I. — Déclaration de guerre
Si l'Empire depuis le plébiscite, poussé par un aveuglement sans exemple, était résolu à la guerre, la Prusse Tétait encore plus. On a cherché de divers côtés à savoir au juste à qui incombait cette responsabilité. Des deux côtés, on la voulait; des deux côtés, il y a eu au dernier moment une courte hésitation ; des deux côtés, de puissants partis, excités par leurs passions personnelles, en ont brusqué la déclaration . Funeste exemple des nations mal gouvernées, où la véritable liberté de discussion est exclue, et où les pouvoirs, s'exerçant sans contrôle, n'ont vis-à-vis des masses d'autre responsabilité que celle de leur caprice.
Depuis quatre ans, la France était humiliée et amoindrie par la position que la Prusse lui avait faite. Grâce à la mauvaise politique de l'Empire, son ambition avait pu, en 1866, rompre Toquilibre européen à son profit, sans qu'une récrimination s' élevât. Depuis lors, ses actions ne tendaient qu'à un but^ la violation
QU6RRE DE 1870. 75
ouverte ou cachée des derniers traités. Les théories gouveroemeqtales de Frédéric II, la brutalité appuyée sur la force, le mensonge, l'espionnago en permanence sur une vaste échelle, la perfidie, la calomnie, l'absence de ménagements ou de pitié pour les faibles, le mépris des droits, tels étaient les procédés de la Confédération du Nord et en particulier du chancelier du roi de Prusse.
L'attitude silencieuse et réservée de la France pouvait être pour quelques-uns un indice de force et de dédain. Le roi Guillaume et sa famille croyaient encore à notre puissance et semblaient modérer plutôt qu'exciter l'ardeur annexionniste qui les entourait. Mais son chancelier, qui réunissait à l'absence complète de sens moral ou de principes, de grands talents, une pénétration rare, une connaissance profonde des hommes et des choses, appuyé sur le parti des hobereaux et sur le parti militaire, savait que notre conduite cachait la faiblesse ou l'incapacité. Il sentait que le moment de la lutte était venu, et il avait assez joué du spectre de la Fiance armée aux yeux des naïfs Allemands, pour être sûr que des Alpes à la Baltique, il remuerait à son gré les peuples et les rois.
Fidèle à ses habitudes de spéculer sur les passions des hommes pour les conduire à ses fins, il poussa d'abord l'Italie à nous redemander Nice et la Savoie. 11 mit en
mouvement les partisans de Garibaldi et les Piémontais, les rancunes des uns et les regrets des autres. 11 promit l'appui de la Confédération du Nord et de TAllemagne entière. Mais la fines:se iCalicnne déjoua ses
/ju^ t^envers ses alliés de 1859, gratitude sur laquelle la ^i France doit être bien flxée aujourd'hui, la maison de
calculs, et couvrant sa sagesse d'un voile de gratitude
4\ Savoie résista aux instances du perfide chancelier.
Cette intrigue n'ayant pas réussi, M. de Bismarck se tourna d'un autre côté. Mieux que personne, il savait combien un esprit audacieux et retors, appuyé sur la force, peut profiter des troubles sociaux.
Les agitations et les dissensions intestines n'ont jamais manqué dans cette vieille et malheureuse Europe, qui renouvelle, depuis une centaine d'années, le triste spectacle des petites républiques de l'antique Grèce, se déchirant entre elles, alors que le colosse romain étendait déjà sur elles ses griffes redoutables.
L'Espagne en particulier se trouvait depuis plus d'un an sujette à des troubles permanents et dans une situation où l'incertitude elle provisoire étaient ses seuls guides. A la suite d'une révolution accomplie au nom de la liberté, les chefs du parti victorieux, incapables de contenir plus longtemps les passions qu'ils avaient soulevées, s'en allaient de porte en porte, mendiant un roi qu'ils ne pouvaient trouver.
Après avoir conquis l'Allemagne, placer sur le trône d'Espagne un infant de Prusse, rétablir ainsi la monarchie de Charles-Quint au profit des HohenzoUern, parut au chancelier une œuvre digne de ses conceptions.
C'était en outre un moyen de voir jusqu'où allait la mansuétude de la Franco. Si elle laissait ce projet s'accomplir, elle était annulée par le fait lui-même ; si elle
CfOERRE DE 1870. 77
s'y opposait, on avait l'occasion d'une guerre longtemps désirée, dont les chances étaient connues d'avance; c'était enfin l'annexion définitive de cette Allemagne du Sud, qu'on n'osait conquérir ouvertement sous les regards de l'Europe inquiète.
Un aventurier, brave, intrigant et ambitieux, Prim, gouvernait l'Espagne. On s'adressa à lui. On savait que plus d'une fois les prétentions de l'impératrice Eugénie et le langage ambigu de Napoléon lU avaient contrarié ses desseins. On lui offrit pour la couronne d'Espagne un prince Léopold de Hohenzollern, frère du prince Charles, qu'on avait déjà lancé en enfant perdu sur la Roumanie, en pleine vallée du Danube. Prim envoya un de ses agents pour achever la négociation, le sieur Castro, et un beau jour, la candidature du seigneur allemand fut annoncée officiellement à notre ministre des affaires étrangères.
Celui-ci, qu'on avait rappelé de son ambassade de Vienne parce qu'on connaissait son ardeur contre la Prusse, et qu'on comptait sur sa décision de caractère, saisit aussitôt l'occasion. Tout allait pour le mieux ; les circonstances favorisaient également la rancune mal calculée de Napoléon III, et les vues savam-j/^^ ment combinées de M. de Bismarck. L'enjeu dans ces (L^^ passions était la ruine de la France ou de l'Allemagne. J^ f Mais qu'importaitJi cf^s hon^fpfis ? Les peuples sont,^^''^^suivant les cas, des loups affamés ou des moulons ;2^ qu'importe aux puissants auxquels ils se fient, que les*^*^^î uns se dévorent, que les autres soient tondus ou égor-**"^ ^ gés, pourvu que leurs intérêts y trouvent leur profit 7^^*;^*;;^
Bref, le 6 juillet 1870, le ministre des affaires
©^.^t'V^JSA**-*'*^
étrangères aiinonça au Corps législatif la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne. Comme il fallait surexciter Thonneur national, déjà si impressionnable, on prit dans celte déclaration un air solennel, et on prononça les mots de menace et d'injure, en ajoutant qu'on saurait sauvegarder l'honneur du pays avec toute l'énergie nécessaire. Il est à croire qu'un ministre responsable, parlant à une Chambre librement élue, renseigné sur la situation de nos forces militaires, ignorant encore l'issue qu'auraient les négociations, aurait communiqué cette nouvelle avec plus de mesure, et cette dignité sérieuse qui convient aux circonstances graves et à un peuple soucieux de son intégrité, mais calme et résolu.
Présentée de la sorte à une Chambre trop docile aux volontés du souverain, h une population animée depuis quatre ans du profond sentiment de son humiliation, la déclaration du ministre produisit dans le pays un mouvement d'indignation. Cette agitation a été contestée depuis; il faut cependant l'avouer ; car elle exista réellement, et de plus, elle était légitime.
Avec un gouvernement sage, bien au fait du caractère allemand, qui cède toujours quand on lui montre les dents et qu'il n'est pas sûr d'être le plus fort, la commotion nationale produite par l'incident Hohenzollern devait suffire à éviter la guerre. Ce qui le prouve en effet, c'est qu'aux premières réclamations de notre gouvernement, le roi Guillaume répondit que la candidature en question était rejetée. Si l'on s'en était tenu là, tout était arrangé. La guerre la plus sanglante que le monde ait encore vue était évitée. La question
OUBRRE de" 1870. 79
allemande, dans l'étal où^nous étions, et après les fautes que nous avions commises, ne devait nous laisser qu'une ligne de conduite, la temporisation.
C'était désormais un de ces problèmes que Teffort de la politique ne devait pas chercher à résoudre; il fallait attendre qu'il s'usât, a La vie des nations, comme » celle des individus, est un compromis entre des con- » Iradictions. De combien de choses il faut dire qu'on >y ne peut vivre ni avec elles, ni sans elles, et pourtant »on vit toujours (1). »
AParis,iIn'yeutqu*unseul homme pourcomprendre la chose ainsi, M. Thiers. Le parti de l'opposition eut l'honneur de se déclarer pour la paix, non par un sentiment vrai du fond des choses, dont un homme seul, M. Thiers, se montra pénétré, mais par son aversion pour ces entreprises funestes qui détruisent le bonheur et l'union des peuples. Sa voix était trop faible pour être écoutée. Le souverain hésita, dit-on, un instant à adresser au roi Guillaume la demande qu'il méditait et qui devait amener la guerre; mais le parti militaire qui formait son entourage voulait la lutte par ambition personnelle, et l'on se décida à réclamer au roi de Prusse un engagement contre le retour de pareilles intrigues. De plus, on le fit directement, et sans les égards nécessaires, au lieu de traiter la question par voie diplomatique. C'était combler les désirs du roi Guillaume; il se déclara offensé, rejeta la demande, et refusa de recevoir notre ambassadeur auquel il fit à son tour une injure publique. C'était la guerre.
(i) Renan, Monarchie constitutionnelle. Paris, 1869.
On s'est beaucoup récrié eu France et en Allemagne contre la prétention blessante qu'exprimait cette dernière demande. 11 est certain, cependant, qu'en présence d'un voisin qui se livre en secret à des intrigues dangereuses, capables de détruire votre propre sécurité, et qui n'ont d'autre but que de satisfaire à vos dépens une ambition effrénée, on a le droit de lui demander un engagement sérieux, une garantie pour Tavenir. L'important était de le faire avec mesure, et en politique, avant toutes choses, il est élémentaire de ne jamais élever une réclamation si Ton n'est en étal de la soutenir. Chez nous, le sentiment national avait parlé ; une satisfaction suffisante lui avait été donnée ; nous n'étions pas en mesure d'aller plus loin ; du moment où le chef de l'État était de cet avis, c'était au ministère d'abord, aux chambres ensuite, à exiger qu'on s'arrêtât. Tous les hommes qui appartenaient à ces groupes ont, devant l'histoire, devant Dieu et devant les hommes, une lourde part de responsabilité dans nos ruines, dans nos désastres, dans le sang de nos frères inutilement versé pour notre sainte cause. La nation qui a soutenu vingt années durant une organisation pohtique qui la conduit à un pareil abîme, est la première coupable, et l'on peut affirmer que Dieu l'a abandonnée, qu'elle est perdue sans retour, si, après d'aussi grandes fautes, elle ne sait pas se régénérer dans l'union des partis, dans la liberté, l'ordre, et ces vertus viriles qui donnent une forte organisation militaire et des lois d'une rigueur implacable.
Du 6 au 14 juillet 1870, les jours s'écoulèrent dans
une anxiété indicible. Les dépèches volaient de Paris à Ems où se tn)uvait le gouvernement prussien. L'insulte faite à notre ambassadeur rompit les négociations. Dès le là, un décret impérial appela à l'activité la deuxième portion du contingent des classes de 1865, 1866, 1867 et 1868, ainsi que tous les militaires liés au service. Il en fut de même de la garde mobile des départements compris dans les 1", 2" et 3" corps d'armée. Le même jour, un autre décret donnait à rinfanterie une nouvelle formation : les régiments étaient constitués à quatre bataillons, au lieu de trois, plus le dépôt. Ainsi le premier acte de la mobilisation était un aveu des erreurs passées et une faute. Car, réorganiser le jour de la déclaration de guerre, c'était susciter d'avance des retards et la confusion.
Le lendemain, 15 juillet, le ministre des affaires étrangères fit connaître oflSciellement aux Chambres la fin des négociations, la déclaration de guerre et la nécessité d'appeler les réserves. Il ne restait plus qu'à charger les armes. L'Allemagne envoya le même jour ses ordres de mobilisation.
Quoiqu'on l'ait nié, la déclaration de guerre fut accueillie en France non pas avec l'enthousiasme que les préfets de l'Empire et nos ennemis ont signalé, mais avec satisfaction.
La lutte qui s'annonçait était nationale, et à ce titre le pays était disposé à l'entreprendre. II ne doit s'en prendre qu'à lui-même et au gouvernement, s'il n'était pas prêt, et s'il l'ignorait. Mais il ne suffit pas, pour juger des dispositions d'un peuple, de s'en rappor- 2' SÉRIE. TOME xxm. 6, 6
89 GtJBftftB DE 1870.
ter> comme les Prusalens ont voulu le faire, aux rapports des préfets, qui répétaient en l'exagérant le mot d'ordre émané de Paris ; il ne faut pas non plus apprécier l'attitude d'une nation d'après les clameurs de quelques jeunes gens, plus ou moins ivres ou exaltés, qui parcourent les rues par groupes de trois ou quatre, à la lueur des réverbères; il faut voir l'ensemble des choses, recueillir les avis des classes éclairées et des hommes d'expérience. En France, à ce moment, on devint sérieux, on comprenait la gravité de la lutte; on se mit à questionner les militaires dont les réponses, dictées par la foi des succès passés et l'ardeur descombats, étaient encourageantes et basées sur un bon espoir, mais rien de plus. Dans la masse des conservateurs, bien des gens âgés éprouvèrent des appréhensions tardives. Le parti de l'opposition déplora la conduite du pouvoir et lui témoigna ses blâmes les plus amers. Dans l'armée, les esprits clairvoyants, les hommes au courant de la force militaire des Allemands, se firent peu d'Illusions, et quelques-uns, prévoyant nos malheurs, résolurent de faire leur devoir la mort dans l'âme.
Le général Trochu fut de ce nombre, et ne se gêna nullement pour le dire : chose surprenante, dans la maison même de Napoléon III, un ou deux hommes, fermes dans leur conviction, ne se firent pas faute de prédire nos désastres. Leur voix s'éteignit au milieu des bruyants apprêts de la guerre. Quant à l'armée en général, elle se mit en mouvement avec joie, mais avec un sérieux qu'elle n'avait jamais eu.
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En Allemagne, Teffet produit par la grande tiou. velle eut un caractère sombre et résolu. L'événement était annoncé par la Prusse comme une insulte au gé néralissime allemand, une agression brutale, une conquête sans déguisement, enfin une menace de pillage, d'incendie et de mort pour tous les êtres vivants. C'est ainsi que la mobilisation des turcos et des zouaves fut présentée à la population. Ah ! si l'on peut invoquer tous les châtiments de Dieu et des hommes sut* les souverains qui lancent un peuple datis une pareille guerre sans réflexion ni préparation, od a bien aussi le droit de s'écrier : Malheur à ceux qui, à l'heure des combats, excitent les mauvaises passions, les appétits sanguinaires et le génie de la destruction ! Si les première sont des fous, les seconds sont des monstres, et leur expiation sera tôt ou tard plus terrible et plus cruelle encore.
En France, on a fait tomber une lourde part de responsabilité sur le ministre des affaires étrangères, M. de Gramont. Cependant, si nos armées suffisamment fortes eussent été victorieuses, on n'aurait pas manqué d'exalter son énergie et son patriotisme j on en eût fait un grand ministre et un grand homme» Nous ne croyons pas qu'il faille le juger aussi sévèrement qu'on l'a fait. Du moment où son collègue de la guerre lui garantissait notre supériorité militaire, il est tout naturel qu'il ait parlé haut et ferme. Il est certain que son animosité contre la Prusse et son sentiment de rhonneur national étaient bien compris. Sa faute
est d'avoir mal jugé TEmpire, d'avoir eu confiance dans un collègue qu'il aurait dû connaître, dans une situation dont les moindres détails devaient lui être familiers, enfin d'avoir apporté dans cet acte une vivacité et une légèreté de langage indignes d'un vrai diplomate. Les conséquences en ont été si terribles, que les regrets de sa vie entière ne pourront même pas atténuer les reproches qu'il a encourus.
Le jour môme de sa déclaration aux Chambres, la composition de l'armée du Rhin, arrêtée les jours précédents, fut connue au ministère. En Prusse, quoique la déclaration de guerre n'ait été communiquée que le 19 juillet et que les puissances du Sud ne nous aient annoncé leur état d'hostilité que plus tard, la composition des armées allemandes fut publiée le 18 juillet par un ordre royal (1),
IL — Mobilisation.
Mos premiers ordres de mouvement s'expédièrent le 15, à deux heures de l'après-midi. Les lois de crédit pour l'armée et la marine, ainsi que la loi pour les engagements volontaires, furent votées d 'urgence dans la séance du 10. L'immense majorité de la Chambre, confiante dans la force du gouvernement et toujours docile à ses inspirations, s'empressait de seconder ses desseins. Les engagements volontaires pour la durée
(1) Voy. tableaux 1 et 2, la composition des armées.
de la guerre commencèrent; et le pouvoir, dans le but d'exalter l'esprit public, en exagéra le nombre, qui ne dépassa jamais 20000 ou 30 000. Des sociétés de secours aux blessés, la plupart patronées par le gouvernement, se formèrent d^ différents côtés, et les souscriptions s'organisèrent. Un descendant de nos grandes races, le duc de Mortemart, un vieux soldat du premier Empire, qui se servait encore des éperons qu'il portait à léna, offrit spontanément 100 000 francs et son reste de vigueur pour la lutte prochaine. Ah! certes, il ne faut pas l'oublier, malgré notre décadence, malgré nos fautes ultérieures, malgré les signes d'avilissement que nous avons donnés, il y avait encore de grandes ressources parmi nous. On vit alors la France tressaillir de la tête aux pieds, et ses fils les plus énervés surent retrouver un instant l'antique ardeur de leurs pères. Bien organisés et bien conduits, ils eussent été dignes d'eux. Il a fallu des catastrophes sans exemple, une fatalité implacable, des incapacités notoires pour anéantir tout cela.
La molnlisation de l'armée française commence le 16, à six heures du soir. Les troupes du camp de Châlons, des armées de Paris, de Lyon et d'Algérie s'embarquent. Les Prussiens, surpris par notre activité, ne nous devancent pas. L'appel de leurs réserves et la mise en route de leurs soldats s'effectuent à peu près aux mêmes dates. Seulement, leur organisation tenait leurs troupes toujours prêtes pour la guerre, surtout pour l'offensive, quoiqu'ils affirmassent depuis longtemps le contraire, et la mobilisation s'effectuait chez
eux avec une régularité que nous ne pouvions imiter. Des deux côtés, pendant quinze jours, troupes, munitions et matériels ne cessent d'affluer sur la frontière. Il serait inutile de s'appesantir sur les difficultés qui nous assaillirent au début. Les dépêches saisies à Saint-Cloud et publiées plus tard, ont suffisamment montré le désordre, l'incurie, la confusion qui surgirent dès les premiers jours dans nos concentrations et nos approvisionnements. La pénurie de ces derniers tenait à l'insuffisance de nos préparatifs. Mais les difficultés de la concentration venaient surtout de la dispersion des dépôts et de la dissémination de nos corps d'armée à Belfort, Strasbourg, Bitche, Saint- Avold, Thionville, Metz, Nancy et Châlons. Ces quartiers généraux furent dès le 24 juillet modifiés comme il suit : T corps (général Douay) à Belfort, 1*' (Mac- Mahon) à Strasbourg, 5* (de Failly) à Sarreguemines, 2* (Frossard) à Saint-Avold, 3' (Bazaine) à Boulay, û" (de Ladmirault) à Thionville, la garde à Metz, et le Q* corps à Châlons. Ce furent les véritables points de concentration. Cette dissémination de nos forces était une faute analogue à celle commise par les Autrichiens, sur leur frontière de Bohême, en 1866, Il fallait l'ignorance la plus absolue des choses de la guerre, des événements passés et de la stratégie prussienne, pour la renouveler. Le soldat, avec son instinct habituel, la comprit aussitôt. « On nous place comme des douaniers sur la frontière » , dit-il en exécutant les ordres. Ces emplacements avaient été pourtant discutés; l'intendance, pour faciliter les approvisionne-
6UEME DE 1870f 87
tnents, demandait deux points principaux de con-» centration, prétendant qu'il lui serait plus aisé d'y accumuler des amas do vivres et de matériel, pour répandre de là Tabondance sur les divers groupes. Ce fut le commandement qui tint à sa dissémination. Il aurait été peut-être embarrassé d*eu donner la raison. On croit généralement qu'il fut guidé par la conviction que cette dissémination était favorable aux approvisionnements. Cette faute ne fut pas la seule ; la com-t position de Tarmée, qui paraissait au premier abord très-logique et très-étudiée, était mal comprise» Il suffisait d'un instant de réflexion pour s'en apercevoir. Dans nos guerres modernes, où la rapidité dei5 transports et des mouvements est devenue très-grande, oii leffet meurtrier des actions de guerre est considérable, les armées, pour être à la hauteur de ces deux transformations, doivent posséder au plus haut degré deux qualités : la légèreté et la cohésion. L'unité de combat, c'est-à-dire le groupe d'hommes qui peut par sa composition et son effectif livrer seul un combat vraiment utile, est le corps d'armée. Les guerres du premier Empire avaient déjà établi ce principe. L'unité de marche, c'est-à-dire le corps le plus nombreux et d'une valeur défensive suffisante, qu'on puisse prolonger sur une direction déterminée, en ayant soin de le soutenir toujours, est la division. L'expérience a démontré que l'efTectif du corps d'armée ne doit pas dépasser 30 000 à 40 000 hommes, et qu'il atteint plus de mobilité et de cohésion avec deux divisions qu'avec trois. La division doit conopter par conséquent de
15 000 à 20000 hommes. Pour que ces mêmes qualités soient réparties sur Tarmée entière, et pour que celle-ci réponde aux facultés ordinaires d'un bon commandant en chef, il est admis que son effectif maximum ne doit pas dépasser 150000 à 200000 hommes, et qu'elle doit être composée de corps homogènes. De là des armées de quatre, cinq ou six corps, chacun à deux divisions. La proportion d'artillerie, qui s'est accrue avec le perfectionnement du tir et les effectifs, doit être au début de la campagne de 3 pièces par 1000 hommes. La division étant le premier groupe constitué qui peut être appelé à livrer un combat, le plus souvent défensif, c'est à son effectif que doit s'appliquer tout d'abord cette proportion. Les mitrailleuses, n'ayant qu'un tir de mousqueterie, sont destinées à produire un effet complémentaire- de celui de l'infanterie, et ne doivent pas être comptées dans l'artillerie proprement dite. Il résulte de ce qui précède qu'une division d'infanterie de 15 000 hommes doit avoir 45 canons à boulets, sans compter ceux de réserve placés d'ordinaire entre les mains du commandant du corps d'armée. Il est évident que dans ces supputations, pour éviter les non -valeurs et les illusions qui en résultent, on entend par hommes des combattants réels. Enfin, la cavalerie entre aussi dans les armées dans une proportion déterminée. Chaque corps en marche, devant être éclairé à une distance d'une ou deux journées pour éviter les surprises et avoir de bons renseignements, et la division étant ordinairement composée de 2 brigades à 2 régi-
mentset d'un bataillon d'infanterie légère ou de chasseurs à pied, il en résulte quil faut ou moins à la division un régiment de cavalerie à 5 escadrons de guerre, sans compter ceux qui doivent être entre les mains du commandant du corps d'armée pour produire à certains moments soit une action à distance, soit un choc dansle combat, devenu cependant presque impossible par suite de Teffet meurtrier du tir. Enfin, pour que le commandement ait une action efficace et obtienne l'obéissance nécessaire, on a depuis longtemps reconnu indispensable d'avoir un grade distinct pour le commandant en chef de l'armée, du corps d'armée, de la division et de la brigade, c'est-à-dire quatre grades de généraux. Tels sont dans leur ensemble et sans s'occuper des services accessoires, génie, train, intendance, ambulance, non-valeurs, les principes élémentaires qui président à la composition d'une armée moderne. La nôtre les négligeait presque tous.
Au lieu de deux armées de 150 000 hommes, on en faisait une de 300000, masse toujours peu maniable, môme pour un grand homme de guerre. Au lieu de corps d'armée homogènes et divisés en deux groupes principaux, on constituait 3 corps d'armée à 4 divisions d'infanterie, A à 3 divisions, et 1, la garde, à 2 divisions seulement. Comme notre mobilisation était lente, et l'arrivée des réserves, variable suivant les facilités de transport, l'effectif des régiments, et par suite des autres fractions de l'armée, ne pouvait rien avoir de fixe. La force des corps à 4 divisions pouvait s'élever à
90 6|)£BftE DE 1870,
40 000 ou 50000 hommes, chiffre toujours trop consi* dérable au point de vue de la mobilité ; les corps à 3 divisions pouvaient varier de 30 000 à 36000 hommes; la garde, de 20 000 à 25 000. Quant à Tartillerie, comme on Ta déjà vu, la division ne comptait que 12 canons à boulet. Elle n'avait pas de cavalerie; celle-ci était rassemblée en divisions de 2 ou 3 brigades, sous les ordres spéciaux du chef du corps d'armée. Et tandis que le rôle de cette arme, limité désormais à une seule fonction, la reconnaissance à grande dislance el Taction rapide sur un point donné, nécessitait uniquement de la cavalerie légère escortée d'une artillerie également très-mobile, nous avions trois sortes de cavalerie, la grosse, la légère, celle de ligne. Il est inutile d'ajouter que dans sou instruction cette arme n'avait jamais appris qu'à se conserver intacte pour le choc ; que la topographie, l'audace individuelle el les courses lointaines avaient été totalement négligées. Enfin le commandement des corps d'armée et des divisions était exercé par des généraux de même grade, sauf trois maréchaux, qui, parleur expérience de la guerre, se considéraient avec raison couime plus capables que leur commandant en chef. Quelques-uns des généraux chefs des corps d'armée, par suite de fonctions spéciales dans rÉtat, tels que le gouverneur du prince impérial, le commandant de la garde ou les aidesde-camp de l'Empereur, se regardaient comme aussi puissants que les maréchaux, tandis que leurs divisionnaires à leur tour ne voyaient eu eux que des égaux.
quEBjBiE DE 187Q, 9f
Malgré ces fautes et les diffîcullés qu'elles faisaient naître, nos corps s'étaient formés, l'armée était rassemblée, et le 28 juillet l'Empereur se rendait à Metz. Voici quelle était, à la date du 29, la situation de nos forces et de celles de l'ennemi :
Hommep.
l®"" corps, de Strasbourg à Reichshoffen. . . 37 000
2« corps, à Saint-Âvold et Forbach 23 Zi30
3^ corps, à Boulay et Boucheporu 35800
Ix^ corps, à Thion ville et Kedange 26 000
5^ corps, à Sarreguemines et Bitche 23 000
6^ corps, à GhâloDS, Soissons et Paris 29900
7^ corps n'ayant encore réunis ^Beifort que. 9900
Garde, à Metz 20 500
Réserve de cavalerie, à Lunéviile ZilOO
Réserve du génie ZiôO
Total 210000 (1)
Si l'on avait voulu agir avec audace et vigueur, on aurait donc pu, dès cette époque, commencer les hostilités.
Depuis la déclaration de guerre, les Allemands avaient mobilisé toutes leurs troupes et formé trois armées : la première, sous le commandement du général d'infanterie von Steinmetz, se composait du 7^ corps (Weslphalie) et du ,8' (provinces rhénanes); elle devait se concentrer sur la Sarre, entre Trêves et Neunkirchen. La deuxième, sous les ordres du général de cavalerie prince Frédéiic- Charles, comprenait la garde, le 3^ corps (Bi'andebourg), le û*" corps (provinces de Saxe et d'Anhalt), le 9*' corps (Schleswig-Holstein , villes hatiséantiques elMeckleuibourg), le 10' corps (Hanovre, Oldenbourg et Bruns-
(1) Ces cbifires spot oflkiels.
wick), le 12* corps (royaume de Saxe), et devait se concentrer sur la ligne Kreuznach-Worms, de la Nahe au Rhin; la troisième armée, sous les ordres du prince royal , général d'infanterie , comprenait le S** corps (Posen et Liegnitz), le iV (Hesse, Nassau, Saxe-Weimar et Cobourg-Gotha), le 1" et le 2* corps bavarois, le corps badois-wurtembergeois. Elle avait pour lieu de rassemblement Landau. Le 1" corps (Prusse orientale), le 2* (Bromberg et Posen), le 6* (Silésie) et une division du 9% devaient rester dans l'intérieur du pays, pour défendre les côtes et surveiller la^fronlière autrichienne. Cette répartition fut promptement modifiée, quand la Prusse sut qu'elle nous trouverait seuls devant elle ; les troupes laissées en arrière gagnèrent rapidement la France, et furent réparties dans les trois armées. Les corps d'armée allemands furent uniformément composés de 2 divisions à 2 brigades, avec 1 bataillon de chasseurs à pied, 1 bataillon du train, 1 bataillon de pionniers, 1 régiment d'artillerie de campagne et 2 régiments de cavalerie à 4 escadrons, soit :
ËtaUmajor 560
2U bataillons dMnfanterîe 24000
i bataillon, chasseurs 1000
1 bataillon, pionniers 800
1 bataillon du train 1 UbO
1 régiment, artillerie de campagne 3000
2 régiments, cavalerie . . i 200
Total 32010
Quelques corps, la garde, le 9% où entrait la division hessoise, le 12* (saxon), et ceux du sud, s'écartèrent
GUERRE DE 1870, 9â
de cet effectif, le plus souvent en le dépassant. De telle sorte qu'au 6 août, T Allemagne eut en ligne 465 000 hommes ; dès le 11 août, 570 000 hommes; et le 18, 600 000 hommes (1). A la date du 28 juillet, renvoi des troupes sur la frontière avait marché moins rapidement qu'en France, mais la mobilisation suivait néanmoins une marche plus régulière et plus sûre. On signalait sur la Sarre une masse de 40 000 à 60 000 hommes; de grands rassemblements à Manheim, Landau et Rastadt. L^ennemi était donc en voie d'organisation. En réalité, le transport de ses troupes vers la frontière n'avait commencé que le 2â.juillet, et à la date du 25 il n'avait encore dans les provinces rhénanes et le Palatinat que 17 bataillons d'infanterie, dont 7 sur la Sarre, et 11 escadrons de cavalerie. Le âl juillet, deux corps, les T et 8% se trouvaient en marche de Trêves sur Saint-Wendel ; autour d' Alzey, à l'ouest de Mayence, il y avait âà 4 corps, et près de Landau le même nombre. Entre la Sarre et le Rhin, le territoire allemand n'était occupé que par 60 000 à 70000 hommes. Malgré le retard apporté dans l'envoi de nos approvisionnements, nous étions donc en état de prendre l'offensive, de remporter dès le début un succès important et d'occuper le pays ennemi. L'arrivée de l'Empereur fit croire à un mouvement en avant. Il n'en fut rien, et cette inaction inspira aussitôt des doutes sur l'efficacité du plan de campagne. Ce plan, quel était-il en effet et quel pouvait-il être?
(1) Voy, tableau 2.
autrefois une place forte ou une grande ville, maïs bien un embranchement de lignes ferrées. Aussi nos deux premiers points objectifs en 1870 devaient -ils être Neunkirchen dans les provinces rhénanes, et Neustadt dans le Palatinat bavarois. Si, grâce à d'habiles combinaisons tactiques, nos armées avaient triomphé sur ces points et réussi à franchir le Rhin, les objectifs à atteindre par un deuxième effort eussent étéDarmstadt, Francfort, Giessen, et sur la droite, en dehors de la direction générale, Wiirtzbourg; en troisième ligne, Eisenach, Nordhausen, Kreiensen ; en quatrième, Leipzig, Halle et Kôthen, pour essayer ensuite dans une dernière combinaison de passer l'Elbe et d'avoir la voie Hbre jusqu'à Beriin ; mais pour réaliser un pareil plan, il fallait, on le voit, deux ou trois armées, un commandement suprême sûr de ses volontés, des généraux aussi instruits que braves, audacieux, habiles. Ces éléments n'existaient pas. Cependant avec 250 000 à 300 000 hommes, de bons soldats, une tête, on pouvait encore bien des choses.
Une attitude défensive sur les lignes de défense successives qu'on rencontre entre le Rhin et Paris, les Vosges, la Moselle, l'Argonne, la Meuse, l'Aisne et la Marne, était peut-être ce qui convenait le mieux à notre infériorité numérique. Mais avant de se résoudre à la cruelle nécessité de subir l'invasion, il y avait certes un meilleur parti à prendre.
La configuration géographique de notre frontière entre Lauterbourg et Thionville présente au centre un jnas^if montagneux formé par les ramificatiops des
Gt)EïlRE DE 4870. Ô7
Vosges, d^un accès diflScile pour de grandes masses de troupes; à ses extrémités se trouvent deux vallées, la Lauter et la Sarre, qui sont coupées par de nombreuses routes, deux voies ferrées importantes, et dont les versants, parsemés de grands bois, permettent de masquer des concentrations militaires et des préparatifs d'attaque. Ces dispositions naturelles, jointes aux usages tactiques des Allemands de tenter toujours un effort sur les ailes de l'adversaire, devaient nous faire supposer que l'attaque principale serait dirigée sur la Lauter ou sur la Sarre.
Pour nous, le champ d'opérations naturellement indiqué était la rive gauche du Rhin, provinces rhénanes et Palatinat bavarois. On ne pouvait songer à aller au delà dès qu'on s'était aperçu de la supériorité de l'organisation allemande. Il fallait donc y chercher un succès \ sérieux, assez décisif pour en permettre l'occupation, et s'arrêter ensuite en olfrant la paix et en laissant aux populations le droit de se déclarer par un vote pour la France ou l'Allemagne. On aurait eu ainsi tout le preslige de la modération. Pour atteindre ce but, grâce à la rapidité de nos chemins de fer, qui ont pendant les onze premiers jours de la mobilisation fait partir un train militaire de demi-heure en demiheure, il fallait concentrer toute l'armée entre Bitche et Forbach, occupant ainsi le centre de la ligne d'invasion, avec un chemin de fer qui courait sur ses derrièreset deux voies ferrées qui, aboutissant à chacune de ses ailes, offraient un moyen rapide de ravitaillement. Tout d'abord il fallait se renseigner exactement sut* la
3* SÉRIE, TOME XXUI. 7. 7
position et Teffectif de reunemi. Du 28 juillet au 2 août, il n'y avait pas plus de 60 000 hommes sur la Sarre, et 250000 environ entre Landau et Kreuz^ nach. Un premier mouvement ofiensif sur la ligna Sarrebruck-Mayence, avec une conversion à gauche^ pour couper les T" et 8* corps de leur retraite sur Mayence, permettait d'espérer leur destruction, et Toccupation de Neunkircben* L'armée pouvait faire un changement de front, et marcher rapidement sur la ligne Neunkirchen-Manheim (1). Elle avait la chance de couper les noyaux des 2* et â* armées, de surprendre quatre ou cinq corps ennemis en voie de concentration, par suite des probabilités de succès, après lesquels elle restait sans doute maîtresse des points de Kaiserslautern, Kreuznach et des provinces rhénanes ; un nouvel effort pouvait amener une lutte avantageuse contre les masses réunies autour de landau. Un esprit sage eût alors négocié, et, en cas de refus, franchi le Rhin entre MayenceetNanheim, afin de couper en deux les rassemblements effectués sur la rive droite du fleuve. La rapidité de ces opérations pouvait seule donner des gages de victoire, et permettre de désorganiser, dès le début, 200 000 à âOO 000 Allemands.
Les plus simples notions de Tart militaire suffisaient pour déterminer l'autorité supérieure à agir ainsi, car si les progrès modernes ont profondément modifié la stratégie et la tactique, les grands principes qui en
(i) Voy. pi I.
fîUERRB DB 1870. 99
sont les bases n'ont jamais varié, et parmi ceux dont Tapplication en 1870 était évidente, môme pour un homme étranger au métier, il fallait au moins se souvenir de ceux-ci :
« Les petites armées doivent toujours agir en masse.»
« Un général qui, par la rapidité de ses mouvemente » ou r habileté de ses manœuvres, peut mettre en ac- » tion au même instant, et au point principal de Tal- » taque, un plus grand nombre d'hommes que l'en - )» nemi, les troupes étant égales en valeur, doit né- » cessairement remporter la victoire. »
« Le secret de la guerre est dans le secret des com- » municalions, et jamais, quoi qu'on en dise, il ne sera » dans les jambes. Il est tout entier dans la tête qui les » fait mouvoir; une armée peut faire des marches » forcées pendant toute la campagne ; elle n'en sera x> pas moins perdue, si la direction de ses marches » est fautive. »
« Il importe que les premières bases d'un plan de » campagne soient bien combinées et que les principes » de l'art y président; c'est même de ces premières » bases que dépendent les grandes chances, les grands » résultats. »
« Les lignes d'opération ont leur clef comme les » champs de bataille; dans les premières, les grands » points stratégiques sont décisifs, comme les points }» qui dominent la partie faible le sont dans une posi^ » tion de combat (1\ »
(i) Jomini, Traité des grandes opératiangf 1. 1 et III, chap^ vii et x?»
Malheureusement ces principes, ceux qui en découlent, leur application, et par suite la science qui en résulte, semblaient ignorés en France, tandis qu'en Allemagne, les généraux, les officiers subalternes, les gens du peuple même en sont pénétrés et savent apporter dans la lutte la précision, la régularité, Tardeur que ces connaissances entraînent. Cependant, comme on le verra plus tard, et malgré l'exagération de leurs admirateurs, les Allemands ont commis des fautes dont Tarmée française aurait pu profiter, si les siennes ne s'étaient multipliées jusqu'à favoriser leurs desseins.