CHAPITRE m
PREMIÈRES HOSTUilTÉS.
I. — Affaire de Sarrebrûck (2 août). ^ Combat de Wissembourg (h août). — Bataille de Wœrih-Reichshoffen (6 août). ^ Retraite des V^ et 5® corps.
Dans les derniers jours de juillet eurent lieu sur la Sarre et sur la Lauter quelques rencontres de cavalerie qui furent jugées insignifiantes. Elles prouvaient cependant, ou bien que l'ennemi était en force de l'autre côté de la frontière, ou bien que ses démonstrations cherchaient à masquer sa faiblesse momentanée. Il eût été utile d'éclaircir le fait; mais les reconnaissances de cavalerie n'osèrent s'aventurer assez loin pour se renseigner sûrement. On a vu ce qui en était à la date du 25 juillet.
Le 29, Tordre fut donné de se préparer à franchir
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la Sarre le 31 , entre Sarrebrùck et Sarreguemines. Les ^\ 3* et 5* corps furent placés à cet effet sous le commandement du maréchal Bazaine; l'Empereur gardait à sa disposition le 4'' corps qui devait faire une manifestation vers Sarrelouis, et la Garde qui était à Metz. En même temps, les 1*' et T corps recevaient Tordre de se porter de Belfort et Strasbourg sur Haguenau. La dernière partie seule fut exécutée. Le maréchal Bazaine et les commandants de corps firent des représentations sur rimperfection de leurs approvisionnements, notamment des effets de campement, cette partie dubien-être à laquelle on s'était trop habitué. On possédait cependant deshommes et des munitions ; il fallait marcher. L'Empereur, qui n'avait pas en lui-même cette confiance que doit posséder tout chef d'armée, fut ébranlé. On se contenta de fatiguer les troupes dans des allées et venues sans but défini, et de demander partout à grand renfort de télégrammes les effets réclamés. Le trouble, l'indécision, l'incohérence de ces débuts furent inexprimables. Le public en a eu depuis longtemps connaissance. Il est superflu d'y revenir.
Combat de Sarrebrùck^ 2 août. — Cependant, on était impatient, défaut toujours fatal à la guerre. Pour calmer les esprits, et aussi pour paraître exécuter le mouvement projeté le 31, on résolut d'occuper, dans la journée du 2 août, les hauteurs de la rive gauche de la Sarre qui dominent la ville de Sarrebriick.
A cet effet, dès le 1'' août, le 2' corps porta ses
deux premières divisions (Vergé et Bataille) à Forbach; sa 3' (Laveaucoupet) à Œting. Le 3* corps avait transféré son quartier général à Saint- Avold; le /i% à Boulay; le 5' restait à Sarreguemines
Le 2, à dix heures du matin, la division Bataille, soutenue en seconde ligne par la division Laveaucoupet à droite et la division Vergé à gauche, s avance vers Sarrebriick qui était occupé par un bataillon, le 2* du 40* régiment prussien, avec trois escadrons et deux pièces de canon. La 2* brigade occupe Saint- Arnual qui n'était défendu que par une compagnie d'infanterie. Puis, secondée par la 1" brigade, elle se porte sur les hauteurs qui dominent le champ de manœuvres. L'ennemi, après avoir riposté, n'ayant qu'un millier d'hommes à opposer à un corps d'armée de 25000, évacua la ville et se replia avec ses deux canons sur la route de Neunkirchen, sans être inquiété. Sur ces entrefaites l'Empereur et le prince impérial étaient arrivés sur le lieu de l'action ; « Louis avait reçu le baptême du feu. » L'affaire étant terminée, les troupes campèrent sur les hauteurs en face de Sarrebriick, et le major général annonça à Metz ce ridicule début d'hostilités par ces mots : Jolie affaire^ presque sans pertes. Les pertes, de notre côté, étaient de 73, tués et blessés, celles de l'ennemi de 75. Appeler jolie affaire un engagement où nous étions 25 000 contre 1000 ! C'est ainsi que commença cette campagne contre l'ennemi le plus sérieux, le plus fort et le plus haineux que la France ait jamais eu. On ne peut expliquer cette sorte de parade que par la nécessité de
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donner satisfaction à l'opinion publique, en simulant une ouverture d'hostilités, et de voiler ainsi les défectuosités de Toi^anisation. Dans les rangs de Tarmée, elle produisit un triste efTet; on commença à douter de la direction suprême.
Pendant ce temps les forces de Tennemi s'étaient rapidement accrues. Ses troupes affluaient depuis le 23 sur les points de concentration, et chaque jour avait apporté aux effectifs de nouveaux contingents.
Déjà nous avions perdu, à la date du 2 août, la supériorité du nombre, et l'attaque était imminente. Dans l'armée on ne paraissait pas s'en douter, malgré l'avis de quelques officiers. A la date du 3 août, nous avions laissé passer l'instant favorable ; les renseignements recueillis au quartier général ne permettaient plus de doute à cet égard. A ce moment, en effet, les forces ennemies entièrement mobilisées se groupaient comme il suit :
1" armée. — T corps, à Losheim ; 8* corps, à Lebach, ses divisions de cavalerie sur la Sarre.
2* armée, — 5* division de cavalerie à Sarrebriick ; 6' devant Sarreguemines ; 3' corps à Baumbolder^ V corps à Kaiserslautern ; la garde royale, les 9% 10* et 12* corps en arrière, entre Flonheim et Worras.
La 3* armée était rassemblée tout entière autour de Landau (1).
(1) Voy. pL u.
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Il était encore possible, ou bien d'assaillir en force la droite ennemie, ou bien de se masser sur une position défensive et d*empftcher par une résistance énergique rinvasion du territoire.
Au lieu d'agir ainsi, on resta divisé et réparti sur la longue ligne de Strasbourg à Thionville, et le maréchal Mac-Muhon lui-même dispersa ses troupes de Strasbourg à Wissembourg. L'Empereur ou plutôt le major général lui avait signalé dès le 1" août les grands rassemblements ennemis dans le Palatinat, lui prescrivant de se replier s'il était attaqué par des forces supérieures, et lui indiquant comme lignes de retraite les quatre routes qui du Bas-Rhin convergent vers Bitche. Cette mesure était sage, mais le maréchal ne se rendit pas un compte exact de la situation et des forces allemandes, et prit d'autres dispositions. Il envoya d'abord la division Douay se poster seule, en extrême grand'garde, à Wissembourg, de telle façon qu'il était impossible de la secourir, si elle était attaquée. Le 2 août au soir, celte division, partie de Haguenau, et appuyée par la brigade de cavalerie de Septeuil, prit position sur le Geissberg, hauteur au sud-est de Wissembourg, d'où l'on domine la ville et ses abords. Elle avait devant elle la Lauter et la grande route de Wissembourg à Landau, sur la gauche, au-delà de la rivière, les bois de Bergzabern, et sur sa droite, à environ 6 kilomètres, le Bien-wald, forêt qui s'étend jusqu'au Rhin. Au même moment le général Ducrot, avec la 1" division, se trouvait à Wœrth. Les généraux Raoul et Lartigue, avec les 3'' et /i** divisions^ étaient en
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arrière. La cavalerie était répartie entre Soultz, Seltz et Haguenau (1).
Depuis le 2, Tarmée du prince royal était assez complètement organisée pour se mettre en mouvement. Elle comptait 183 000 hommes, répartis comme il suit •
5« corps , 32000
il® corps 32000
!<»' corps bavarois 38000
2^ corps bavarois 32000
Corps badois, wurtembergeols i!i2000
2 divisions de cavalerie 7200
Total 183200
Elle occupait, le 3, les positions suivantes : le 5* corps à Billighem ; le 11* à Rohrbach ; le 1" corps bavarois à Riilzheim; le 2% une division à Bergzabern, formant avant-garde de l'armée, une autre à Landau, les Badois-Wurlembergeois à Rheinzabern, la cavalerie à Môrlheim. L'ordre de mouvement fut donné ce jour môme pour le lendemain.
Combat de Wissembourg^ h août. — Le i août, au point du jour, les troupes allemandes se mirent en marche ; le 5* corps se dirigea droit sur Wissembourg pour attaquer le Geissberg de front; une partie de la division bavaroise (von Bothmer) , qui était à Bergza-* bern, devait attaquer la ville; l'autre, tourner le Geissberg par Weiler, en masquant son mouvement par le bois du même nora;^ le 11* corps devait gagner le Bien-wald, puis, caché par ce rideau, déboucher sur la route de Lauterbourg- Wissembourg et tourner la
(1) Voy. pi. iir.
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position française par sa droite. Les Badois- Wurtembergeois devaient s'emparer de Laulerbourg, la cavalerie s'avancer jusqu'à Ober-Otterbach, et le 1*' corps bavarois former réserve générale à Langen-Kandel (1). Cette marche s'accomplit sans difficulté; et vers neuf heures du matin, au moment où les soldats de la division Douay allaient ep corvée dans la ville et faisaient tranquillement leur soupe, ils furent surpris par Tennemi. Dans une guerre aussi grave, en présence d'un ennemi redoutable, lorsqu'on savait d'ailleurs qu'on n'était pas protégé au loin par des reconnaissances de cavalerie, on n'organisa même pas un service de grand'garde suffisant pour avoir le temps de prendre les armes en cas d'attaque 1 Sans doute le soldat se fiait à la vigilance du chef, celui-ci à celle du soldat, et chacun se disait que, suivant le cas, on se débrouillerait. Funeste conséquence de nos habitudes d'Afrique, de notre vanité militaire, des négligences de notre instruction pratique ! Ainsi , le 4 août , nos soldats furent surpris en plein bivouac, et pendant toute la campagne il en sera ainsi. On n'eut pas le temps de plier les tentes ; on courut aux faisceaux, et le combat commença, pendant que l'ennemi bombardait Wissembourg des hauteurs de Schwei{5en. La division Douay avait l'avantage de la position ; son chef était vaillant ; ellelutta vigoureusement contre les troupes huitfois plus nombreuses qui l'attaquaient. Mais bientôt le général Douay fut tué, Wissembourg pris ; le 11* corps apparaissait sur la droite ; d'autres colonnes débouchaient de
(i) Voy. pL IlL
Veiler ; après une résistance opiniâtre autour du château de Geissberg, il fallut battre en retraite sous peine d'avoir ses communications coupées; elle s'opéra en bon ordre par la route de Soultz, protégée par l'artillerie , qui laissa un canon aux mains de l'ennemi. Celui-ci n'activa pas la poursuite; il campa sur le terrain conquis, pendant que la gauche de son armée, composée des Badois et Wurteinbergeois, franchissant la Lauter, campait aussi sur ses rives. L'invasion était commencée! Le h août 1870, date funèbre pour tous les hommes témoins de nos désastres, souvenir douloureux qui restera gravé dans nos cœurs et qui commence la longue liste de malheurs inscrite dans cette triste page de notre histoire !
Le combat de Wissembourg avait été sanglant. La division Douay comptait l'200 hommes hors de combat; elle avait perdu son chef, un millier de prisonniers, un canon et tousses bagages; Tennemi ne comptait que 700 tués ou blessés.
Nous avions eu en ligne :
1 division d'Infanterie 8000 li.
1 brigade de cavalerie 1000
Total 9000 h.
L'ennemi avait engagé :
Le 5« corps 82000
Le il® corps 32000
La division bavaroise (von Botlimer) 16000
Total 80000 h.
Le général Douay s'était donc batt^j^coptre 8. En ,
comptant plus rigoureusement et en négligeant les troupes chargées des mouvements tournants, il avait eu contre lui :
Le 5« corps 32000 h.
Une brigade bavaroise 8000
Total 40000 h.
Soit près de 1 contre 5.
Si Ton peut reprocher au brave et infortuné gênénéral qui succomba glorieusement de n'avoir pas su se garder, il faut reconnaître aussi que cette malheureuse affaire fut le résultat d'autres inconséquences. On avait commis une faute grave en isolant une division devant un ennemi supérieur en nombre. Elle ne pouvait être placée ainsi que pour remplir le rôle d'avantgarde d'une armée prête à entreprendre un mouvement offensif. Dans ce cas, elle aurait dû être accompagnée, en proportion suffisante, de troupes de toutes armes. Mais, vu les forces de l'ennemi et leur degré de concentration, renseignement qu'il fallait connaître avant de faire un pas en avant , la division Douay ne pouvait avoir à Wissembourg qu'un rôle de grand'garde ; par conséquent^ elle devait éviter le combat et se replier vers le corps principal ; et, dans ce cas encore, il fallait que sa brigade de cavalerie surveillât la frontière, prête à couvrir sa retraite. Enfin, lorsque le général Douay prévint son chef direct, le 3 au soir, de l'approche des Prussiens en masses compactes, ou eut le tort de lui prescrire formellement le combat. Telles furent les causes de notre premier échec.
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On devine aisément la triste impression qu^il fit sur l'armée et sur le pays. Après les fautes stratégiques du début, venaient les fautes tactiques. On pouvait déjà prévoir le sombre avenir qui nous attendait. L'organisation^ les effectifs^ la science militaire, l'instruction pratique, les vivres mêmes et les munitions manquaient. On n'avait le temps de réparer aucune de ces défectuosités. La victoire était assurée à l'ennemi pour tout le reste de la campagne. Quelques esprits ne s'y trompèrent pas; et, après avoir pressenti nos désastres avant la déclaration de guerre, ils en furent désormais convaincus.
Le maréchal Mac-Mahon essaya cependant de réparer ce revers ; mais des renseignements divers font supposer que lui-même, à partir de ce moment, se fit peu d'illusion. Dans la journée du &, il avait porté son quartier général à Haguenau ; la 1'* division (Ducrot) s'était établie à Lembach, occupant la position placée un peu au sud de Nothweiier; la 3' division (Raoul) était à ReichshofFen ; la !• division (Larligue), moins un régiment, le 87* qui avait été laissé à Strasbourg, était à Haguenau ; la cavalerie à Seltz, Haguenau et Brumath. L'Empereur venait de mettre à la disposition du maréchal le 5* corps (de Failly) ; le T et la 2' division de cavalerie de réserve y étaient déjà. Si ces trois corps eussent été au complet, ils auraient pu, réunis, former une masse de 100 000 hommes ; il y avait dans le premier les troupes les plus solides de l'armée ; leur chef inspirait une grande confiance, il possédait de l'expérience, une bravoure incontestée,
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une énergie rare, du coup d'œil et cette ténacité si précieuse sur les champs de bataille. La ?>^ armée allemande pouvait donc être arrêtée; mais les défauts de notre organisation, de nos approvisionnements, un commandement en chef mal établi annihilèrent ces faibles chances. Le maréchal Mac-Mahon appela à lui immédiatement une division du 7' corps, celle du général .Gonseil'Dumesnil ; la 2^ allait occuper Mulhouse, et la o* était encore en formation à Lyon. En même temps, le k dans l'après midi, le 5* corps recul de l'Empereur l'ordre de porter ses deux divisions à l'appui de celle qui était à Bitche. Quant au maréchal, averti de cette disposition, il adressa, le 5, au général de Failly la dépêche suivante, qui ne semblait pas pressentir la bataille du lendemain : « Faites-moi connaître que/ Jour et par où vous me rallierez; il est indispensable que nous réglions nos opérations (Jl ). » Le commandant du 6* corps, ne jugeant sans doute pas plus que son chef qu'il y avait urgence, répondit que sa division de Lespart partirait de Bitche le 6 au matin, et que les autres suivraient. Malheureusement, il les avait échelonnées Tune derrière l'autre sur Tunique route de Sarreguemines à Wœrth par Bitche, laissant à Sarreguemines la brigade Lapassel. Le général de Failly ne pouvait du reste deviner la nécessité de diriger ses troupes à marche forcée et par tous les chemins possibles sur Wœrth, puisque le billet du maréchal, reçu le 6 à deux heures de l'après-midi, ne portait encore que
(1) Opérations et marches du 5* corps j par le géoéral de FalU|f,
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ces mots : * Envoyez le plus tôt possible une division à Philipsbourg et tenez les autres prêtes à marcher. »
Le malheur dans ces dispositions venait donc de ce que le maréchal, au matin même du 6 août, ne se doutait pas encore de la lutte qu'il allait avoir à soutenir. Cette ignorance, causée par une insuffisance de renseignements sur le nombre et la position de Teonemi, avait porté le commandant du 1" corps à con^ centrer ses divisions sur le Sauerbach, afin d'exécuter, de concert avec le 5' corps, le 7 août, un mouvement en avant sur le flanc droit des Prussiens. Étrange comr binaison qui l'amenait à manœuvrer sans tenir compte des ressources et des projets de son adversaire. Aussi l'attaque imprévue de celui-ci allait-elle faire échouer son plan.
Bataille de Wœrth Reichshoffen. 6 août. — Aux environs de Frœschwiller , sur la rive droite de la Sauer, se trouve une bonne position défensive comprise entre Langensulzbach au nord et Morsbronn au sud, dominant la vallée de la Sauer et couvrant en arrière les routes de Wœrth et de Haguenau à Bitche. En face, sur la rive gauche, se trouve le Gunstett, plateau assez élevé et assez large pour servir de point d'appui à une attaque contre la position de Frœschwiller, ou pour concourir avec elle à intercepter la route de Wœrth à Haguenau. Le maréchal rassembla sur ces emplacements, le 5, une partie des troupes dont il disposait : la 1'" division, à KUmbach; la 2% qui avait rallié le reste du 1" corps, à Malstall; la 3% à Wœrth;
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la li\ à Gunstetl; les réserves et la cavalerie, au sud de Frœschwiller ; la 2' division de cavalerie de réserve, à Brumath. Le même jour, la 1" division du 5* corps atteignait la ferme de Freidenberg,etla2%Rhorbach.
Le lendemain, 6 août, ne jugeant pas que ses forces lui permettaient d'adopter un front aussi étendu, et en raison de la proximité de l'ennemi , le maréchal rectifia sa position. La 1" division (Ducrol) plaça sa droite en avant de Frœschwiller, la gauche obliquant vers Reichshoffen , ayant des postes à Neehwiller et Jœgerthal ; la 3* (Raoul) occupa les abords de Frœschwiller et d'Elsashausen ; la 4* (Lartigue) quitta le Gunstett et s'établit en face de ce plateau , la droite face à Morsbronn. La 1'* division (Conseil-Dumesnil) du T corps, arrivée de grand matin, fut placée en seconde ligne derrière la 4* division, ayant à sa gauche la 2% qui avait combattu à Wissembourg. En arrière de cette ligne se trouvaient les brigades de cavalerie de Septeuil et Michel, ainsi que la division de cavalerie de réserve du général Bonnemains (1).
Après avoir campé, le 4 au soir , sur la rive droite de la Lauter, Tarmée du prince royal s'était mise aussitôt en mouvement. Le 5* corps prit sa direction sur Wœrth, par le sud-est du Hoch-Wald, vers Roth et Preuschdorf, suivi par le 1" corps bavarois; le 2* s'avança de Wissembourg sur Lembach et Frœschwiller; le 11* corps, suivi de la division wurtembergeoise, marchait vers Soultz , et de là sur Wœrth ; là division badoise, partie de Lauterbourg, devait gagner
(i) Voy. pi. IV.
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Seltz et se diriger ensuite sur Wœrlh ; la cavalerie de réserve appuyait le mouvement.
' Le 6 au matin, toute Tarmée allemande, forte de 10 divisions d'infanterie, allait heurter nos 5 divisions, dont une, la 2% était déjà fortement éprouvée, et tandis que ces 10 divisions se déployaient pour nous envelopper, elles allaient nous trouver sur un front rétréci de 3 divisions seulement. L'armée de Mac- Mahon comptait :
i i^' corps diminué du S?** et des peiies ûaU 37500h^
Cavalerie de réserve. .v :\ .2606
l^e division du 7® corps, encore très-faible, environ. . . . r» .6000 t
, Tolal Û6100h.
L'armée du prince royal devait en avoir 160 000 sur le champ de bataille. La France allait combattre dans la proportion d'un contre quatre environ. D'après la direction suivie par les Allemands, le premier choc devait avoir lieu sur notre gauche. C'est ce qui arriva en effet.
La division von Bothmer du 2* corps bavarois déboucha la première par Langensulzbach, et suivant les principes de la tactique allemande d'attaquer Tennemi partout où on !e renconti*e, elle engagea aussitôt l'action contre la division Ducrot. A peu près au même moment, le 5* corps, débouchant par Gœrsdorf, marchait droit sur Wœrth, et prononçait son attaque sur la division Raoul, qui formait notre centre. Dès le matin, le maréchal Mac-Mahon, informé de ce qui se passait à sa gauche, s'y porta rapidement pour juger la situation. Il crut à iine reconnaissance ofien*- .V SÉRIE. TOME xxm. 8, 3
lift OlJEftllË DE 4870.
sive, omnceuvre que les^russiens pratiquent raremfflt^^
t / P y^^ fl"^ ^^^S^ éclaireurs et leurs espioDsJjga^rgBt^ ^ / l^eigfiSit toujou^ suffisamment sur la force et^la f ^'^STtroti de leurs adversaires. Le maréchal ne tarda >^"pasâu reste à être défrompeT Vers huit heures, Tâolion était devenue générale sur le front des 1'*" et S'' divisions ; la canonnade et la fusillade avaient pris une intensité violente. L'ennemi essayait évidemment de tourner notre gauche, pendant qu'une attaque vigoureuse se dessinait sur le centre. Au moyen d^un changement de front, le général Ducrot parvint à contenir ses efforts ; il en fut de même au centre, et vers midi, la lutte se soutenait assez énergiquement pour qu'il fût encore possible de conserver quelque espoir; mais à ce mQment le 11* corps et la division wurtembei^eoise apparurent en masses profondes sur le Gunstetty et se lancèrent avec entrain contre notre droite et le village d'Ësashausen qui lui servait de point d'appui. La division badoise marchait aussi au canon ^ mais, trop éloignée, elle ne devait pas arriver à temps sur le champ de bataille.
L'artillerie ennemie qui, dès le début, avait surpris nos troupes par la précision, la portée de son tir, et cette grêle de projectiles qu'elle devait à sa supériorité numérique, forma en face de notre droite une batterie de 60 pièces qui l'accabla d'obus. Le maréchal, en voyant une attaque aussi redoutable, comprit qu'il allait être débordé, et redoubla d'énergie. Le combat devint acharné et sanglant ; nos réserves furent engagées ; la division Conseit-Dumesnit fit plusieurs retours
QUfifiRB DE 1870. fl5
offensifs; notre artillerie déploya tous ses moyens; la cavalerie et particulièrement les cuirassiers du général Bonnemains se lancèrentà corps perdu sur Fennemi. Tous ces efforts furent vains ; nos adversaires, grâce à leur nombre, allaient triompher d'une résistance opiniâtre qui durait, malgré des pertes énormes, depuis huit heures. Bientôt notre droite fut tournée, notre ligue de retraite menacée, et nos troupes prises en flanc, accablées par les projectiles, n'obéissant plus à cette voix du chef qui, dans de pareils moments, doit en imposer au trépas lui-même, fuyaient débandées dans tous les sens. Il est quatre heures. Le spectacle est navrant : nos masses affolées se dirigent sur Reichshoffen, et sans s'apercevoir que leur agglomération est une nouvelle chance de mort, s'entassent à l'entrée du village. « Tous les corps confondus forment une » cohue sans nom ; l'ennemi a gagné du terrain, et ses » projectiles, sifflant un grondement sinistre au milieu » de cette foule, y creusent des sillons sanglants ; le » terrain que nous traversons est couvert de mourants » et de blessés. Ceux-ci, les plus malheureux, nous » supplient de ne pas les abandonner et de les empor^ » ter. Que faire î Le cœur déchiré, on détourne les » yeux, on cherche à éviter un pareil spectacle; il se » reproduit à chaque pas (1). »
Le maréchal apparaît au milieu de ce sombre tableau et désigne Saverne comme point de ralliement»
(1) Extrait du carnet du commandant DaYid du 45^^ tué le Si août, près de Sedan.
On avaitencore huit lieues à parcourir. La nuit s'étendait déjà sur le champ de bataille. Vers cinq heures du soir, la division Guyot de Lespart était arrivée sur le lieu du combat : la déroute avait commencé, et on ne pouvait songer à l'arrêter. Elle prit position sur les hauteurs entre Reischshoflfen et Niederbronn ; cette circonstance favorisa la retraite, et Tennemi, n'appréciant peut-être pas encore toute l'étendue do son succès, contenu par la vigueur de la résistance, ne voulant pas non plus s'avancer dans Tintérieur du pays sans rester lié sur sa droite avec la 2* armée, n'accentua pas la poursuite.
La bataille de Wœrth était complètement perdue. Nous avions environ 4000 hommes hors de combat, un général tué, le général Colson, chef d'étal-major du maréchal, et le général Raoul mortellement blessé. Les Allemands en comptaient près de 8000, dont le général von Bose, chef du 11* corps ; ils nous firent, en outre, d'après leurs assertions, près de 6000 prisonniers, dont 100 officiers, et s'emparèrent de 35 canons, 6 mitrailleuses, 2 drapeaux, de presque tous les bagages du parc de réserve du 1" corps, de la réserve d'artillerie de la division Conseil-Dumesnil, et de 2 convois d'approvisionnements laissés dans la gare de Haguenau.
Pendant que ce désastre s'accomplissait, le général de Failly du 5* corps, qui était arrivé à Bilche, redoutant une attaque du côté de Deux -Ponts, avait envoyé à ses divisions Gozeet l'Abadie Tordre de suspendre leur marche. La dépèche du maréchal, reçue à deux heures
de l'après-midi, ne lui demandait que Tenvoi d'uue division à Philipsbourg ; il laissa en conséquence !a division de Lespart continuer son mouvement, et par suite, au lieu de s'arrêter à Philipsbourg, elle put pousser jusqu'au-delà de Niederbronn. Dans cette journée, le 5* corps, dont le chef a été faussement accusé par une opinion aveugle de refus d'obéissance , s'était trouvé dans une position critique, sans ordres précis, engagé sur ses deux ailes à Niederbronn et à Sarreguemines, et menacé sur son front. Le soir, à cinq heures, une dépêche lui apprit à la fois la perte de la bataille de Wœrth et l'interception sur ses derrières de la voie ferrée, entre Sarreguemines et Bitche. Sa situation était devenue plus périlleuse encore. Le général de Failly, qui n'avait plus sous la main que trois brigades, assembla un conseil de guerre qui décida la retraite immédiate parla seule route restée libre, celle de la Petite-Pierre. Avant de suivre dans leur retraite précipitée les troupes de ces différents corps, il est indispensable d'arrêter son attention sur les événements de cette journée. Il est à remarquer que le commandant du 5** corps, malgré les accusations dont il a été l'objet, avait exécuté les ordres qui lui étaient transmis, et fait, par conséquent, son devoir. Les causes de la défaite se trouvent dans les ordres eux-mêmes, dans l'absence de renseignements précis sur les nM)uvements de l'ennemi, et enfin dans sa supériorité numérique, qui lui permit de menacer en force, au même instant, les abords de la Sarre, les environs de Bitche, et la position de Wœrth. On ne savait pas assez dans l'armée
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française que les troupes allemandes sont celles qui o£Prent le plus de facilité en campagne pour recueillir des indications précises sur leur nombre, puisque la couleur de la patte d'épaule d'un prisonnier suffit à indiquer un corps d'armée tout entier. Malgré le rideau de cayalerie dont elles se couvrent, il était donc aisé au 1 ** corps français d'évaluer les effectifs que lui opposait la 3° armée prussienne. Lui tenir tête, dans une position à découvert, avec àOOOO hommes était impossible; en y ajoutant les 26000 du général de Failly, il n'y avait guère plus de chances. Il fallait donc se replier sur des forces supérieures, ou sur une position favorable à la défensive où des renforts suffisants eussent pu nous rejoindre. D'autre part, en Alsace, quand le Rhin ou la Lauter sont franchis, il n'y a plus qu'une ligne de défense, celle des Vosges, ligne excellente, difficile à traverser, et que la tradition nationale, aussi bien que les lois de la stratégie, font un devoir de défendre k outrance. C'était par conséquent sur les Vosgesetautour de leurs passages quelel*' corps français devait se placer, ralliant les 5® et T corps, et se bornant à empêcher l'ennemi de franchir cette barrière.
Il est probable que silecommandemeui avait connu la vérité sur la situation, il eût agi ainsi. Quant au 5* corps, on peut lui reprocher de n'avoir pas su marcher au canon ; mais l'eût-ilfait, il n'aurait modifié les conséquences du combat de Wœrlh que pour les aggraver.
Quant à la possibilité de défendre les Vosges, la su-
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périorité numérique constitue dans les combats un avantage tellement considérable, qu'à moins d'une bataille gagnée dans une position fortifiée, et avec 100 000 hommes au moins sous la main, le maréchal Mac-Mahon n'aurait peut-être pas réussi dans cette entreprise. L'ennemi, grâce à ses efiFectifs et à son habileté pratique, serait parvenu tôt ou tard à tourner cette ligne de défense avec un ou deux de ses corps, pendant que les autres auraient fait une démonstra-tion vigoureuse de front, sur un point déterminé de cette même ligne.
Malgré ce danger, du moment où Ton avait laissé passer le moment de prendre l'offensive, il n'y avait pas d'autre parti à adopter pour les 1", 5* et T corps. Avec l'appui de l'armée de Metz et une activité analogue à celle de Bonaparte en 1796, le succès était encore possible.
Au lieu de cela, noire désastre était complet. Le 7, au matin, 20 000 hommes environ du 1*' copps encombraient Saverne, 2000 avaient gagné Strasbourg, âOOO à 4000 étaient rentrés à Bitche, puis repartis avec le 5' corps pour la Petite-Pierre. Ce qui restait encore errait épuisé et débandé, essayant de retrouver des forces pour gagner les groupes principaux. Et ces troupes auxquelles on n'osait demander pour marcher au combat que des étapes de 10 à 15 kilomètres, avaient parcouru, du matin du 6 à celui du 7, plus de 1:2 lieues, en tenant compte des mouvements de la bataille. Elles allaient désormais marcher sans s'arrê^ ter jusqu'à la Qu du mois. Ce qui montre une fois de
plus qu'en stratégie, un des grands avantages de l'offensive, c'est d'imposer son plan de campagne à la défensive, et de lui ôter sa liberté d'action. Depuis Frédéric II, ce principe est devenu une loi pour les Prussiens. S'ils n'ont pu l'appliquer en 1806, par suite de leur manque d'unité dans le commandement et de la promptitude de Napoléon I", ils l'avaient déjà remis en vigueur dès 1813. En 1864 et 1866, ils en ont \ donné des exemples frappants, et leur organisation militaire a eu principalement pour but de pouvoir l'appliquer en tout temps et le plus vite possible.
La défaite du maréchal Mac-Mahon à Wœrth entraîna l'abandon de FAlsace et des Vosges, et cette évacuation se fit en désordre. L'esprit des chefs semblait frappé comme celui des soldats. Lafermetédans^ Ja défaite est certainement une qualité qui mangue souvent au caractère français; la prévoyance dans l'hypothèse d'un semblable événement, lui fait aussi défaut. Et cependant, il peut et il doit les acquérir. L'histoire abonde en leçons de ce genre, et pour en profiter, il suflBt de le vouloir, car l'ordre dans les retraites n'est; après tout, qu'une question de sang-froid dans le commandement, et de discipline dans la troupe.
Le 7 août, le 1*' et le 5* corps étaient déjà en pleine marche rétrograde. Le 7% auquel il ne restait qu'une division, la 2* (général Liébert), l'avait dirigée la veille sur Mulhouse par suite d'un avis qui signalait une concentration ennemie à l^orrach. Il n'y avait là, en réalité, que de faibles détachements wurtembergëois chargés de faire des démonstrations dans la
Forêt-Noire, pour nous inquiéter. Le général Douay (Félix) qui commandait le corps, frère du général tué à Wissembourg, reçut le 7, de bonne heure, Tavis de la défaite de Wœrth, et Tordre deTEmpereur de jeter une de ses divisions dans Strasbourg et de couvrir Belfort avec les deux autres. Quoique cet ordre soit resté sans effet, il est difficile à expliquer ; car les situations et les rapports reçus le 6 au soir au grand quartier général indiquaient que la division Conseii-Dumesnil ' avait combattu à Wœrth, et que Ja 3* division (Dûment) du T corps était encore en formation à Lyon; En vertu de ces indications, la 2* division partit de Mulhouse avec une précipitation qui commença à ébranler le moral du soldat, et regagna Bel fort, où là 3** la rejoignit le 13. Ces troupes furent activement employées à mettre en état de défense les forts extéf rieurs, qui n'étaient qu'ébauchés.
La marche des 1" et 5* corps, de Bitche etSaverne jusqu'à Châlons, s'effectua hâtivement et en désordre; sur les directions suivantes :