‹ Histoire de la guerre de 1870Chapitre 8 sur 37 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

7 août. .

Saverne.

La Petite- Pierre.

Sarrebourg.

Lixheim,

BlamonC.

Sarrebourg.

Lunéville.

Avricourt.

BayoD.

Lunéville.

Haroué.

Bayon.

Vicherey.

Gbarmes.

ik — ..

Neufchâtcau.

Mirecourt.

Lel« en

'' corps s'embarque chemin de fer.

Neufchâteam

Cbâlons.

Rimaucourt.

. Chaumont.

Le 5 en

« corps s'embarque chemin de fer.

20^». .••..«• Ghftlons.

V22 GUEBEE DE 1870.

On est en droit de considérer la retraite de ces deux corps sur Châlons comme une nouvelle faute stratégique. Certes, quand une armée a subi une défaite comme celle de Wœrth, perdant ses bagages et ses munitions, il lui faut, pour se réorganiser, un point d'appui solide et à l'abri des coups de Tennemi, Mais était-ce une raison pour reculer pendant 70 lieues, laisser l'ennemi pénétrer au cœur du pays, et gagner un point sans abri ni moyen de défense, après un long circuit excentrique vers le sud, en abandonnant à la 3' armée allemande la ligne cmrecte de Nancy à Châlons?

Il ne pouvait y avoir à cette marche sur Châlons qu'un motif plausible, celui d'entraîner à sa suite Tarmée ennemie, peut-être une partie de la 2' armée qui aurait cherché à se trouver en relation constante avec elle, et permettre ainsi à la masse principale de troupes françaises rassemblée sous Metz de battre près de cette ville la partie des masses ennemies laissées en arrière.

Cette combinaison pouvait peut-être réussir; mais pour cela il fallait compter sur l'imprudence des chefs prussiens et s'inspirer d'une audace désespérée, deux sentiments qui n'existaient pas.

Deux partis plus raisonnables s'offraient au maréchal Mac-Mahon : la retraite sur Metz, soit par Bitche, soit par la rive gauche de la Moselle, ou bien la retraite sur Belfort. Tous les deux avaient l'avantage de retarder |[es progrès de l'invasion'. Le premier n'aurait certes pas empêché l'ennemi de nous couper de l'intérieur de la France et de tenter de bloquer nos troupes autour de Metz ; mais il apportait

GUEaRE DE 1870. 123

au maréchal Bazaine un renfort de /i5000 hommes qu'on pouvait refaire en quelques jours ; il obligeait Tarmée du Rhin à agir en masse, conformément aux règles de.rart; il permettait à cette armée réunie tout entière, soit de manœuvrer autour de Metz pour y livrer deux ou trois grandes batailles, soit de se poster sur la longue ligne de la Moselle, de Thion ^ ville à Nancy, et de s'y maintenir en usant les efforts de l'ennemi.

Le second parti, la retraite sur Belfort et la concentration sur ce point de trois de nos corps, avait l'avantage d'obliger l'adversaire dès le début à diviser ses masses, et d'arrêter sa marche vers l'intérieur du pajs.

Il hii était impossible en effet de pénétrer plus avant, en laissant deux armées importantes appuyées sur des places fortes, menacer ses lignes de communication.

A Belfort, le maréchal Mac-Mahon aurait pu rallier ses troupes, remonter leur moral, recevoir les renforts du midi, organiser peut-être un nouveau corps, et, établi sur une ligne rapidement fortifiée, disputer le terrain à la â* armée. Le moindre succès à Metz ou à Belfort aurait entraîné la jonction cU) nos deux masses, la reprise de la ligne des Vosges et la délivrance de Strasbourg.

Toutes ces considérations méritaient que l'esprit s'y arrêtât, pour en peser la valeur et se fixer à la meilleure. Malheureusement, ni nos chefs, ni nos soldats n'avaient su se familiariser d'avance avec l'idée de la défaite et avec les mesures de prévoyance qu'elle en-

tratne. Vaincus, nous n'avons su que reculer sans plan raisonné, sans résolution énergique, sans ordre. Puisse au moins cette leçon, comme les autres, nous profiter dans Tavenir! Toutefois, il importe de ne.pas imputer la faute de la retraite sur Chàlons au maréchal Mac- Mahon. Elle retombe tout entière sur l'Empereur, qui prescrivit Nancy et plus tard Châlons comme point de ralliement des 1", 5° et T corps. Il ne se douta pas que les deux premiers, atteignant la Moselle le 12, pouvaient gagner Metz par la rive gauche le 1 û , puisque ce fut ce jour-là seulement que les avant-gardes allemandes arrivèrent sur cette rivière.

Avant de revenir aux opérations accomplies à la même époque par l'armée de Metz, il est curieux d'étudier la marche de l'armée du Prince royal après la bataille de Wœrth. Le succès des Allemands sur notre droite était si complet, les prises faites et la vue même de notre retraite montraient un tel désarroi, qu'on devait s'atlendre avoir le vainqueur appliquer immédiatement ce principe de Tart militaire : se disperser pour la poursuite, après s'être rassemblé pour le combat. Bien au contraire, l'armée du Prince royal ne s'occupa nullement de poursuivre Mac-Mahon, pas même de le suivre.

Le 7, en effet, les deux corps bavarois et le 11* sont rassemblés autour lie Niederbronn ; le 5* est revenu à Soullz, les Badois-Wurtembergeois sont à Reichshoffen et Haguenau. Le lendemain 8, le 5* et lell'' sont réunis à Haguenau, avec la division wurtembergeoise, le l"bavarois àïngweileroù il fait séjour le 9 ; et le 2* ba-

GUERRE DE 1870. i25

varois arrive à Bitche, où il reste également le 9; les Badois sont à Brumath,

Enfin le 10 et le 11, pendant que nos 1" et 5* corps arrivent à Lunéville, l'armée royale occupe les positions suivantes: 5* et 11* corps, à Saverne le 10, à Sarrebourg le 11 ; le 1*' bavarois, à la Petite-Pierre et à Diemeringen ; le 2% à Lichtemberg et à Sarrunion; c'est-à-dire sur des directions opposées à la ligne de retraite des 1 " et 5* corps français. Les Badois arrivent devant Strasbourg le 10. — Le 6* corps (Silésie), laissé au début de la guerre sur la frontière autrichienne, rejoignit la 3"* armée le 11 et occupa ce jourlà Niederbronn. Un fait qui montre plus clairement encore quels étaient les projets de la 3* armée, c'est sa position autour de Lunéville et de Nancy le 16, jour où Mac-Mahon arrivait à Châlons et où Bazaine livrait la bataille de Rezon ville (Mars-la-Tour pour les Allemands) .

Enfin le 18, jour de la bataille d'ÂmanvillierS; appelée Gravelotte par les Allemands, le 5* corps seul a poussé jusqu'à Ligny; le 6* est arrêté à Nancy depuis la veille; le 11% le 1" et le 2* bavarois sont remontés vers le Nord, les deux premiers atteignant VigneuUes, le dernier, Thiaucourt.

Il est donc évident qu'au lieu de chercher à pour-r suivre les vaincus de Wœrth, la 3* armée n'a eu qu'une pensée, rester liée avec la 2* et la 1", en leur servant de réserve. On a beaucoup vanté les conceptions stratégiques des Allemands, et eux-mêmes, avec cet orgueil inouï qui n'est comparable qu'à leurs fue urs sanguinaires et à leur rapacité, n'hésitent pas à

porter aux nues le génie de leurs chefs. H est temps aujourd'hui de constater les défauts et les qualités de chacun, de reconnaître le talent de nos adversaires, mais aussi de l'apprécier à sa juste valeur.

La pensée qui a empêché la S' armée de se livrer à la poursuite rapide de nos débris pour se maintenir liée à la 2% est peut-être une mesure de prudence, mais à coup sûr de prudence excessive qui équivaut à une faute. Les vainqueurs de Wœrth ont pu croire jusqu'au 7 que Mac-Mahon et de Failly s'étaient repliés sur Bitche et Metz ; mais dès ce jour, leur cavalerie à pu les renseigner sur notre direction et sur Tétat de nos troupes. Il est certain que les trente-cinq régiments de cavalerie dont ils disposaient, accompagnés de leur artillerie légère, et suivis de près seulement par deux corps d'armée, pouvaient et devaient anéantir les débris de Mac-Mahon et de Failly, avant que ceux-ci aient pu atteindre la Marne. Ils n'ont donc pas su profiter de la victoire, et ce qui les en a empêchés^ c'est la crainte de ne pas être assez nombreux, et de se séparer en deux masses, qui seraient cependant restées bien supérieures aux forces françaises placées devant elles. Leur stratégie a donc pour premier principe de rester le plus nombreux possible devant un adversaire le «plus f^iible possible. Qu'eussent-ils fait si nous avions eu comme eux en ligne, à ce moment, seize corps d'armée complets, soit 580000 k 600000 hommes?

11 est douteux qu'ils aient réussi à concentrer silr le point décisif des forces supérieures. Certes le talent d'un général en chef réside bien dans l'application de cette

loi; on nepeutnier que les Allemands ne lui soient restés fldèles avec une rapidité de mouvements et une habileté de manœuvres très-grandes ; mais ce qui est certain aussi, c'est qu'étant donnée leur supériorité numérique du double ou du triple, ils devaient arriver au succès beaucoup plus tôt. Après Wœrlh, si leurs vaincus leur ont échappé et ont pu reconstituer la malheureuse armée qui est tombée à Sedan, ce fut leur faute. Ayant déjà en face des cinq corps de Bazaine les dix corps de Frédéric-Charles et de Steinmetz, il est surprenant qu'ils n'aient pas osé lancer les cinq corps disponibles de la â* armée, ou tout au moins deux d'entre eux contre deux corps français en déroute. Agir ainsi, c'est se fier uniquement à la force numérique ; on peut de la sorte mener à bien des opérations de guerre, obtenir même des résultats immenses; mais incontestableraenl la gloire est moindre, et le génie se réduit aux proportions d'un talent sérieux, froid, attentif, persévérant, mais ordinaire.

Page 1