ÉMIGRATIONS ET IMMIGRATIONS
Pour remplacer les vides que venaient de faire les émigrés, Bernliard Roltmann envoya une circulaire à tous ses adhérents dans les environs, disant: « que Dieu le père lui avait envoyé plusieurs pro- » phètes étrangers, qui, saints et craignant Dieu, » enseignent la loi de Dieu avec grande élo- » quence, pure et sans aucune addition ni inter- » prétation humaine. Ces prophètes espèrent être » suivis d’un grand nombre de leurs adeptes (il ne » disait pas qu’ils étaient en route, de peur de les » trahir). Si donc, ajouta-t-il, vous tenez à votre sa- » lut, quittez au plus tôt les lieux que vous habitez, » quittez, s’il le faut, parents, femmes et enfants, » emportez seulement avec vous votre or et votre » argent portatif et venez ici dans la Nouvelle Jéru- » salem. Nous y élèverons le vrai temple de Salo- » mon, avec un service divin pur, selon la parole de » Dieu, sans aucune idolâtrie ni supercherie hu- » maine. Tous nos biens seront en commun. Nous ne » formerons qu'une seule Commune régénérée , qu’une » seule fraternité humaine et divine. »
La foule qui affluait à la ville, dit Kerstenbrok, était extraordinaire. Au bout de huit jours, le nombre des immigrés de tout âge et de tout sexe, venant des villes d’Osnabruck, de Soest, de Hamm, de Wesel, de Goesfeld, de Warrendorf, d’Aalen, de Dulmen et de Schoepingen dépassaient plus de trois fois celui des émigrés.
« Des femmes, veuves ou vierges, les unes aban- » donnant leurs maris, les autres leurs pères et mè- » res, des hommes de tous les pays, de la Hollande. » du Friesland et du Brabant arrivèrent en foule à » la ville. Bon nombre de ces imigrés étaient sans » fortune, d’autres n’avaient pour tout gagne pain » qu’un état manuel ; mais parmi eux, se trouvaient » un certain nombre d’hommes riches et considérés. » Henri Krechting, comte de Schoepingen, arriva « accompagné de plusieurs familles de bourgeois » aisés (1). Hermann Regevare, prédicateur à War- » rendorf, amena toute une bande de ses auditeurs » et adorateurs. De même, Bernhard Krechting,
» prédicateur à Gildehause. Pierre Schivering de » Goesfeld, le bourgeois le plus riche de la ville,
» amena sa femme et deux jeunes filles. Yerner de » Scheifort, un gentilhomme. Jeanne de Recke,
» femme du seigneur de Drensteinfurt. Elle avait » quitté son mari et non-seulement se fit rebaptiser,
» elle et ses deux filles, mais elle amena sa fille ca- » dette, une belle vierge de seize ans, fiancée au » chevalier Conrad de Doerle, et qui devint une ana- » bapliste zélée. »
La belle-mère de Knipperdolling, riche patri-
(1) C’est le même qui a été exécuté avec Jean de Leyde et Knipperdolling.
tienne, se fil également rebaptiser et abandonna toute sa fortune à la communauté.
11 y eut de nouvelles élections. Knipperdolling et Knippenbrok, tous deux drapiers, furent élus bourgmestres. Tylbek fut oublié, il n’était pas de la veille. La ville, grâce aux émigrés, était entièrement au pouvoir des Anabaptistes et parmi ces dez*niers, Mathiesen, bien que s’effaçant encore, jouait le premier rôle, car de tous côtés les ennemis se réunissaient et se liguaient contre la ville. L’archevêque de Cologne, le duc de Clève, le comte de Lippe et même le Landgrave de Hesse envoyèrent à l’évêque des hommes, des canons, de la poudre, des vivres et des subsides.
Fabricius qui s’était échappé, déguisé en femme, s’en alla à Warrendorf. Plus tard il fut nommé surintendant à Zerbit. Glandorpe se réfugia à Marbourg. Langerman, Wirtheim et Brixius quittèrent également la ville sans tomber dans les mains de l’évêque. Seul le syndic Jean de Wyck, en quittant la ville, fut pris par les gens de l’évêque, envoyé sur l’ordre de ce dernier, sous bonne escorte à Yastenau et confié à la garde du seigneur Eberard de Morrien.