PREMIÈRES LUTTES CONTRE L’EPISCOPAT
La doctrine de Luther avait à peine pénétré dans la ville par des chapelains prédicateurs, dont le principal se nommait Cansen, que le peuple de Munster s’attroupait devant les couvents et les menaçait de pillage.
Voici, d’après Kerstenbrok, un échantillon des discours de Cansen.
« Pourquoi restez-vous là comme des gens en- » dormis? Ne savez-vous pas que nous aurons
* bientôt ce noble joyau, qu’on appelle : Liberté, » et dont tout un chacun, par la loi de la nature, » doit jouir? »
« N’avez-vous rien entendu encore de la nouvelle » que les ténèbres de l’erreur seront chassées sous
* peu et que la lumière de l’Evangile, étouffée par » l’orgueil et la rapacité des papistes, va enfin luire » pour le peuple? Ne savez-vous pas ou plutôt » sachez que leurs scélératesses sont enfin démas- » quées et que ç’en est fini de l’esclavage qu’ils nous » ont imposé depuis des siècles!! »
Ce que le peuple reprochait aux couvents, c’était
d’avoir monté des métiers de tissage pour laine et fil, concurrence contre laquelle il ne pouvait lutter et de faire engraisser sur les prairies communes, appartenant aux couvents, une grande quantité de bœufs vendus au marché; concurrence qui détruisait le commerce des engraisseurs laïques de la ville.
Le Conseil , ainsi se nomma le gouvernement de la ville, ordonna au couvent de femmes Nitzink de faire démonter tous les métiers, et pendant qu’un menuisier fut envoyé pour les démonter, le peuple en masse pénétra dans l’IIôtel-de-Ville. Le Conseil lui députa quatre conseillers des plus populaires pour lui demander de formuler ses plaintes par écrit, en promettant de les prendre en sérieuse considération, et lui intima l'ordre de se retirer paisiblement. Ce fut dans le mois de mars 1525, deux mois avant la défaite de Munzer à Frankenhausen. Le peuple se retira, mais trois jours après il présenta les articles suivants, contenant ses plaintes et ses demandes. Ces articles sont curieux à plus d’un titre. On verra, qu’après trois siècles de guerres et de révolutions, grandnombre de ces griefs existent encore dans plusieurs pays catholiques, qui se piquent d’être à la tête de la civilisation.
Premièrement.
« Le chapitre, s’appropriant toujours les biens des évêques décédés, il est de toute justice qu’il paie aussi leurs dettes, ce qu’il n’a jamais fait. »
Deuxièmement.
« Le chapitre ou le canouical ne doit plus avoir le » pouvoir d’excommunier un citoyen, ni de le mettre » au ban. Nul bourgeois ne doit être justiciable que » de la justice séculière. »
Troisièmement.
« Il doit être défendu à tout ecclésiastique, à » quelque ordre qu’il appartienne, prêtre, moine, » nonne, vicaire, de trafiquer, de gérer un com- » merce, de travailler au métier, de brasser de » la bière, de distiller des liqueurs, d’engrais- » ser des bœufs, de tisser de la toile, de sécher » du blé, toute occupation faite dans un but de » gain et de lucre. Tous les métiers qu’ils pos- » sèdent seront vendus, sinon le peuple s’en ern- » parera de force. »
Quatrièmement.
« Nul ecclésiastique ne sera plus exempt d’impôt! »
Cinquièmement.
« L’autorité ecclésiastique et séculière défendra à » leurs serfs, dans les campagnes, de faire concur- » rence aux travailleurs libres, de brasser de la » bière, de cuire du pain pour la vente. »
Sixièmement.
« Deux conseillers, deux chefs de Ghiildes et deux » citoyens privés seront nommés pour vérifier et » garder tous les revenus des fraters. Ils alloueront » à chacun des moines la somme nécessaire pour « son entretien. Si l’un d’eux meurt, un autre peut » prendre sa place. Tout moine est libre de quitter » la confrérie et de porter le costume qui lui plaît. »
Septièmement.
« Ces six délégués s’empareront de tous les biens » immobiliers des couvents et les revendront aux » prix d’achat. »