‹ Histoire de la guerre de 1870Chapitre 22 sur 37 · V.-amir. Fourrichon. Ministre de la marine · texte numérisé non relu

V.-amir. Fourrichon. Ministre de la marine

DORiAN Ministre des travaux publics.

Magn IN Ministre de l'agriculture et du commerce.

C'était un événement d'une immense portée, et s'il apportait à la France une satisfaction, il n'en causait pas moins une anxiété cruelle au milieu des malheurs déchaînés sur le pays. Son origine elle-même portait le cachet des inconséquences humaines.

Certes TEmpire était bien déchu, et après avoir abusé de la France pour la précipiter dans un abîme, il avait perdu à tout jamais le droit de la diriger. Une assemblée véritablement libre, guidée par un sens politique éclairé, lui eût peut-être retiré les rênes du pouvoir, après les défailes du li et du 6 août, qui

avaient suffi à démontrer sqn incapacité et ses yices. Mais nous ne devrions jamais oublier, en France, qu'audessus des gouvernements, des assemblées, des hommes et des nations, réside une puissance abstraite en apparence, active en réalité, qui a sans cesse droit à tous les respects et dont rinfluence s'impose par le seul fait de la logique et de la raison, la légalité. Elle seule peut sanctionner une autorité qui succède à une autre. Elle seule peut donner à un pouvoir nouveau Tappui dont il a besoin pour marcher dans la voie que lui ouvre la destinée.

Le 4 septembre, dans un pays où le peuple dispose de sa volonté, la sanction de ce peuple était indispeasable. Le temps manquait pour le consulter; mais ses représentants légaux, plus ou moins bien élus, étaient rassemblés; c'était à eux qu'appartenait cette initiative ; beaucoup avaient quitté leurs sièges; mais ils l'avaient fait sous le coup d'une menace, d'une profa^ nation de la loi, d une violation de la liberté délibérative. C'était aux chefs naturels du nouveau mouvement à prévoir tout cela, et à montrer dans ces circonstances cette énergie et cette grandeur d'âme que notre histoire nous a appris à admirer. Leurs intentions étaient pures, un patriotisme ardent remplissait leurs cœurs, et leur dévouement à la chose publique dans les tristes jours qui ont succédé à-oette crise, quoique peu éclairé, leur a conquis bien des sympathies. Mais le sens politique leur a fait défaut» Et lorsqu'ils avaient passé vingt longues anoées à repro* cher à l'Empire de s'ôtre violemment emparé du pou-

GUERRE DE 1870. â&7

voir, par un de ces actes que la conscience réprouve, comment pouvaient-ils retomber à leur tour dans la môme erreur?

Le premier devoir de l'opposition était d'empêcher l'envahissement de l'assemblée. Certes, il faudrait aussi que la nation et le peuple de Paris en particulier soient bien pénétrés de cette vérité, que toute révolution est un malheur, toute illégalité une faute, et toute agitation qui dépasse les limites sacrées que lui trace la loi, un crime. Il faudrait se persuader que dans un pays libre, le droit de manifestation ou d'adresse est la forme extrême qu'il soit possible, en dehors du vote, de concéder aux intentions d'un parti. Malheureuse^ ment, il semble que les plus affreux désastres soient impuissants à nous donner ces convictions; et en réa^ lité, pour une république comme pour une monarchioi» le seul moyen d'apaiser les agitations de la rue, quand elles enfreignent la loi, c'est la Force.

Le 4 septembre, il fallait donc maintenir la liberté delà Chambre par la force, et avant l'heure d'une dernière séance, déployer autour de l'édifice, des bataillons de gardes nationaux assez nombreux et aisez convaincus pour faire respecter le siège de la repré*sentation nationale, dernier asile de la légalité devant l'écroulement du passé.

Il fallait, au lieu de congédier les députés^ les rappeler au sentiment de leurs devoirs ; et» alors même que la Chambre était envahie, exiger son évacuatioa par le peuple au nom du droit et de la liberté, seeon*stituer en permanence, et refuser de délibérer avant

d'avoir recouvré Tindépendance nécessaire dans ces graves moments; il fallait ensuite obtenir de la Chambre, dans une assemblée solennelle, et en attendant ta sanction du pays, la déchéance de l'Empire et la nomination d'un nouveau gouvernement, auquel la province aurait fourni des éléments assez nombreux pour la représenter, seul moyen pratique de lui donner à la fois une autorité légale et un appui dans le reste de la France.

Un pareil gouvernement aurait pu traiter avec l'ennemi sans s'exposer à la réponse injurieuse adressée plus tard par M. de Bismarck à M. Jules Favre. El si les Allemands, poussés par l'orgueil et la haine, stimulés par Tardent désir de venger la prise de Berlin en 1806, par la conquête de Paris en 1 870, avaient refusé les propositions du nouveau pouvoir, ils auraient du moins mis le droit contre eux, soulevé la réprobation, et surexcité notre défense en redoublant sa vigueur. Pour agir ainsi, il eût fallu des hommes assez calmes pour dominer les passions soulevées ; c'était une difficulté, peut-être une impossibilité. Quoi qu'il en soit, il y eut là des fautes qui nous furent fatales, et que la suite des événements fera mieux ressortir.

Pendant que cette révolution s'accomplissait à Paris, le grand quartier général du roi de Prusse, prenait ses dispositions pour lancer sur notre capitale les armées victorieuses à Sedan. Mais avant d'en faire le récit, il importe de suivre dans son développement un drame d'un nouveau genre qui se déroulait devant Metz, et et dont le dernier acte devait causer à notre infortunée patrie une blessure encore plus cruelle.

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