I. — Siège de Toul
La petite ville de Toul, peuplée d'environ 8000 habitants, est située sur la rive gauche de la Moselle, à 20 kilomètres à Touest de Nancy. Elle est entourée d'une petite plaine fertile et entièrement dominée par les collines élevées de Saint-Michel et de Baiine, au pied desquelles se dressent ses premières maisons. La Moselle y forme vers l'ouest un coude saillant et une île assez étendue ; on la franchit sur un beau pont de pierre de sept arches, que Ton fil sauter à l'approche de l'ennemi. La ville est traversée par un ruisseau insignifiant, ringressin, et n'a que deux portes, celles des faubourgs Saint-ÈvreetSaint-Mansuy. Ses défenses consistent dans une enceinte bastionnée avec fossé, qui date de Vauban. Elle n'était donc guère en état de résister aux effets de l'artillerie moderne, et se trouvait dans des conditions défavorables pour subir un siège, en raison surtout du commandement des hauteurs voisines, qu'on avait négligé de fortifier. La position de cette place était importante. Elle formait l'une des extrémités de la ligne de défense de la Moselle, dont Metz et Thionville étaient les autres points d'appui. Elle interceptait les communicatioiis des voies ferrées de Sarrebiùck et de Strasbourg, qui, après s'être réunies à Frouard, se dirigent sur Paris. Aussi sa possession était indispensable aux Allemands. Elle devait donc s'attendre à un siège obstiné et à une occupation, surtout quand le gros des armées prussiennes se serait porté vers l'intérieuro Cette éventualité n'avait pas été
prévue par la France, et ses généraux, comptant sur la victoire, n'avaient pris nulle paii; des dispositions défensives. Même après les malheureux combats du 6 août, dans cette courte période où de nombreuses dépêches s'échangèrent entre le quartier général de Tarmée du Rhin et les commandants des 1" et 5* corps, où les hostilités de la fin du mois, notamment l'occupation des points de passage de la Moselle, étaient indiquées, les mesures de défense relatives à la petite place de ïoul furent à peu près négligées. Au moment où Tavant-garde du 4' corps (von Alvensleben I) parut devant ses murs, elle n'avait pour garnison que 6 à 700 hommes d'infanterie, mal exercés et récemment tirés de leurs foyers pour former le 4* bataillon d'un des régiments actifs. En y joignant quelques artilleurs et des isolés provenant des troupes qui avaient passé récemment, on avait une force d'un millier d'hommes appartenant à l'armée régulière. Le commandant de la place, le chef d'escadron d'artillerie Huck, homme énergique et résolu, se voyant seul, sans direction, sans ordre, prit sur lui d'organiser la défense. En utilisant les hommes de bonne volonté de la garde nationale et de la garde mobile, et les ressources des magasins, il parvint à former une garnison de 2 à 3000 hommes. C'était une troupe peu aguerrie, encore sans cohésion, mais prête à obéir à la voix de l'honneur, animée d'un patriotisme que son chef entretenait par son exemple, et enfin, déterminée à faire son devoir. Les vivres ne manquaient pas; on voulait résister ; on attendit l'ennemi de pied ferme. '
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hè lé août apparurent les colonnes proàsiennes^La Veille, le 4* corps avait atteint Nancy et poussé son avant 'garde jusqu'à Toul pour tenter une surprise. La facilité avec laquelle l'ennemi avait pénétré sur notre territoire redoublait son audace. La 14^ brigade de la T division, qui composait cette avant-garde, était forte de 2 régiments d'infanterie, 1 bataillon de chasseurs à pied, 2 batteries d'artillerie et 1 régiment de cavalelerie, environ 8000 hommes. Dès qu'elle fut signalée, le commandant de la place déploya en avant des glacis une partie de sa troupe. L'ennemi ouvrit sur elle un feu d'artillerie, auquel la place répondit aussitôt. Le combat s'engagea; mais l'infanterie française, placée à découvert sous un tir d'une grande justesse, ne put continuer à occuper le terrain aux abords des glacis, et rétrograda vers les faubourgs, où l'infanterie ennemie essaya de la suivre. Mais, une fois abrités, nos jeunes soldats tinrent résolument, leur fusillade redoubla d'intensité, fit éprouver à l'assaillant des pertes sensibles et arrêta court leur élan. Après un combat de trois heures, les Prussiens, voyant l'inutihté de leurs efforts, furent contraints d'y renoncer, de se mettre en retraite et d'aller regagner leur bivouac, hors d'atteinte des coups de la place. Celle-ci continua son feu jusqu'ô ce que l'ennemi fût hors de portée (1).
(1) Les Allemands ont accusé les Français, dans cette affaire, d*ayoir dirigé leur tir contre jles- voitures d'ambulances et des brancardiers. Cette allégaiiou est une calomnie, il se peut que des projectiles aient atteint des hommes ou des voitures marqués du signe de neutralité; mais il est impossible qu'il en soit apurement, quand cette baonièrç
Ce succès encouragea les défenseurs de Toul, et, comme on s'attendait à des entreprises plus sérieuses, ils s'y préparèrent avec une nouvelle ardeur. La ville eut alors un répit d une quinzaine de jours, dont le commandant profita pour s'approvisionner et exercer ses soldats.
Dès les premiers jours de septembre, les renforts demandés par T armée prussienne arrivèrent en France. Le 4, le 13* corps d'armée, sous le commandement du grand-duc de Aiecklembour^-Schwerin, rejoignit à Metz les 1'" et 2' armées. 11 était destiné, comme on l'a vu plus haut, à assurer les communications des troupes alleij;andes en marche sur Paris. Toul, Châlons et Reims étaient ses objectifs naturels. L'ordre de les occuper lui fut donné dès qu'il fut en route. En conséquence, les premiers bataillons de landwehr qui passèrent la frontière et qu'on a vus figurer à Metz dans la journéo liu 1'' septembre, où ils remplacèrent en ligne la 'iS" briçjade du 7' cujps, furent dirigés sur Toul. Vers le l\, la place vit s'installer définitivement
nV^l pas placée en dehors du champ do tir. Nos ambulances, nos médecins el nos hôpitaux en ont été souvent victimes. Du reste, les Allemands oublient que la convention de Genève interdit Je port des aimeti à tous les employés mililain.s porteurs du brassard à croU roiige, et ccmme parmi leurs soldats d'ambulances et d'administration, on n'a t( nu aucun compte do cetlr défense, il en résulte que c'est par eux que la convention a été violée. Serait-il bien étonnaot, dans ce cas, qu'un faniasMJn ou un artilleur français, apercevant des l'russH-ns les avmes à la main et le brassîtrd au bras, les aient pris pocr desconi'uatiants, et aient tiré sur euxl La fausse bonhomie allen ande doit savoir qu'elle ne fera plus de dupes, et qu'on ne se fiera pas plus à ses assertions mensongères qu'à ses perfides subtilités»
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autour d'elle rennemi, qui n'avait fait jusque-là que des apparitions. En même temps arrivaient quelques grosses pièces que les Prussiens avaient tirées de MarsaL
Le 13' corps, composé de la 17' division (von Schim*melmann), de la 2' division de landwehr (von Selchow) formée de régiments combinés (l) et d'une brigade de cavalerie de 3 régiments, la 17% était complet de toutes armes et comptait environ 30 000 hommes. Il se concentra d'abord devant Metz, où il resta du 4 au 10 septembre. Là il se divisa/La^'division de landwehr, avec 2 batteries légères de réserve et le 17' dragons, près de 15 000 hommes, se dirigèrent vers Touest pour gagner Reims.
Le reste, formant un corps de 15000 hommes, se rendit à Tout et y arriva le 12. A partir de ce moment, la ville dut cesser ses communications avec Tintérieur, et s'apprêter à une résistance opiniâtre. Le grand-duc n'eut que le temps de faire exécuter quelques reconnaissances et fut bientôt appelé au quartier général du roi. Le général von Schinmielmann, commandant la 17' division, le remplaça. La garnison
(1) Les Prussiens, en 1870, formèrent des régiments avec les bataillons de landwehr des régiineuts de l'armée active, et des brigades nouvelles avec des régiments tirés de divers corps. Ils eurent ainsi des groupes dits combinés. Ainsi la 2^ division de landwehr se composait de II ré^\menis combinés ; Tun d'eux était formé de iandwehriens des 8^ et /|8^ régiments. La 3^ division de landwehr avait ses deux brigades, chucuiie à 2 régiiiienls, combinés avec les bataillons de landwelir de 3 régiments acUfs. La 2^ division de réserve von Kummer, avait une brigade d'infanterie combinée avec deux régiments tirés de la garnison de Mayeuce,
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s'attendait peut-être à un siège régulier, comme il s'etf pratiquait autrefois. Mais le temps de ces patients et pénibles travaux, où le pionnier militaire déployait son courage et son sang-froid, était passé. Les Allemands avaient perfectionné Tart des sièges et inventé, pour réduire les places fortes, une nouvelle méthode qu'ils devaient inaugurer à Toul et pratiquer ensuite sur une vaste échelle. Ce procédé, fort logique d'ailleurs, mais qui n'en est pas moins une barbarie sauvage, consistait à négliger le système des tranchées, des brèches et de l'assaut, à bombarder les édifices religieux ou autres, ensuite les maisons, et à mitrailler à tort ou à travers les populations inoffensives des villes, pour amener la garnison à subir leur pression et à se rendre : cruauté sans égale, qui satisfaisait l'esprit de vengeance de nos ennemis, et leur permettait d'accumuler nos ruines en diminuant leurs propres dangers.
Dès leur arrivée, riiivestissement fut complété et l'artillerie du 13° corps, tout entière à Toul à l'exception de 12 pièces légères de campagne, commença le bombardement (1). Trois batteries lourdes s'établirent sur le mont Saint-Michel et procédèrent à leur œuvre de destruction, que les canons de la place s'efforcèrent d'empêcher de leur mieux, mais sans y réussir. L'exi-
(1) Le grand-duc de Mecklemboiirg-Schwerin, avec ceue nalfet^ allemande qui sert à déguiser la cruauté la plus froide, n'hésite pas à avouer, dans son rapport, lo but du bombardement, a On manquait de pièces de si(^ge pour ouvrir la brèche ; mais^ en attendant leur arrivée de Cologne et de Magdebourg, on bombarda la ville pour en rendre le séjour aussi désayréable {unangenehiiV que possible. » Les Aile-* mands appellent la destruction des «églises, le massacre d'êtres sans
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guïté de la içarnison ne permit pas d'occuper les faubourgs Saint-Èvre et Saint-Mansuy; Teanemi s'en empara, resserrant ainsi le cercle de fer qui enceignait la ville. Dans l'après-midi du 18, les Prussiens avaient
mis en batterie 42 pièces qui tirèrent sans discontinuer pendant deux heures. Le lendemain, sur un ordre du quartier général, une partie du corps de siège s'éloigna, donnant ainsi à la garnison un faible espoir qui fut d'ailleurs de courte durée. La 33* brigade d'infanterie, renforcée dû 11* uhlans et de trois batteries légères, se mit en route pour Châlons. Les troupes d'investissement étaient réduites à 8000 hommes environ, formant la 34* brigade, le 14*chasseursà pied, le 18* dragons, quatre batteries d'artillerie, deux compagnies de pionniers, train, etc. C'était plus qu'il n'en fallait pour réduire une garnison de 3000 hommes, dont un millier à peine d'exercés. Mais les Allemands comptaient encore plus sur leurs canons que sur leur nombre. Le 20, l'artillerie prussienne fut renforcée d'un parc de siège, de 10 pièces rayées de 24 et de 16 pièces rayées de 12. Le 21 et le 22 furent employés par l'ennemi à construire ses dépôts de batterie à l'abri des coups de la place, et à compléter les ou-
défense, femmes, enf^fll^ oii^yieillards. une chose désagréable, Autreïois, on invitait ies personnes non militaires à sortir d'une ville assiégée et on leur donnait pour cela toute facilité, en avisant le commandant de place du bombardement prochain. Les Allemands sont tellement avancés en civilisation, qu'ils considèrent ces procédés comme tout à fait vieillis, et qu'une ville bombardée p'est autre chosQ à leurs yeux qu'un séjour désagréable.
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vrages destinés aux nouveaux canons. Déjà Toul avait beaucoup souffert, mais ie courage des habitants ne se démentait pas, malgré les ruines que les projectiles semaient dans leur cité. Leur belle cathédrale était, selon l'usage des Allemands, le point de mire assidu de leurs pointeurs, et avait déjà reçu quantité d'obus. Quant à la garnison, elle se contentait de riposter, sans exécuter des sorties que sa faiblesse rendait dif&ciles.
Le "26, au point du jour, toutes les batteries étaient terminées, et l'épreuve décisive allait commencer pour la malheureuse ville. Le grand-duc de Mecklembouru eut soin de revenir pour jouir de ce cruel spectacle. Il eut même la délicatesse de partager ce plaisir avee un des hauts représentants de la noblesse allemande, le duc de Saxe-Alten bourg (1). Tous deux se rendireni sur les {)entes méridionales du mont Barine, d'où ils n'allaient perdre ni un coup de canon, ni un incendie. A leur arrivée, toutes les pièces en batterie ouvrirent leur teu. La place riposta avec énergie, et ne pouvant atteindre eiilcacement la plupart des épaule^
(i; Le gruDd-duc de Meckleinixiiirg cioit devoir faire remarquer^ dans sou rapport, l'altenlion qu'il eut pour le duc de Saxe-Alteubourg. Seulemenl, au lieu d'appeler ce bombardement définitif du nomqulL mérite, il le déguise sons l'expression d'attaque décisive. Ainsi, ces deux iiéros ne sont pas venus assister à la destruction d'une ville et de ses monuments, mais à mn\ aiiaque générale de la place de Toul. îl ne faudrait pas y voir un remords pour une cruauté peu avouable, mais simplement une de ces subtilités germaniques, inhérentes aa caractère même du peuple allemand, et si ingénieusement pratiquée» par sa glorieuse aristocratie*
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ments ennemis, elle tira avec acharnemetJt sUf un ouvrage élevé sur la route d'Écrouves, où elle réussit à causer quelques dégâts , ptiis sur leâ faubourgs qu'occupait Tinfanterie allematide. Les Prussiens ne visaient que les monuments, et de préférence la cathédrale. A neuf heures du matin, les casernes de la ville furent eu flammes; deux autres incendies s'allutnèrent presque aussitôt. La canonnade continua. Vers quatre heures de l'après-midi, Tune des tours de la cathédrale s'enflamma à son tour. Ce malheur devait être le dernier. La place était au bout de ses eflbrts et de ses ruines. Les remparts cessèrent de tirer; les batteries ennemies les imitèrent. Deux parlementaires dépassèrent les lignes peu de temps après, et les négociations commencèrent. Le commandant Huck ne croyait pas pouvoir prolonger la résistance et était disposé à se rendre. La défense de Toul était assez honorable pour mériter les égards du vainqueur, mais celui-ci igno-^ rait les ménagements et n'ofl*rit d'autres conditions que Celles de la capitulation de Sedan . Il fallut se ré*soudreà les accepter, et le 25 septembre, à sept heures du soir, on signa la convention suivante qui mérite d'être citée pour quelques-uns de ses articles:
« Entre les soussignés: le colonel, chef d'état-niajor von Krenski, plénipotentiaire de S. A. R. le grandduc de Mecklembourg-Schwerin, commandant du 1»V corps d'armée prussien, et le gouverneur de la forteresse de Toul, chef d'escadron Huck, la convention suivante a été conclue :
» Aet. 1". La forteresse de Toul, avec tout te ma-
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» tériel de guerre qui s'y trouve actuôUemeot, sera » livrée immédiatement à S. A. R. le grand-duc de » Mecklembourg-Schwerin.
» Art. 2. La garnison de Toul est prisonnière de » guerre avec tous les hommes qui — peu importe » qu'ils aient eu l'uniforme ou non — ont porté Jes )) armes pendant la défense, à Texception des gardes )) nationaux ou mobiles qui habitaient la ville avant le ' » commencement de la guerre.
» Art. 3. Considérant la courageuse défense faite » pendant six semaines par cette forteresse contre des » forces supérieures, seront dispensés de se rendre pri- » sonniers de guerre tous les officiers et fonctionnaires » ayant rang d'officiers, qui s'engageront par écrit et » sur leur parole d'honneur à ne pas porter les armes » contre l'Allemagne jusqu'à la fin la guerre actuelle, » et à ne pas agir contre ses intérêts d'une façon quel- » conque. Les officiers et fonctionnaires qui accep- » teront ces conditions conserveront leurs armes, leurs » chevaux et tous les autres objets leur appartenant.
» Art. A. Immédiatement après la conclusion de la » présente capitulation, la garnison sera conduite sans » armes sur le glacis devant la porte de France ; les » officiers se porteront sur la route conduisant à la » gare.
» Art. 5. L'inventaire du matériel de guerre, se » composant de drapeaux (aigles), pièces d'artillerie, » armes, chevaux, caisses militaires, objets d'équipe- » ments militaires, sera remis ce soir au major prus- » sien Schumann.
» Art. 6. Eu considération de Taccident f4cbeuxqui
» s'est produit à roccasion de la capitulation de » Laon (1), il est stipulé que si pareille chose se pro- » duisail à Tentrée des troupes allemandes dans la » forteresse de Toul, toute la garnison serait livrée à la » merci Aq S. A. R. le grand-duc de Mecklembourg- » Schwerin.
» Art. 7. Tous les médecins militaires sans excep- » tion resteront pour soigner les blessés.
» Négocié à Toul, sur le glacis devant la porte de » France, le 23 septembre, à sept heures du soir » .
Signé : von Krenski, L. Huck.
Le lendemain 24, à onze heures du matin, le grandduc de Mecklembourg fit son entrée au milieu des ruines causées par son bombardement, et prit posses- •siondela ville.
Il avait glorieusement évité l'ouverture des tranchées, d'une brèche praticable, le passage de fossé et
(1) Quelques jours avant, la citadelle de Laon avait sauté au moment où les troupes allemandes en marche sur Paris, le duc de Mecklembourg commandant la 6° division de cavalerie en tête, prenaient possession de la ville qui venait de se rendre. Cet acte de vengeance, accompli par un Français justement Irrité des malheurs de sa patrie, est de ceux qui se produisent quand on fait à son ennemi non une guerre ordinaire, mais une guerre d'extermination. Ce qui est sans exemple, c'est de vouloir en faire peser la responsabilité sur la ville de Toul, et d'exiger qu'une garnison qui a vaillamment combattu se livre sans merci à son vainqueur. Cette expression laisse supposer qu'elle eût été passée au fil de Tépée, si un inconnu, un enfant peut-être, avait mis le feu à une poudrière. C'est ainsi que le bon peuple allemand entend la guerre au xix® siècle. Touchante preuve de son humanité ! Ceux qui agissent ainsi n*ont rien à dire quand le vaincu les traite de barbares.
enfin l'assaut périlleux, qui constituaient jusqu'à ce jour le seul moyen honorable do s'emparer d'une place, en respectant les propriétés privées et les habir tants inoffensifs. Désormais le libre passajje des transports de l'armée d'invasion était assuré. 2390 pri^n-r niers, 197 canons, des armes, des vivres et des munitions tombèrent entre les mains du vainqueur.
Toul avait résisté pendant six semaines dans des conT ditionsrrinfériorité qui honorent l'énergie de ses défenseurs Le vaillant exemple qu'elle avait donné eut en Franco un grand retentissement. Il devait pourtant être rarement suivi. 11 se peut que les éloges donnés à la défense aient été exagérés, comme on l'a dit depuis. Les éléments nous manquent pour élucider cette ques*« tion. Il se peut que la garnison n'ait pas exécuté assez de sorties, ni utilisé assez efficacement les abords delàplace. iMais elle était faible et composée de soldats sans expérience. On n'a pas attendu, pour se rendre, la brèche et l'assaut, comme le règlement le prescrit. Mais avec les nouveaux et cruels procédés de bombardement mis en usage pour réduire les places fortes, on est en droit de se demander quelle est la limite fixée à la destruction d'une ville, pour autoriser sd capitulation. Il est probable que certains hommes d'une trempe peu commune eussent poussé la défense encore plus loin. Toutefois, on ne peut nier que la résistance de Toul et la conduite du commandant Huck ne soient des plus honorables. S'il y a des avis divisés sur cette question, cela tient précisément à l'absence d'enquête officielle et publique, conformément à la loi et aux traditions.
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Mais ce qui ressort clairement, c'est que les termes de la convention arrêtée par les Allemands rendent hommage à la ville de Toul et à ses défenseurs. Il est encore surprenant qu'on aitici, comme ailleurs, oublié les prescriptions réglementaires en ce qui touche à la faculté de ne plus porter les armes contre l'ennemi, et d'éviter ainsi la captivité. Il n'est pas étonnant que les Allemands, pour nous humilier, considèrent cette clause comme une faveur ; mais il est pénible que des Français l'aient acceptée» Quant à l'article 6, relatifs la livraison des troupes à la merci du vainqueur, il ne peut être considéré que comme une odieuse injustice.
Ainsi se termina le siège de cette petite ville, dont la résistance restera un des épisodes les plus intéressants et les plus honorables de cette camp^tgpe.