II. — RÉVOLUTION DU U SEPTEMBRE
Les défaites de Wissembourg, de Wœrth, de Forbach, et les combats livrés autour de Metz avaient douloureusement ému tous les cœurs français. Mais à la nouvelle de Sedan, ce fut une commotion dans la plupart des villes, une torpeur dans les campagnes. La première manifestation de ces secousses fut une explosion de colère contre le régime auteur de tous nos maux, et après l'avoir acclamé au mois de mai par 7 millions et demi de voix, notre malheureuse patrie, se déjugeant elle-même du soir au lendemain, allait jeter sur lui un anathème sans rémission. A Paris, dès que les détails de la catastrophe furent connus, l'agitation qui grondait sourdement depuis un mois éclata •toutd'uncoup. Le Corps législatif et le Sénat ouvrirent leur séance, le k septembre, dans un état de trouble ndescriptible, causé par l'imminence d'une révolution, le sentiment de leur impuissance et de leur participation aux fautes de Tempire. Les sénateurs s'exhortèrent réciproquement à se montrer à la hauteur des circonstances, et protestèrent une dernière fois de leur fidélité à la dynastie. Les membres présents, au lieu de songer à un déploiement d'initiative ou d'énergie, n'avaient qu'une pensée, la chute prochaine du gouvernement. Les bruits de la rue, s' élevant jusqu'à eux, leur montraient l'orage grossissant autour des fonctionnaires impériaux, du Corps législatif et de tous les hommes qui, de près ou de loin, avaient contribué à notre
GUERRE DE 1870« â/jS
ruine. Us se séparèrent sans rien résoudre ; et le soir, il était trop tard pour la réunion projetée. Ce fut leur dernière séance, L'Empire s'évanouissait ainsi dans la Chambre haute, et ses débris n'eurent plus qu'à s'éloigner, comprenant que le régime était perdu san^ retour.
Au Corps législatif, le président avait officiellement communiqué pendant la nuit la nouvelle du désastre. Au milieu de l'agitation qui en résultait, l'opposition avait réclamé la déchéance de l'Empereur, et la proposition acceptée par les anciens amis du souverain, prêts aujourd'hui à le renier, fut livrée à l'examen des bureaux dans la séance de jour, en même temps qu'un projet,plus pratique et plus sage, présenté parM. Thiers. Mais déjà une population indignée se pressait autour de l'Assemblée, menaçant d'enfoncer les grilles et de pénétrer dans l'enceinte. Les députés les plus aimés de la foule sortirent pour l'exhorter à la patience et la contenir quelque temps encore. Hélas l dans ces moments de lièvre, que peuvent les conseils pour calmer les passions ! Les députés de la droite sentaient, comme les sénateurs, que l'heure de leur puissance était passée. La séance, un instant suspendue, pour laisser à la commission le temps de se décider, se continuait en groupes agités dans les couloirs. A ce moment, les bureaux venaient, dit-on, d'émettre en majorité un avis favorable à la demande de M. Thiers, et un nouveau gouvernement allait être voté, lorsque le peuple de Paris, forçant les grilles, violant la consigne imposée aux gardiens, envahit les couloirs et bientôt la Cham-
bre elle-même. Le tumulte qui s'ensuivit fut bientôt à son comble ; les discussions devinrent impossibles. Le président déclara la séance levée, et les députés, évacuant la salle, durent céder la place à une population qui outrageait ainsi et ses propres représentants et leur liberté. L'opposition seule resta, car les colères de la foule s'associaient à ses convictions. Ses membres essayèrent vainement de faire entendre des paroles de calme, leur voix se perdit dans le bruit, les cris de déchéance dominaient le vacarme; le régime impérial était déchu de fait ; il ne restait plus qu'à lui nommer un successeur. Selon le triste usage dont les Parisiens ont fait tant de fois abus, les députés qui exprimaient l'opinion du moment furent poussés, entraînés à l'Hôtel de ville, et là, sans respect pour le suffrage universel et la souveraineté de la nation, ils proclamèrent la République, et composèrent un gouvernement provisoire qui eut encore le bon sens de s'intituler : Gou-vernement de la défense nationale.
A la même heure, Timpératrice régente et ses min stres s'enfuyaient, abandonnant leurs effets et leurs papiers, et ne songeant qu'à sauver leur existence.
Ainsi tomba le deuxième empire, s'affaissant sous le poids de ses fautes, sans lutte, sans résistance, et comme convaincu de son indignité.
La Révolution du 4 septembre t870, la quinzième accomplie en France dans un espace de quatre-vingts ans, était faite, et faite comme les précédentes, par un entraînement de fureur populaire, au mépris de la
légalité, de la sanction du pays, noais par bonheur, sans effusion de sang.
Le nouveau gouvernement était composé comme il suit :
Le général Trochd. . Président.
Jules Favre Vice-Président, ministre des aff, étrangères,
Jules Ferrt Secrétaire,
Gambetta Ministre de V intérieur,
Cremieux.c Ministre de la justice,
E. Picard Ministre des finances,
J. Simon Ministre de l'instruction publique.
E. Arago
Garnier-Pagès
Glais-Bizoin \ Membres.
Pet.letan ,
Rochefort,
Le ministère était complété par :
Général Le FlA Ministre de la guerre,