CAMPAGNE DE SEDAN
I. -<- Formation de Tarmée de Ghâlons. — Plan de campagne. — ^ Premières opérations. — Engagement de Buzancy (28 août). — Combat de Nouart (29 août). — Combat de Beaumont (30 août).
Pour suivre sans s'égarer le fil des événements qui se déroulent sous nos yeux, il faut abandonner un instant l'armée de Metz et revenir à celle du maréchal de MaC'Mahon, qu'on a laissée à Châlons, où elle était arrivée les 16 et 20 août.
L'état dans lequel se trouvaient les troupes des 1" et 5* corps (Mac-Mahon et de Failly) était digne de pitié. La marche sans repos qu'elles avaient exécutée depuis Wœrth, n'était pas une retraite, mais une manœuvre précipitée, dans laquelle les diverses armes, les corps de troupes, les hommes de chaque régiment, souvent confondus, suivaient pêle-mêle l'indication qui leur était transmise tant bien que mal pour le gîte du soir (1). Une direction générale se faisait encore sentir parmi nos malheureux soldais du 1"' corps; mais leur aspect était lamentable. Il faut consulter les infortunés qui en sont revenus, pour s'en faire une idée. « Notre » corps d'armée est entièrement désorganisé, écrit, à la » date du 10, le chef de bataillon David, et il est ur- » gent de lui donner quelques jours de repos pour le
(1) Voyez le carnet du commandant David, du 65* de ligne {Jour' nal d'un officier de V armée du Rhin, Bruxelles, 1871), tué le 31 août prè« de Sedan,
» refaire. » L'aspect du 5* (général de Failly) était peut-être plus triste encore. A la vue de ses soldats, entraînés par ceux du V\ son chef, que Topinion, sans se rendre un compte exact des faits, accusait d'une lenteur coupable le 6 août, ne dissimulait à personne ni son mécontentement ni son dépit. Déjà, il avait fait connaître au commandant en chef de Varmée du Rhin sa répugnance à exécuter les ordres du maréchal Mac-Mahon, qui étaient en effet la cause première de ses mouvements du 6 et de la réprobation qui commençait à l'accabler; celui-ci, de son côté, se montrait peu disposé à lui en donner. Aussi le général de Failly mitil, dans la direction qu'il suivit, autant de soin à éviter le 1*' corps que les Prussiens. Dans ces tristes conjonctures, le peu d'empressement que ceux-ci montrèrent dans la poursuite, fut un bonheur pour nos armes. L'inclémence de la température vint en aide à la mauvaise fortune et rendit plus critique la situation de nos soldats. «Toutes les cartouches por- » tées dans les étuis- musettes sont hors de service, » écrit le chef de bataillon que nous avons cilé plus » haut. La pluie a réduit toutes les boîtes en bouillie, » et Ton se demande comment on pourrait lutter si » les Prussiens paraissaient. »
Telle fut celte retraite. Dans les derniers jours, un peu d'ordre fut remis dans les corps de troupes, et à partir de Chaumont le mouvement se termina en chemin de fer.
Quant au 7* corps, son organisation, encore incomplète à la date du 6 août, avait rencontré dès le début
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des difficultés particulières. Pendant huit jours, il citait resté sans commandant en chef et sans intendant ; le premier s'était attardé à Paris, le second se trouvait à Oran. Quand la 1'" division (Conseil-Dumesnil) fut ap* pelée auprès du maréchal Mac-Mahon, le corps fut représenté à Belfort par sa 2* division (Liébert). La S** (Dumont) était à Lyon avec la division de cavalerie. Après les échecs du 6 août il fut prescrit au T corps de se porter sur Belfort, et le 16 de se rendre à Châlons, par Paris. Ses éléments furent alors ralliés à la hâte, sauf la 1" division; ils exécutèrent une retraite précipitée, et, embarqués en chemin de fer, ils furent transportés à Châlons, où ils arrivèrent le 20.
Là ces trois corps en trouvèrent un quatrième composé de troupes d'infanterie de marine, de régiments de marche organisés à la hâte, et des dernières troupes que la Finance avait pu retirer de Rome ou du Midi.
Il était indispensable de les reconstituer et de leur donner la cohésion qui leur manquait. Mais le temps faisait défaut, car les Allemands devaient être bientôt sur nos talons, et il fallait se hâter. Enfin, et c'était encore la chose la plus essentielle, il était indispensable de savoir ce qu'on ferait de cette armée. On commença par placer à sa tète le maréchal de Mac-Mahon. Quelque hésitation aurait pu se produire dans ce choix, si. Ton avait songé que les défaites de Wissembourg, de Wœrth, le désordre de la retraite depuis Saverne, laissaient peser sur le maréchal une lourde part de responsabilité. Mais sa belle réputation passée, sa bra-
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voure, sa loyauté, exerçaient encore un prestige aux yeux des soldats. Puis, à cette heure suprênae^ où l'Empire aux abois cherchait un sauveur parmi tous ces favoris, dont il avait fait ses appuis, il ne trouvait plus un homme. Triste conséquence d'un système qui pendant vingt ans avait étouffé toute initiative, tout élan généreux, pour ne laisser de place qu'à ses créatures et aux vices qu'il patronnait. Dans un pareil milieu , dans cette situation critique, où TEmpereur lui-même, par crainte de la responsabilité ou par sentiment de son insuffisance, n'osait prendre en main le commandement, le maréchal Mac-Mahon était le seul de ses généraux capable de lui inspirer quelque confiance; on le nomma commandant en chef; le général Ducrot lui succéda dans le premier corps\j et lé général Lebrun, son ancien ami, naguère encore premier aide-major général, fonction dans laquelle l'opinion lui imputait bien des erreurs, prit le commandement du IT.
Ces répartitions une fois faites, on n'eut plus qu'un souci, l'obtention des récompenses qu'on n'avait pu distribuer après les combats du 4 et du 6. On vit alors un assaut de sollicitations de rubans et de grades, qui aurait suffi pour donner la mesure de notre abaisse^ ment militaire. On savait le souverain d'autant plus faible à cet égard, qu'il se «entait perdu. L'intrigue et l'ambition en profitèrent dans uiie large mesure, et dans ce mometlt critique, où l'image de la France en-^ vahie aurait dû remplir tous les cœurs, les appétits insatiables des intérêts personnels se développèrent au grand jour. Triste et navrant spectacle, bien fait pour
décourager ceux qui en furent témoins, si dans les sphères inférieures on n'avait vu surgir encore ces sentiments généreux, dévoués, qui faisaient jadis la force de notre patrie. «Nous sommes bien malheureux, » écrit à Châlons le commandant David, encore capi- » taine, et cependant Tidée seule que nous allons ces- » ser de reculer, pour marcher au-devant deVennemi, » nous console de toutes nos misères. » Ces misères étaient grandes, en effet. Comme toujours, les approvisionnements faisaient défaut, les vivres n'arrivaient pas, le soldat mécontent maugréait à haute voix, et tandis qu'on distribuait au sonmiet des galons et des croix, au bas de 1 échelle, dans les compagnies d'infanterie, le pain manquait et les cadres restaient souvent vides. « Ce qu'il y a de plus extraordinaire, dit le » même officier, à la date du 21, c'est qu'il y a des » compagnies et même des régiments presque dépour- » vus d'officiers, et que l'on ne paraît pas songer à rem- » plirles cadres. Le premier élément de réorganisation » est cependant là. »
L'autorité supérieure ne s'en préoccupait guère, et ses pensées étaient tout autres. L'Empereur comprenait qu'après les récents échecs, après avoir quitté l'armée du maréchal Bazaine, sans avoir su ni com mander, ni combattre, il ne pouvait guère rentrer à Paris. De son côté, le maréchal Mac-Mahon ne voyait d'autre parti à prendre que de se retirer sous les murs de la capitale pour en couvrir les approches, y refaire son armée, la grossir de quelques levées, attendre le choc de l'ennemi et empêcher, si c'était possible, l'iu-
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vestissemeiit de la grande ville. Le temps se passait, les heures s'écoulaient dans un trouble d'idées que les dépêches du ministère ne faisaient qu'augmenter. Elles se résumaient toutes par ces mots : impuissance, affolement, désordre. La France se trouvait dans une situation étrange. Le souverain qui nous avait poussés à la guerre, l'homme qui naguère encore n'admettait pas pour ses ordres la pensée d'une discussion, ne voulait plus ni diriger ses armées, ni gouverner ce peuple qui lui avait livré ses destinées. A 40 lieues de sa capitale, il déclinait à l'heure du danger toute responsabilité et la rejetait sur une femme, dont les œuvres charitables n'avaient pu déguiser ni l'incapacité politique, ni la frivolité d'esprit. Napoléon III couvraif sa prudente conduite d'un prétexte inacceptable : il ne pouvait s'occuper du gouvernement parce qu'il était absorbé par le commandement des armées; à l'armée, il abdiquait le pouvoir militaire pour ne pas gêner les opérations; et ceux qui l'entouraient, saisis de pilié pour ce prince, déjà déchu, sans asile, sans refuge, ne songeaient qu'à profiter de sa présence pour en obtenir des honneurs nouveaux. Le maréchal Bazaine, qui exerçait le commandement en chef, était coupé du reste de la France, et ne pouvait plus transmettre que de rares billets, écrits à la hâte, raccourcis par nécessité et contenant à peine quelques indications au lieu d'ordres précis. En résumé, la Franco étail sans chef. Le ministère commandait à Paris, Mac-Mahon à Châlons, Bazaine à Metz, les préfets dans leurs départements, et les deux autorités ayant seules
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le droit, à ce moment suprême, de prendre en main les rênes de rÉtat,la Chambre et VEmpereur, s'étaient effacées, Tiine devant des ministres dont elle était accodtumée à recevoir des ordres, l'autre devant le général placé à ses côtés, qu'il s'appelât Bazaine, Mdc-Mahoil ou Wimpffen. Tel est le fruit des régimes personnels, sans initiative ni liberté.
La faute que commit Napoléon III, en abdiquant tacitement dans ces jours de crise, fut des plus graves, et si elle a disparu à cette heure devant les désastres qui ont suivi, la France ne doit pas moins s'en souvenir) si elle veut se relever et éviter plus tard de nouvelles catastrophes.
Il eût suifl pourtant d'une volonté énergique^ sinon poiir réparer le mal, au moins pour en conjurer les effets. L'Empereur, le Ministère, les Chambres n'aù-^ raient pas demandé mieux, et dans leur agitation incohérente, dans leurs terreurs sans décision, tous ces gouvernants de la veille auraient été trop heureux de voir surgir un chef qui leur eût imposé ses résolutions et son sang-froid. Deux hommes à ce moment avaient le pouvoir et le devoir de le faire. Ces deux hommes étaient Bazaine et Mac-Mahon. Le premier était bloqué; c'était donc au second qu'appartenait cette mis* sion. Mais pour la remplir, il aurait fallu en prendre l'initiative virilement, sans atteinte à la hiérarchie^ et pourtant avec la supériorité que réclamaient les circonstances (1), le maréchal de Mac-Mahon ne pouvait
(1) Le maréchal de Mac-Mahon est de tous les géiiéraat actuels celui dont la bravoure, la loyaut^^ Tabnégatioii et les beaux serfkes
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y songer; il savait obéir en soldat, et commander en général^ mais le souverain avait encore à ses yeux le prestige du pouvoir suprême; il ne vit pas le degré de faiblesse où TEttipire était tombé, et le danger que courait le pays en l'absence d'une volonté intelligente et énergique. Il réussit cependant à faire adopter son plan de retraite sous les murs de Paris.
C'était beaucoup. Ce plan était sage et conformé aux principes d'une bonne défense, mais ce n'était ni le seul, ni peut-être le meilleur.
Il y a un fait auquel peu de personnes semblent avoir songé i c'est qu'en aucun temps, à moins d'y être contraint, une place forte attaquée ou simplement menacée, ne doit rester le siège d'un gouvernement. La Belgique a fait cependant de la négation de ce principe la base de sa défense nationale» En cas d'invasion, Anvers devient pour elle le retuge des autorités, des divers services et de l'armée. Mais la Belgique est dans des conditions spéciales. Comme la Suisse, comme le Danemark, son organisation militaire ne peut être que défensive, et avec son pays plat, le faible effectif de son armée, et l'admirable situation d'Anvers, son plan de défense est non-seulement une œuvre de sa-gesse, mais encore une nécessité. En France^ il tt'en est pas de môme. Le pays est assez vaste pour offrir de nottibreuses lignes d'opération, et le gouvernement
commandent le plus le respect et Testime. Malgré ces sentiments que nous professons hautement, nous demandons à notre chef militaire la permission d'exprimer ici toute notre pensée; car il importe au pays de connaître la vérité et les diverses opinions qui peuvent se faire jour.
est toujours sûr, en cas d'invasion, de conserver, s'il lèvent, un asile et sa liberté d'action. Du jour où la Moselle était franchie, Metz et Strasbourg investis, Paris couvert seulement par une armée faiblement organisée, la première mesure à prendre était de transporter le gouvernement au delà de la Loire^ de faire sortir de la capitale toutes les bouches inutiles et d'en confier le commandement à un général résolu, capable surtout de réprimer les passions populaires, ou de les employer au profit de la résistance. Ceci fait, Paris n'avait plus besoin d'être protégé par une armée (1). Cette place de guerre, avec les jeunes soldats qu'on avait le temps d'y rassembler, devait se suflSre à elle-même ; elle devenait un boulevard de défense, un point stratégique de premier ordre, qui arrêterait assez longtemps les progrès de l'ennemi, pour permettre au reste du pays de s'organiser et de former des soldats qui eussent au moins trois mois d'exercice, peut-être six, avant d'aller au feu. Cette combinaison adoptée, la défense nationale rentrait dans des conditions normales. La chute de Paris ne devait plus entraîner celle de la France. Toutes les ressources de la nation restaient disponibles en vue d'un grand effort, et les projets à venir pouvaient s'établir sur ce principe général éminemment pratique quand on n'a pas l'avantage : mer l'attaque par la durée de la défense. Pour cela il fallait gagner du temps,
(1) Le plan du général Trochu, qui voulait concentrer autour de Paris les armées de Metz et de Sedan, a aussi une grande valeur stratégique. On ne saurait dire ici, surtout à priori, quel était le meilleur des deux. U est rare que les problèmes de cet ordre n'aient pas plusieurs solutions. L'itnporlant;, c*est que le pays sache bien, qu*en fait de projets, celui qu'on adopta était fatalement mauvais.
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diviser les forces de ^envahisseur, lâcher de Téloignér de Paris et du centre de la France. Il y avait en même temps à prévoir la possibilité d'une jonction avec l'armée de Bazaine.
Après l'abandon successif des Vosges, de la Moselle, de r Argoune et de la Meuse, la ligne de défense naturelle de la France était la Marne. A ce point de vue cette rivière joue dans notre histoire un rôle important qu'on ne saurait oublier. Or, depuis le développement des voies ferrées, deux places tiennent les communications de cette vallée avec le reste du territoire : ce sont Reims et Chaumont. La première était désignée depuis plusieurs années par des officiers du génie et d'état-major pour rétablissement d'un camp retranché. Si l'on avait écouté leurs avis, et si les agitations politiques n'étaient pas venues prévaloir dans les mouvements de l'armée, nul doute que le maréchal de Mac- Mahon n'y eût tout d'abord porté ses troupes pour les reconstituer. Chaumont joue un rôle analogue sur la Haute-Marne. Quoique fortifiée jadis, cette ville était hors d'état d'offrir un abri à une armée désorganisée. Langres était dans le même cas, quoique sa position élevée lui permît au besoin de repousser plus aisément une attaque. Il fallait donc, dans cette direction, aller jusqu'à Belfortpour trouver une place en état de résister et d'abriter une armée. Ce qui nous ramène à l'idée déjà émise, que Belfort aurait dû être dès le début l'objectif delaretraitedu maréchal de Mac-Mahon. En admettant qu'on n'y ait pas songé en temps opportun, on avait encore à Châlons, du 16 au 2/1 août, la possibilité de
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le faire, surtout en utilisant les voies ferrées, On pou-vail alors exécuter uqe démonstration sur la ligne Reims-Retbel, prescrire au njarécbal Bazaiqe une sortie vers le sud, par la rive droite de la Moselle, et prendre aussitôt la direction de Belfort. Qq avait ainsi le tort de découvrir Paris; mais il est douteux que les Àllen)ands, avec leur circonspection habituelle, se fussent engagés vers Touest eu laissant sur leur^ derrières deux musses ennemies considérables^ môme bloquées. C'eût été, en eifet, une grave imprudence. Leurs forces se seraient sans doute divisées en deux groupes imposants qu'on aurait pu retenir deux ou trois mois dans l'est. Mac-Mabon eût été bloqué à Belfort; mais Bazaine aurait eu le temps et les moyens d'atteindre les Vosges, peut-être de dégager Strasbourg, en tout cas de gagner du terrain vers le sud, à travers un pays difScile, il esl vrai, mais qui offrait encore plus d'obstacles à l'ennemi qu'à nous-mêmes.
Un pareil déplacement des lignes d'opération eût peut-être paru étrange, mais il aurait singulièrement modifié les projets des Allemands et aurait placé leurs armées dans la condition désavantageuse d'avoir, sur leurs derrières ou sur leurs flancs, deux masses puissantes, dont une en communicalion avec le centre et le midi de la France. Il est probable qu'ils se seraient vus obligés de compter avec cette situation, et que leur marcbo sur Paris aurait été arrêtée tout aussi bien, si l'année de Mac-Mabon s'était transportée à Belfort plutôt que sur la Meuse.
Si l'on quitte le domaine du raisonnement pour se
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renfermer da^qs la réalité, il est incontestable que, pe voulant pas occuper la ligne de la Marne, le maréchal Mac-Mahon n'avail qu'un pjan à spivre : se replier sur Paris par la voie la plus courtei Cette direption fut bien adoptée, mais par la ligne de Reims, qui était ejçcentrique, Ce fut une hésitation, chose toujours fâcheuse, qui décida de ce choix j le quartier général ne savait pa^ encore s'il marcherait sur Paris ou sur Soisspns.
Pendant ce temps, le§ Allemands ne perdaient pas une ?ninute et déployaient dans leurs décisions çomn^e dans leurs mouvenients une promptitude renmrquable. Dès le 19 au matin, au lendemain de la bataille d*Amanvillers, une quatrième armée était formée avec la garde prussienne (prince de Wurtemberg) , le 12* corps (Saxons) et le 4* (von Alveusleben l"), qui recevait Tordre de se diriger de la Moselle vers les plateaui^ de Gravelotte. L.es 5' et G** divisions de cavalerie (de Rheinbaben et général-major duc de Meklembourg-Scbwerin) furent adjointes à cette armée, qui devait s'élever, déduction faite des pertes du 18, à un effectif de 110,000 à 115,000 hommes, et qui prit le nom d'armée de la Meuse. Elle fut placée sous le com mandement en chef du prince royal de Saxe, moyen habile de gagner les sympathies des Saxons et d'effacer les souvenirs qu'avait pu laisser parmi eux la conquête déguisée de 1866. Elle eut ordre de marcher immjJia^caient sur la Meuse, la droite dans la direction de Verdun, et se mit en route le jour même. La 5^ division de cavalerie
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chargée de l'éclairer, quitta son bivouac de Saint-Ail pour aller camper le 19 auprès de Briey.
De son côté, le prince royal de Prusse, qui avait porté son quartier général à Nancy, et attendait dans cette ville l'issue de la lutte engagée autour de Metz, reçut Tordre de se diriger aussitôt sur Châlons; son armée comptait environ 190 000 hommes. Les corps se mirent en mouvement sur-le-champ. Ces deux armées devaient atteindre la Marne vers le 26 août aux environs de Châlons. D'après ces prescriptions les Prussiens prévoyaient que le maréchal Mac-Mahon, poursuivi par des forces supérieures, ne pourrait songer à les attendre à Châlons, et qu'il se retirerait sur Paris. Ils paraissaient résolus à Ty suivre sans perte de temps. La capitale était d'ailleurs, et avec raison, leur principal objectif. Sa possession devait satisfaire leur haine, leur orgueil, leur soif de venger les lointains souvenirs de 1806; enfin ils savaient, mieux que nous ne le comprenions nousmêmes, que Paris était alors pour la France entière le centre des principales fabrications, la tète d'où parlait l'impulsion, le cœur qui centralisait tous les organes, la source de toutes les forces vives et de l'existence môme du pays.
Deux routes principales s'offraient à eux pour accomplir ce dessein : Tune au nord, par Verdun, Sainte-Menehould, Châlons, Épernay; l'autre au sud, par Toul, Commercy, Bar-le-Duc, Vitry et Sézanne. Ce furent les directions générales données à la 4* armée
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et à la â* ; une route intermédiaire les reliait de Ponlà-Mousson à Saint-Mihiel; d'autres aussi utiles, mais divergentes sur une partie de leur tracé, au nord, par Varennes, Montois etReims; au sud, par Vaucouleurs, Join ville, Douljevent, ainsi que parLigny.et Saiut- Dizier, leur permettaient de s'avancer, sur un front étendu sans se priver du soutien que les diverses colonnes devaient se prêter entre elles. Du reste, le quartier général allemand savait que de la Moselle à la Marne le terrain était entièrement libre. '
Le 20 août, .la S** division de cavalerie atteignait Fléville, et le 12* corps la suivait à une journée de marche sur la roule de Verdun par Étain ; le 21, elle arrivait près d'Étain à Morgemoulin et poussait sur la Meuse des patrouilles qui s'emparaient du pont de Consenvoye. Le 22, pour la première fois depuis le 4 août, cette division faisait un séjour (1) pour attendre les colonnes du 12' corps avec lequel une offensive surVerdun devait Mre combinée. Le 23, elle gagne Consenvoye, mais ne dépasse pas la Meuse. Le 24, cette rivière est franchie, le 12*' corps se présente devant Verdun et Tattaque inutilement, pendant que la 5' division de cavalerie prend position à Esnes, interceptant la route de Verdun à Varennes. Dans la soirée^ elle bivouaqueà Jouy, sur la rouledeClermont en Argonne.
(1) Nous citons ce fait afin de le comparer à l'fiabitude prise parmi nos troupes de faire un séjour tous les quatre ou cinq jours, liabitude que les soldats ont fini par considérer comme un droit. ^ oici une division ennemie qui a combattu le 6, le IZi, le i6 août, assisté à la bataille du 18, qui se remet en mouvement le 19, et qui n'a droit à vingt-quatre heures de repos qu'après dix-huit jours de marche.