CONSIDÉRATIONS SUR LE SIÈGE B£ METZ
Après la chute de Metz et de son armée, un immense cri de douleur retentit dans tous les coins de la France, et, pour le traduire, il n'y eut qu'un mot, celui de trahison.
Il a été bien souvent prononcé depuis, et pourtant il est si grave, si chargé d'infamie, qu'avant d'en flétrir un homme, quelque infime qu'il soit, il faut y réfléchir profondément. La trahison est un crime, et l'appréciation des crimes, comme leur châtiment, comme la souillure qu'ils impriment, n'appartient qu'aux tribunaux compétents. Dans notre malheureux pays, en temps de révolution, de république surtout, il n^existe que deux sortes de militaires : les héros ou les traîtres. On est un demi-dieu jusqu'au jour où l'on succombe, et alors, au lieu de retomber dans l'oubli, au lieu de recueillir la gratitude à laquelle parfois on a droit, on ne récolte que l'injure et une épithète infamante. Nous ne savons pas encore qu'en jetant aux gémonies les hommes que nous élevions naguère sur le pavois, nous nous;flétrissionsnous-mèmes ! Que penser, en effet, d'un
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peuple qui, loin de mûrir ses décisions et de peset* ses choix, passe sa vie à brûler le lendemain les idoles qu'il adorait la veille, se déjugeant ainsi lui-même et donnant aux nations le spectacle d'une inconstance qui diminue le respect et l'estime? Que dire d'un peuple où fl y aurait tant de traîtres? En France, on ne veut pas être battu, on veut être trahi ; et l'on agit ainsi, sans songer que ces explosions subites de regrets ou de colères retombent sur ceux qui s'y livrent. La France, pourtant, a été bien battue dans cette funeste guerre; elle a été battue, humiliée et presque anéantie. A défaut des trophées que l'ennemi a conquis, à défaut des succès prodigieux qu'il a obtenus, il n'en faudrait pour preuve que les insultes dont il accable son impuissance. Ses journaux, ses orateurs, ses diplomates déversent sur elle le sarcasme et Tinjure. Et, pour qui conoAtt le peuple allemand, c'est le plus sûr indice qu'il la tient sous ses pieds. S'il la craignait encore, il la ménagerait ; mais il la sait iaible, et il l'insulte. C'est sa manière à lui de chanter ses victoires et d'honorer ses triomphes. Il faut donc rester calme, redevenir un peuple sérieux et digne, recevoir sans se plaindre les nouvelles blessures qu'un impitoyable ennemi fait à une nation sans défense, et, si l'on veut un jour avoir droit à la vengeance, avouer courageusement la défaite et entendre la vérité.
Avant de crier à la trahison, il est nécessaire d'examiner les faits. Ici l'examen est à peu près terminé ; il reste à définir le mot de trahison. Si l'on appelle traître celui qui viole ses serments, qui est infidèle à la foi
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jurée, le maréchal Bazaine est innocent, car il n*est resté que trop fidèle au souverain qui Tavait nommé. Et, parmi ceux qui l'accusent, combien mériteraient le nom de traîtres, qui, après avoir été les partisans hautement déclarés de l'Empire, se sont empressés de renier plus hautement encore leur foi et leurs amitiés, au lieu de rester dans l'ombre qui convenait à leurs remords ! Combien mériteraient le nom de traîtres, qui, après avoir déversé l'injure sur les ennemis du régime déchu, alors qu'ils n'étaient rien, se sont précipités pour leur offrir leur dévouement, quand ils furent au pouvoir! Oui, c'est là une trahison, et la pire des trahisons, car elle viole la foi, la difjnité, la conscience, et, de plus, elle est toujours prête à se renouveler !
Pour un général en chef, l'histoire dit qu'il y a trahison, quand il négocie avec l'ennemi au lieu de combattre ; le crime est plus odieux encore, lorsque des calculs personnels viennent compliquer la négociation, A Metz, une réprobation publique indignée, et la voix tristement émue d'une province entière arrachée à sa patrie par la conquête, ont accusé le maréchal Bazaine d'avoir agi ainsi. Mais il n'y a encore ni instruction, ni jugement, ni sentence ; il ne reste donc que des faits et des opinions individuelles ; et il ne restera rien de plus tant que la société, à qui seule ce droit appartient, à qui ce devoir incombe pour son honneur et celui de l'armée, n'aura pas, dans une enquête solennelle, prononcé le mot de trahison.
Comme f^it fie goerrç, le siégç de Metz est «n évé-
nement considérable, qui prête par lui-même matière à bien des réflexions. Une armée allemande de 280 000 à 250 000 hommes, investit une armée française de 150 000 hommes, rejetée, après plusieurs batailles, dans le camp retranché d'une place forte de premier ordre, et, au bout de soixante-neuf jours, obtient sa capitulation sans conditions. Telle est, dans son ensemble, l'histoire de ce blocus. Le résultat a paru incompréhensible ; il le sera moins sans doute après les détails qu'on vient de lire, et, malheureusement pour la France, il est sans précédent dans les annales des nations. Indépendamment des causes déjà mises en lumière et de celles que la discussion peut produire, il faut reconnaître que la masse énorme de troupes mises en mouvementpar l'adversaire a exercé sur ce fait une grande influence. Il est même possible que plus les nations de l'Europe augmenteront leurs eflectifs, plus les chances de capitulations extraordinaires s'accroîtront. Autrefois, quand on voyait en campagne des divisions ou des corps d'armée isolés, les troupes réduites à mettre bas les armes ne pouvaient être trèsnombreuses. Dans l'avenir, si l'on n'agit qu'avec des armées de plus de 100 000 hommes et qu'il y ait contre elles des masses de 200 000 et âOO 000 soldats, la reddition de plusieurs corps d'armée pourra encore se présenter. Si l'on veut y réfléchir, on s'apercevra du reste que le service obligatoire, ou l'armement d'un peuple entier entraîne dans son existence de véritables révolutions, dont les plus saillantes seront la transportation en bloc de la population mâle et la suppression
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des relations internationaleB. Un vainqueur pénétrant sur le territoire ennemi a, en effet, le droit de faire prisonniers tous les hommes soumis à la loi militaire.
Or, en Allemagne, cette catégorie s'étend de 17 à bH et même à 60 ans ; il faudra donc enlever de ses foyers et transporter captive dans des régions éloignées une foule innombrable, composée de tous les producteurs d'une contrée. La France a déjà eu la douleur de subiF cette triste loi, car, au moment de la chute de Paris, elle avait une masse de plus de 400,000 hommes jeunes et valides, transplantée subitem^t dans les régions du nord et du centre de l'Europe. Un fait qui ne sera pas moins curieux plus tard, quand tous les peuples auront adopté le service obligatoire, sera l'impossibilité d'accueillir, dans un pays, un étranger entre vingt et quarante-cinq ans, par la raison qu*il peut être appelé, du jour au lendemain, à guerroyer contre la nation qui le reçoit. Les conséquences des levées en masse érigées en système, car l'armée allemande n'est pas autre chose, sont donc désastreuses ; et encore celles qui viennent d'être énumérées ne sont pas'les seules ; en y réfléchissant, elles rendent plus compréhensibles des capitulations comme celles de Sedan et de Metz. Pourtant il ne faut pas s'y tromper; l'influence des grandes invasions et des gros effectifs, sur le fait même des capitulations, est plus morale que matérielle. Une troupe de 10 000 hommes, cernée par des masses formidables, et à plus forte taison une arméedeSOOOO ou de 100000 hommes, peut
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toujours éviter de se rendre, si elle sait se résoudi^ énergiquement au sacrifice suprême. H y a, dans la vie des peuples et des armées, des heures solennelles, où il n'existe plus d'autre alternative que la mort ou la honte. La France avait su jadis établir en principe, qu'en pareil cas l'hésitation n'était pas permise, que la mort seule était acceptable et qu'il fallait se jeter au-devant d'elle tôte baissée. Sacrifice inutile, disent les partisans des capitulations! Sacrifice glorieux, devoir indiscutable, diront les soutiens de l'honneur. Mieux vaut périr en soldat que vivre sans honneur ! Le jour où la nation française saura rétablir ce principe, elle aura retrouvé sa force et fixera peut-être encore la victoire à ses drapeaux. A Metz, comme à Sedan, on n'a pas su s'élever à la hauteur de cet effort sublime, parce que l'affaissement des caractères faisait Tarder Tinvestissement d'une armée supérieure et victorieuse, comme une force invincible.
La ruine de l'armée de Metz est due encore à d'autres influences. La plus importante, sans doute, aux yeux de la postérité, sera cette pensée qui a porté le commandement à négocier avec Tennemi une restauration politique, pendant qu'il plongeait dans l'inaction 140 000 soldats aguerris. Les souffrances de la faim sont venues s'ajouter à cette raison déterminante; et la pénurie de vivres reste imputable dans une large mesure à l'autorité militaire elle-même, qui n'a pas eu la prévoyance de concentrer à temps, dans la capitale de la Lorraine, les riches provisions de la contrée. Qu'on y ajoute les fautes de tactique^ et l'impuissanoe
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finale sera tout expliquée. En un mot, on n'a pas dégagé Metz et son armée, parce qu'on n'a pas su vouloir. Cette assertion, quelque étrange qu'elle soit, restera, dans l'esprit d'un grand nombre d'acteurs de ce drame, à l'état de conviction inébranlable. On peut objecter à cela la tentative de sortie du 31 août et les expéditions autour de la place. Mais les faits démontrent suffisamment que, dans l'effort du 31 août, il est douteux que la volonté de percer les forces ennemies ait réellement existé. Dans la journée du 1" septembre, Tordre expédié au point du jour parlait plus d'une retraite que d'une attaque. Enfin, quant aux fourrages exécutés aux abords de la place, leur rareté ainsi que les dispositions prises permettent d'apprécier l'importance qu'ils pouvaient avoir sur le sort de Tarmée. Le maréchal Bazaine a-t-il songé à se débarrasser de l'Empereur pour être plus libre dans ses actes? a-t-il ramené son armée sous Metz le 17 aoiit, parce qu'il lui convenait d'y attendre les événements, certain, si la paix était faite, qu'il resterait le seul général dont l'armée n'était pas entamée, comptant, si l'Empereur et Mac-Mahonétaient détruits, qu'ildeviendrait l'homme delà situation; ou bien parce que le commandement d'une grande armée dépassait ses capacités et qu'il n'osait plus agir ? A-t-il indiqué au maréchal Mac- Mahon les villes fortes du Nord, comme sa direction de marche probable, sachant le danger qu'il lui faisait courir et celui auquel il s'exposait lui-mê!i:e? La tentative du 81 août n'était-elle qu'une fausse sortie pour avoir l'air de tenir sa parole et se donner le temps de 3' shRiE. TOMK xxni. 33, , 33
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voir venir les circonstances? Enfin, les expéditions autour de Metz ont-elles eu pour but de dt^uiser Tinaclion générale sous un semblant d'activité, destiné plus tard à couvrir le commandement, si la négociatioa politique, commencée le 16 septembre par l'envoi du colonel Boyer au prince Frédéric-Charles, et le 24 par le départ du général Bourbaki, venait à échouer î Telles sont les questions que Tenquéte éclaircira ? Quant à expliquer comment sept commandants en chef se sont laissé abuser au point do se prêter à ces combinai"* sons, si elles ont existé, cela tient à ce qu'ils ne les ont pas pénétrées, qu'ils n'en avaient pas la responsabilité, qu'après avoir refusé d'ajouter foi à la puissance militaire de nos ennemis, ils ont été terrifiés par ses effets, et qu'enfin les négociations politiques, quand ils les oiit con:iues, ravivaient leurs secrètes espérances.
Mais au-dessus de ces explications, en dehors des mobiles divers qui ont diiigé ces conduites, il reste un fait iiidiscutable : l'immobilité d'une armée et sa capitulation, sujet d'études purement militaires et qu'il importe, autant que le précédent, de traiter en détail.
Conni.e on Ta vu plus haut, du jour oii l'armée française avait été ramenée sous les murs de Metz, le 19 août, il n'y avait plus pour elle que deux partis à prtnùre : percer les lignes ennemies ou combattre sur place. 11 était reconnu par nos pères et il le sera encore, nous l'espérons, qu'une année de 150000 soidats exercés est toujours libre de choisir son mode d'action, et ne peut jamais être considérée comme une machine impuissante. 150000 hommes
avec de bons cadres, un matériel complet et 5ft0 pièces de canon représenteront toujours une force énorme, quel que soit le nombre de Tennemi qu'on lui oppose. Ainsi, à partir du 19 août, ou, au plus tard, à partir du 22, jour où elle est refaite et où le commandant de Tartillerie est heureux de Tannoncer au commandant en chef, l'armée de Metz était libre de choisir entre ces deux projets. Le premier a déjà été examiné. On a vu que la direction stratégique la plus rationnelle pour se dégager était celle du Midi. On a vu que le moment le plus propice était du 25 au 30, époque où l'on savait toutes les préoccupations de l'ennemi tournées vers le Nord, et où l'armée d'investissement s'était affaiblie de deux corps d'armée. Cette période écoulée, il en restait une seconde, du 30 août au 10 septembre, pendant laquelle les Prussiens ne devaient pas avoir reçu les renforts destinés à combler les pertes des pre — miers combats. Passé cette date, une sortie devenail plus difficile, mais elle restait praticable en raison des moyens dont disposait Tarmée; elle devenait impérieuse par suite de la diminution des vivres, et il restera hors de doute que, eût-elle amené de nouvelles défaites et une dispersion des troupes, ce sort était encore préférable à l'anéantissement sur place et à la capitulation.
Mais, en principe, fuir son ennemi n'emmène pas sa destruction ; et le devoir d'une grande armée n'est pas de l'entraîner à sa suite, mais de le combattre. Si la concentration de grandes masses autour d'une forteresse sans camp retranché est un danger, une fauie
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stratégique presque irréparable, en revanche, l'établi»' sèment, sous la protection de forts détachés, d'une armée de 150 000 hommes, refaite et bien commandée, constitue une position inattaquable, un gage de succès au point de vue de la défensive, une chance favorable pour l'offensive. On peut ajouter qu'une pareille force peut annuler, quand elle le voudra, TefScacité d'un investissement.
Si ce parti eût été sérieusement arrêté par le commandement dès le 17 août, date de la retraite de l'armée sur Metz, la première mesure à prendre était de rassembler les approvisionnements de la contrée. Au dire des gens du pays et des témoins compétents, il était encore aisé de fournir ainsi à la place des provisions pour six ou huit mois. L'armée avait les siennes; mais elles ne pouvaient guère aller au delà du 15 septembre. 11 fallait donc, avant cette époque, avoir mis l'armée ennemie dans l'impossibilité de continuer la lutte sans renforts, et, dans le cas de Tinsuccès, se disposer, dès ce moment, à partager les vivres de la place, en imposant le rationnement. Après ces dispositions, il était urgent de faire choix des points stratégiques à occuper autour du camp : 1" j)our favoriser à tout instant une offensive générale; 2** pour menacer les positions ennemies et faciliter les sorties, si, par suite d'échecs mullipliés, on en était réduit aux petites opérations des villes assiégées. La base des opérations i exécuter autour du camp retranché devait toujours être la Moselle, sur laquelle la place et les forts faisaient l'office d'une double tête de pont. Quant aux directions
générales à prendre pour les lignes d'opérations, il n'y en avait guère que deux, le nord ou le sud, Test menant à la frontière, et l'ouest se trouvant déjà au pouvoir de ri nvasion. Vers le nord, il fallait un débouché permanent sur la rive gauche. Celle-ci, en effet, commandait la vallée et les coteaux de la rive droite qui, par la direction du cours d'eau, forme une ligne intérieure par rapport à la France, et dont les plateaux offrent un champ de bataille avantageux. Il fallait, en outre, conserver une action sur la plaine, interdire, par prudence, à l'ennemi, les nombreuses fermes qui la couvrent, et en vue de l'intérêt général, reculer son investissement aussi loin que possible. Vers le sud, il était nécessaire de commander les principaux débouchés sur Pouilly, Mécleuvesetlechemindefer, en menaçant les communications des Prussiens sur la ligne Pont-à- Mousson, Courcelles, Sarrebriick. Enfin, il importait aussi d'avoir des positions susceptibles d'éloigner des abords de la place les points de passage de l'ennemi sur la Moselle, afin de rendre ses concentrations plus lentes et de se ménager une action sur ses ponts. Ces considérations devaient amener T occupation, par de soHdes ouvrages de campagne et de forts rassemblements de troupes, des points suivants :
1° Sur la rive gauche. — La coIHne située au nordouest du fort de Plappeville et au nord du chemin qui, partant de Saulny, rejoint près du plateau la route de Plappeville à Amanvillers. Cette position, protégée à 2,500 mètres en arrière par le canon du fort Plappeville, commandait le ravin de Châtel, les abords du
plateau d'Amanvillers, les coDtreforts du Ghesnois, du Plesnois, du Yémont, et assurait à son possesseur l'accès de la route d'Ainanvillers.
Dans la plaino»^pour compléter l'action de l'armée, il fallait, dès le début, élever des travaux importants à Ladonchamps et sur le petit mamelon de Bellevue. Od obligeait ainsi l'investissement à ne pas dépasser la ligne Marange-Maizières-lez-Metz, et on limitait ses avant-postes aux points de Semécourt et d'Amelange, en leur interdisant les Tapes, les Maxes, Norroy, Plesnois et les hameaux intermédiaires, ainsi que le passage de la rivière à Argancy. Quant aux débouchés de Rozérieulles et d'Ars, le fort Saint-Quentin les défendait suffisamment, et de forts détachements à Moulinsel à Sainte-Ruffine auraient assuré leur sécurité comme cela a eu lieu pendant le siège.
Ces occupations déterminaient en même temps l'emplacement des troupes, et n'auraient pas modifié sensiblement celui qui fut adopté pondant les mois de septembre et d'octobre 1 870.
2° Sur la rive droite. — Au nord-est de Metz, la position la plus importante entre la route de Sarrebriick et la Moselle est celle de Sainte-Barbe, à plus de 6000 mètres du fort Saint-Julien. Il était difficile de l'occuper sans établir outre les troupes des intervalles dangereux. Il fiillait donc y renoncer, et la laisser aux mains des Allemands, comme cela a eu lieu. Du reste, cette partie des environs de Metz restait sans intérêt pour une sortie ; le seul côté utile était le voisiuage de la Moselle, où il était indispensable de menacer le point
de communication de Tennemi. On aurait atteint ce but par Toccupation delaligneNouilly, Vany, Chieulles, appuyée de fortes redoutes à Chieulles et sur la route de Sainte-Barbe.
Vers le sud et Ip sud-est, les routes de Courcelles, de Strasbourg et de Nomény, sont commandées par une hauteur à l'ouest de Colombey, par le château de Mercy-le-Haut et par une colline qui domine au sud le village de Magny-sur-Seille. Une redoute aurait assuré la possession de la première. Quant aux deux autres, dont on a déjà démontré l'utilité, elles se trouvaient appuyées en arrière par le fort de Queuleu, et donnaient à l'assiégé des débouchés au sud de Metz. Enfin il eût été indispensable d'interdire à l'ennemi le passage d'Ars, en organisant défensivement la ferme de Tournebride et le château de Frescaty, tandis que, de ce côté, les avant-postes français ne dépassèrent jamais le fort Saint-Privat.
Le choix de ces diverses positions eût sans nul doute reculé l'investissement, rendu plus difficiles la surveillance et la concentration des troupes allemandes, et conservé à la place les ressources de nombreux hameaux et villages. Mais pour faire ce choix, il eût fallu que les chefs d^état-major généraux eussent inspecté euxmêmes les environs et arrêté sur place les dispositions nécessaires. Il eût fallu que le général en chef leur eût communiqué ses intentions et expliqué le but à atteindre ; il fallait que lui-même eût eu sérieusement la volonté d'agir et un projet nettement arrêté. Aucune de ces conditions ne fut remplie. A défaut des chefs*
il eût fallu faire étudier ces torraiiis par des officiers d'état-major. Mais ceux-ci, en général, n'avaient pas été exercés à ce genre de travaux, et lors même qu'ils s'en fussent acquittés, on n'aurait peut-être pas écouté leurs avis. Le commandement, centralisé dans les mains des chefs, avait Thabitude de centraliser aussi toutes les aptitudes et le don d*infaillibililé ; et il élait rare qu'une observation émanée d'un subalterne eût quelque valeur. Lorsque l'armée rétrograda sur Metz après le 6 août, Timportance des hauteurs de Colombey, Mercy et Magny, fut signalée à Tautorité par des officiers d'état-major chargés d'installer les troupes au bivouac. Il ne fut tenu aucun compte de leurs avis, et plus tard, quand l'armée revint dans le camp retranché, ils furent oubliés.
En admettant que ces positions eussent été prises dès le 19 août, il était urgent d'en compléter la possession en créant sur la Moselle un passage pour chaque corps d'armée, de façon qu'il pût se porter à volonté, et le plus rapidement possible, d'une rive sur l'autre. Il est probable que la rive droite, ayant le plus grand développement, aurait nécessité le maintien de trois corps do ce côté, tandis qu'on adopta la combinaison contraire.
Une fois ces dispositions prises, la première opération à entreprendre était la destruction du 1" corps d'armée (ManteufTel) et de la division de réserve (von Ku m mer) laissés sur la rive droite, du 18 août au 3 septomore, dans une position assez isolée. On a vu que cotte lutte, bien combinée, offrait des chances de suc-