sept ou huit corps, peut-être plus, sur le point décisif d'une ligne d'opérations. D'autre part, les intensités du tir actuel de l'infanterie ou de Tartillerie ne permettent pas à une troupe de rester de longues heures sous le feu ; il faut pouvoir la relever fréquemment. Les formations de marche ou de combat des Allemands se

prêtent avantageusement à ces nécessités. On peut, grâce à elles, occuper un front quelconque et cx)nserver de nombreuses réserves qui viennent tour à tour au moment opportun ranimer la lutte, relever les premières lignes, et leur offrir, sur les derrières, des emplacements pour se reformer. Nos ennemis les ont employées avec une habilité et une entente que nous n'avions pas. AWissembourg, à Wœrth, leurs divisions se sont portées au combat en formation de marche ; elles étaient ainsi prêtes à engager l'action et à produire ces mouvements successifs qui marquaient dans la lutte des temps d'arrêt, courts instants d^espoir pour nos soldats, bientôt suivis d'un redoublement d'ardeur que nos chefs appelaient des retours offensifs. A Spicheren, à Borny, des divisions du T corps, en formation et en exécution de marche, nous heurtent presque sans s'y attendre ; les avant-gardes commencent aussitôt Taclion ; elle se développe bientôt par l'arrivée du gros, et les combats se livrent sans retard ni hésitation. Les réserves, les colonnes qui arrivent successivement raniment toujours l'engagement au moment où nous le croyons terminé, et quand nous ne sommes pas battus, notre résistance n'aboutit qu'à repousser une attaque. C'est surtout dans la matinée du 18, que les qualités tactiques de l'armée allemande sont le plus frappantes. La veille, leurs corps ont pour ainsi dire marché en échelons successifs, s'élevant, par les directions obliques les plus courtes, de la Moselle sur les plateaux de la rive gauche. Ces échelons sont assez éloignés les uns des autres et séparés par des accidents

de terrain assez difficiles pour nous permettre de les repousser en désordre l'un après l'autre. Mais loin d'y songer, nous rétrogradions sur Metz. Le 18, nos ennemis ont atteint le plateau, et dès le point du joiir leur mouvement se dessine vers le nord, chaque corps formant deux colonnes, chacune d'elles comprenant une division groupée en formation de marche. Vers neuf heures, les reconnaissances rendent compte de notre attitude sur leur flanc droit. La bataille est aussi-^ tôt décidée, ainsi que le changement de front et la manœuvre tournante qui assurera la victoire. Mais pour cela chaque corps doit changer de direction à droite, et l'armée entière exécuter en marche une conversion vers Metz. A neuf heures, un ordre du commandant en chef arrête ces corps sur place ; les soldats font la soupe; une demi-heure plus tard la conversion commence sans changer la formation des colonnes; à onze heures, trois corps prennent sans coup férir leurs formations de rendez-vous en face de nos lignes, se déploient et engagent l'action. Il y avait là sept corps, 240 000 hommes, manœuvrant entre la route de Mars-la-Tour et celle de Briey, exécutant devant une armée ennemie de 150 000 hom;:;es une marche en avant, en ordre de bataille général et en formation de marche individuelle. Ils commencèrent leur mouvement, l'arrêtèrent, changèrent de front et vinrent livrer bataille sur une ligne perpendiculaire à la direction primitive, . sans un à-coup, sans une de ces erreurs d'exécution qui ruinent parfois les plus belles combinaisons. Il y a dans cette manœuvre, une

GUEBRE DE 1870. 281

grandeur, une précision qu'on dépasserait diflBcilemeot et qui peroiettant de la comparer au magoifîque dé^ ploiement de rarmée fcançaise à Wagram après son passage du Danube. Si ravaot-veiile, nos corps avaient manœuvré aussi correctement, la journée du 18, malgré notre infériorité, aurait peut-être vu notre succès complet. Et cependant, nous en sowmeis convaincus, si la volonté du chef ne s'était pas trouvée d'accord avec nos négligences, nous aurions encore pu fixar rinconstance de ia fortune, qui, le 14 et le 16, aoous avait offert des chances favorables.

Les formations tactiques de l'armée allemande étaiaot donc avantageuses, pratiques. Les nôtres présentaient de notables différences. D'abord l'unité stratégique française, comme nous l'avons déjà fait voir, o^anquait d'uniformité, ce qui lui ôtait tantôt de sa mobilité, tMitôt de sa cohésion. Ainsi , les corps d'armée à quatre divisions d'infanterie et une divit^ion de cavalerie, avec un effectif variable de 40 à 50 000 hommes, avaient assez de puissance pour produire seuls une action stratégique; mais ils étaient difficiles à manier au combat comme en marche, en raison même de leur masse et parce qu'on les faisait le plussouveol mouvoir sur une seule route. Quand on leur faisiait suivre plusieurs directions parallèles, comme la division formait déjà un groupe constitué de toutes armes^ on était tenté de composer chaque colonne d'une division ; on avait ainsi quatre ou cinq colonnes, et la maqa3uvre du corps d'armée entier se trouvait coni'* piiquée, sans compter que chacune d'elles n'avait plus

232 GUEBRE DE 1870.

assez de force pour résister à une vigoureuse attaque. D'autre part, les corps français à deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, avaient des eflFectifs trop faibles (20 à 25 000 hommes) pour une action stratégique isolée. Il y avait donc pour nous, de ce côté encore, infériorité dans la composition des masses.

Quant à leur maniement sur le terrain, chez nous comme chez nos ennemis, la division a été généralement employée comme élément tactique. Mais la division française n'était pas assez forte pour fournir une première ligne et une réserve. De sorte qu'on la déployait ordinairement tout entière, laissant une autre division en réserve. L'ordre émanait alors du commandant du corps, ce qui rendait toujours l'exécution plus lente. Ainsi un corps à trois divisions d'infanterie en mettait deux en ligne, une en réserve; un corps à quatre divisions, deux en ligne, deux en réserve. Ce manque d'uniformité diminue toujours l'homogénéité des masses, et nuit à l'ensemble de leur concours. Souvent, pour compléter l'action sur un point du champ de bataille, nos commandants en chef tiraient une division d'un corps oii elle était en réserve, pour la porter en ligne. Sa faiblesse la rendait insuffisante, tandis que l'efTet d'un corps entier eût été décisif. On pourrait citer comme exemples l'appel par le maréchal Mac-Mahon de la 1'* division du T corps, à Wœrth; l'emploi de la division Montaudon par le maréchal Bazaine sur notre gauche à Rezonville. 11 est vrai que, dans les deux cas, notre infériorité numérique n'autorisait pas le déplacement de plus grandes masses. On

GUERRE DE 4870. 53â

voit parce qui précède que la composition des groupes, leurs formations de marche en colonnes trop allongées, leurs formations de combat, leur maniement sur le terrain, tout cela parmi nous laissait à désirer et assurait à nos ennemis la supériorité d'action.

En fait de manœuvres, l'armée française, le 16 août, a montré des qualités réelles, de la solidité, de la vigueur, une souplesse inhérente à la nature même du*soldat. Mais avec les nouvelles armes, ce sont là des avantages presque toujours passifs, et soit manque d'initiative, d'instruction ou de confiance chez nos chefs, soit sentiment de notre infériorité, il est certain que l'audace a manqué, qu'on a laissé passer le moment de l'attaque sans l'utiliser, qu'enfin les manœuvres tactiques n'ont eu de précision que sur des points isolés. On a déjà vu le temps d'arrêt produit parmi nos corps de droite le 1 5 au matin, et le déploiement assez irrégulier des troupes du 3* corps dans la journée du 16. D'autre part, on peut remarquer la rapide évolution des 2' et 6' corps sous le feu de l'ennemi, dans la matinée du 16, et la vigueur déployée le même jour par le /i" dans sa conversion à gauche et dans son attaque. Malheureusement, dans les batailles actuelles et dans le choc des masses modernes, aujourd'hui encore plus qu'autrefois, il est certain que la régularité des manœuvres et la cohésion donneront toujours de grands avantages à l'armée qui les possédera.

Emploi de la cavalerie. — Ces observations ne sont pas les seules que doivent faire naître les premiers

SM GUSftRB DE i870.

événements de la guerre. On a vu les Allemands adop" tar définitivement le principe d'un régiment de cava*lerie divisionnaire et s'en servir avec avantage. Cette idée, presque admise chez nous du temps dn maréchal Niel, qui en avait démontré l'utilité, avait été abandonnée au moment de la guerre, sans qu'il soit possible d'en pénétrer le motif. C'était un malheur, et il a pesé d'un grand poids sur nos échecs ou tout au moins sur notre impuissance. Nous nous sommes accoutmnés dans cette guerre à considérer la cavalerie allemande commç innombrable, parce qu'on la voyait partout et toujours. De même que dans l'opinion populaire, Iç uhlan est devenu le synonyme de Cosaque et a laissé l'idée d'un cavalier léger, recruté parmi les paysans les plus sauvages de la Prusse orientale. Il y a là plus

d'une erreur.

La cavalerie allemande, quoique de beaucoup supé* rieureà la nôtre, a été employée au début de la guerre, dans une proportion à peine un peu plus élevée que la cavalerie française. Ses effectifs, par rapport à ceux des autres troupes, atteignaient dans la 1'® et la S"" armée le rapport de 1 à 10. Dans l'armée du Rhin, il y avait 52 régiments pour un eflEectif qui devait atteindre 300 000 hommes, c'était une proportion de 1 à 11. La diflérence essentielle n'a donc pas résidé dans la disproportion numérique, mais dans la tactitique des deux armes. Chez nous, les commandants de corps n'ont jamais su disposer de la masse de cavalerie qu'ils avaient sous la main. Ils auraient dû, pour l'utiliser, la répartir par fractions, qui auraient été

affectées aux divisions et dispersées en avant des co^ ionnes. Ceût été une innovatioa coulraire à oos vieiUes habitudes de ménager la cavalerie pour les effets de masse et de choc; c'était en outre une sorte de modification apportée à la composition générale do Taraiée, et TEmpire n'avait pas habitué nos généraux à eegenra d'initiative. La cavalerie resta donc inerte, déployant toutefois, quand on la faisait charger sur le champ de bataille , cette bravou re hardie , entraînante , qui est dans ses traditions. Si Ton eût adopté l'idée des régiments divisionnaires, on eût obtenu peut-être d'autres résul^ lats. Le commandant d'une division, poussé par la nércessité, n'aurait pas hésité à disposer de ses 5 escadrons pour s'éjclai rer au loin . Nos officiers de cavalerie , quoîq ue trèsHoÉé rieurs aux officiers allemands en topographie*, géographie et connaissance des langues modernes, sont brav^ et entreprenants ; ils n'auraient pas manqué de s'enhardir dans leurs courses, et, le besoin de rensei^^ gnements aidant, nous aurions pu, comme l'ennemi, être couverts en avant et sur les flancs, par des multitudes de petites patrouilles, dont les rapports eurent peut-être modifié nos mouvements. C'est ainsi qu'ont agi les Allemands, sans se priver pour cela du con«cours des grandes divi^ns de cavalerie de réserve. Tel a été l'emploi tactique de la cavalerie dans les marches. Sur les champs de bataille, les chargea KHit été utilisées comme autrefois ; mais elles n'ont nm^né que des sacrifices aussi sanglants qu'inutiles. Desd^pi: côtés, c'est le régiment qui a servi d'unité tactique; mais nulle part, on n'a vu Tintanlerie redonner la peine

de former le carré pour le repousser. Les feux d'une ligne déployée suffisaient à rompre la cohésion des assaillants, et le simple ploiement d'un rang de tirailleurs, en une ligne brisée, entourait la charge et parvenait à l'anéantir. A Wœrth, les cuirassiers du général Bonnemains se sont fait ainsi détruire sans ralentir les progrès de l'assaillant. A Rezonville, les 5* et 6' divisions de cavalerie prussienne ont pu masquer pendant une heure Tépuisenient de leur 3® corps par des charges réitérées. Mais ce n'est pas leur action qui a empêché nos mouvements offensifs. Ceux-ci n'ontpaseu lieu, parcequenoschefs n'y ont pas songé, que l'artillerie ennemie nous maintenait, et que nos propres pertes nous faisaient attendre avec impatience l'arrivée des renforts. Quant à nos charges, elles ont à peine servi à repousser celles de l'ennemi. L'élan de nos cavaliers fut arrêté de même, chaque fois qu'il se heurta à une troupe d'infanterie en position. Enfin, à Amanvillers, la cavalerie resta sans emploi.

De ce qui précède, il est permis de conclure que rinstruction et l'emploi de la cavalerie dans la stratégie et la tactique se sont modifiés, et comme on vient de le voir, ces changements apparaissent nettement dans les opérations du 4 au 18 août. L'escadron cesse d'être l'élément tactique ; il reste comme le bataillon une unité d'administration, de manœuvres d'instruction, de supputation numérique pour les grandes masses. Il est remplacé par le régiment qui devient l'unité tactique, plus utile dans les marches qu'au combat. La division de cavalerie reste l'unité

GUERRE DE 1870, 2â7

stratégique, nécessitant Tappui d'une artillerie légère et souvent de l'infanterie. Enfin l'emploi général de cette arme se limite désormais dans le service d'éclaireurs à grande distance (que les Allemands ont pratiqué sur une si grande échelle à Timitation de ce qu'ils avaient vu faire aux Russes au commencement du siècle), dans les reconnaissances,les surprises de villes ouvertes, de ponts, de gares, d'embranchements de chemins de fer, dans leur destruction et leur rétablissement.

Quant aux erreurs répandues sur le compte des uhlans, elles ont peu d'importance. Le uhlan ou lancier n'était pas un cavalier léger avant 1870 ; en Prusse, où il n'y avait déjà plus que la grosse cavalerie et la cavalerie légère, tandis que nous en avions toujours trois espèces, le uhlan comptait dans la grosse cavalerie. Son récent emploi fera peut-être modifier son genre de remonte. Le uhlan n'est pas non plus un sauvage comme le cosaque ; il se recrute au contraire parmi les cavaliers les plus instruits, et ses officiers dans les meilleures familles. Le fait est d'autant plus saisissant qu'il rend ses excès plus odieux. Le uhlan était avant la guerre un homme civihsé; il ne sera plus désormais qu^un voleur et un brigand, dans le sens le plus absolu du mot, qui comprend dans ses moyens le pillage, lejviol et l'assassinat. Que les Allemands s'en pénètrent et tâchent dé s'en souvenir ; car, nous autres, Français, corrompus ou régénérés, jeunes ou vieux, nous ne l'oublierons jamais.

Emploi de t artillerie, «— L'artillerie est peut-être

de toute» les arn)es, celle qui a subi, dès le début de la guerre, dans sont emploi tactique ou stratégique, la modification la plus complète. Les Allemands ont compris qu'elle était destinée, par le perfectionnement de son tir et par Tallongenjent de ses portées, à affaiblir l'action meurtrière de Tinfanterie. En France, avant la guerre, bon nombre d'oflSciefs d'artillerie avaient préconisé ce principe, en patronnant le chargement par la culasse. On les appelait lâ jeurw école par dérision, et leurs avis furent dédaignés. Il y avait dans cet aveuglement tout un avenir de calamités. L'effet moral produit sur nos soldats, sur nos oflSciers, sur nos généraux eux-mêmes, par Fartillerie ennemie, a eu sur nos désastres une grande influence. Ces grêles d'obus, lancées par des batteries de 100 et 200 pièces, dirigées avec une précision telle que le troisième coup portait presque toujours^ cette puissance destructive qui inaugurait tous les combats et que nos moyens ne pouvaient contrebalancer, ont souvent abattu dès le début lardeur et la confiance qui régnaient dans nos rangs. Quel eou-^ rage ne faut-il pas à un homme pour lutter quand il se sent accablé !

L'artillerie, chez les Allemands, a donc servi à engager l'action. Dans les grands mouvements, elle a presque toujours été employée par masses d'une centaine de pièces, et dans les manœuvres tactiques par groupes de 2/i pièces qui composaient une division à pied. On a déjà vu quelle était dans notre armée l'infériorité numérique de notre artillerie. Pour cette raison, peut-être aussi par habitude, l'umté tactique

GUERRE uns 1870< H^

)a plus employée, ayant comme àprè^ le 18 àùùt, fttt toujours la batterie; elle fut souvent assaillie par me masse d'artillerie quadruple. 11 était pourtant possible de la faire manœuvrer en grandes masfses, tsàt nm corps à k divisions comptaient 96 canons à boulets, et dans nos grandes batailles de Hezonville ou d'AmAfi^ villers, le commandant en cbef pouvait di^ioser d'em-* viron 500 pièces, sans compter les mitrailleuses que nous continuons à regarder comme une armei oom^ plémentaire de Tinfanteric). Mais^ la routine aidairt^ on négligea ces agglomérations^ et remploi le plui étendu dont nous ayons été témoins est celui de R^ zoaville, où une batterie de 5fi pièces fut un moment massée par le maréchal Bazaine en avant du tillage*

Les changements imposés à rartillerie par les pre-^ miers actes de la guerre devaient aussi exercer une influence sur le transport des munitions. II sautait aux yeux qu'avec un tir d'infanterie multiplié, les caissons de munitions devaient être agrandis, et avec un accrois^ ^ sèment de pièces le nombre des voitures augmentée Si ces modifications avaient été négligées avant là guerre, il eût été au moins possible de les adopter dès le mois d'août, seul moyen d'atténuer les fautes paîM sées avant que lourd conséquences devinssent imé^ parables.

Il faut ajouter à ces aperçus sur la tactique une observation qui n'est pas sans valeur. On a pu voir dans ce qui précède que les unités tactiques dans notre armée avaient des effectifs plus faibles que les unités correspondantes dans l'armée allemande. Il en résut^*

tait pour nous un double désavantage : rinfériorité numérique dans les éléments isolés comme dans les masses, et une plusgrande diflBcuUé pour supporter les pertes du champ de bataille. Nous en concluons qu'il y a avantage pour les armées à posséder la supériorité non-seulement dans l'effectif des masses, mais encore dans celui des diverses unités.

Il nous paraît enfin utile de terminer ce chapitre par quelques considérations sur la manœuvre habituelle des Allemands, le débordement d'une aile, et sur les causes de l'expérience acquise par leurs officiers et par leurs chefs. 11 est à remarquer que l'habileté manœuvrière de nos ennemis s'est constamment bornée à une seule combinaison, la manœuvre tournante sur une aile. Il n'y a encore là ni les illuminations du génie, ni même la variété du talent. On y voit simplement le perfectionnement pratique d'une action utile, quelquefois décisive. C'est Tapplication du principe mis en lumière par Frédéric II et Jomini, quune aile, étant toujours une partie faible^ doit être de préférence r objectif des attaques principales. On doit ajouter que partout où elle n'a pas été secondée par la supériorité des effectifs, cause dominante des succès des Prussiens, cette manœuvre a échoué. A Borny, ils essayent de déborder notre aile gauche et ne peuvent y réussir parce que le chiffre des combattants est égal de part et d'autre. A Rezonville, où la même circonstance se produit, non-seulement ils ne peuvent déborder notre droite, mais c'est le contraire qui a lieu, et notre 4* corps parvient à gagner du terrain en avant. Il est donc

GUEBI^ DE 1870t 3/i3

Citons enfin une dernière remarque qui semble avoir échappé à bien des gens. C'est après la bataille de Gravelolte-Anianvillers, que h fortune a offert à la France l'occasion la plus opportune pour faire la paix. L'honneur des arnies était sauf: l'ennemi ne pouvait guère exiger que des rectifications de frontières sur la Sarre et surlaLauter; enfin le gouvernement était bien convaincu qu'il n'était pas en état de faire la guerre, et que le temps lui manquait pour se préparer aux luttes à venir. Il fallait donc mettre l'orgueil de côlé et traiter. Malheureusement la France n'y aurait jamais consenti. Cette résolution eût peut-être auvéle pays de se sruines.

En résumé, du 6 au 18 août, la principale cause des succès de nos ennemis, vient de la perfection de leur machine de guerre et des rouages qui la composaient. Il en sera de même pour toute la campagne. Après avoir négligé les avis qu'ils avaient reçqs à cet égard, nos chefs n'avaient certes plus le temps d'en créer une semblable. Mais celle dont ils disposaient avait encore sa valeur ; il fallait ^utiliser et l'améliorer. Par malheur, la chute de l'Empire, et avec lui, la ruine des espérances, le manque de sanction du nouveau gouvernement, tous ces faits unis à une déca* dence réelle, devaient dissoudre les consciences, désorganiser les ressources et ajouter encore aux chances de succès des Allemands.

â&& GUBftRB Dfi 1870.

Page 1