‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 20 sur 26 · HILLA LA NOUVELLE JUDITH · texte numérisé non relu

HILLA LA NOUVELLE JUDITH

Dans ce temps , une belle jeune fille nommée llilla, fille du sieur Phnicon, née à Werden, village des environs de Munster, instruite et bien élevée, se rendit à Munster avec la résolution d’imiter Judith, qui avait fait lever le siège de Béthulie, et d’aller vers l’évêque pour l’empoisonner ou le poignarder dans son lit. Elle communiqua son projet à Knipperdolling et à Jean, qui l’encouragèrent en lui offrant tous les moyens possibles d’exécution. Une chemise de toile fine, imprégnée d’un poison subtil, fut préparée. Ou lui proposa des parures de soie brodées d’or, mais llilla, confiante en sa beauté, refusa cet appareil. L’évêque, dit-elle, ne me recevra pas si je me présente vêtue de pourpre et de soie. Il faut que je ne lui apparaisse que dans le costume simple d’une jeune fille, désirant lui parler, par admiration pour sa personne et sa piété, et pour lui révéler certains secrets d’Etat. Uue fois reçue, ajouta-t-elle, il ne sortira pas vivant de mes bras, soit après, soit avant ses caresses. Elle ne prit, en effet, que deux

bagues, dont une de diamant, qu’elle mit aux doigts de ses pieds pour les cacher, et douze florins en argent.

Le 16 juin 1534, à la pointe du jour, Hilla quitta la ville et fut saisie par les soldats de l’évêque, qui l’eussent maltraitée, si elle ne leur avait pas dit qu’elle était sortie de Munster pour révéler des secrets à l’évêque et lui donner les moyens de s’emparer de la ville sans coup férir. Elle fut conduite à Wollbek devant Théodore de Merfeld, juge du camp.

Celui-ci, après l’avoir dépouillée de son argent et de ses bagues, l’interrogea et lui demanda pourquoi elle était entrée à Munster et pourquoi elle en était sortie ?

Hilla répondit qu’elle avait été mariée, à dix-huit ans, avec un homme âgé de trente-deux ans, qui l’avait forcée de le suivre, contre son gré, à Munster. Mais voyant que la foi des Anabaptistes n’était qu’une comédie, ayant été forcée de travailler aux fortifications, qui sont élevées par des femmes, et de s’exercer au maniement des armes, ne croyant pas un instant au succès de Jean et de Knipperdolling, qu’elle connaissait personnellement, elle avait quitté la ville, non-seulement dans le but d’obtenir de l’évêque la grâce de son mari, prêt à la suivre, mais encore pour lui communiquer des secrets qui lui serviraient à s’emparer de la ville sans grands efforts, par un coup de main, qu’elle garantissait de sa vie, étant prêle elle-même à se mettre à la tête de l’expédition. Elle avait enlevé les diamants, en les cachant, pour en faire cadeau à l’évêque comme témoignage de son admiration pour sa personne et pour la foi qu’il représente. Elle ajouta qu’elle ne communiquerait ses secrets qu’à l’évêque même ou

à un de ses délégués nommés spécialement par lui, insinuant parla qu’elle ne demandait pas mieux que de parler seule au seigneur interrogateur.

Elle eut, en effet, une entrevue particulière avec le seigneur de Merfeld, qui en référera à l’évêque, et qui devait la lui présenter le 18 juin, dans son château.

Inutile d’ajouter que Hilla n’avait jamais été mariée.

Mais Knipperdolling, dans son admiration pour Hilla, en avait parlé à sa femme, et celle-ci, une zélée Anabaptiste avant l’introduction de la polygamie, (car après cette introduction elle devint une ennemie acharnée de son mari polygame), avait parlé de la mort prochaine de l'évêque par une nouvelle Judith. Un homme, nommé Ramers, réfugié à Munster pour échapper aux corvées imposées par l’armée de l’évêque, ayant entendu parler de cette nouvelle Judith, profita de cette circonstance pour s’échapper delà ville et pour obtenir, non-seulement sa grâce, mais une large récompense de l’évêque. 11 sortit furtivement pendant la nuit du 17 au 18, se fit faire prisonnier et demanda à être conduit immédiatement devant le juge du camp, attendu qu’une jeune fille, une nouvelle Judith, avait quitté la ville pour empoisonner l’évêque pendant son sommeil, et qu’il était sorti de Munster pour sauver la vie à l’évêque.

Tous les généraux, avertis sur le champ, accompagnèrent Ramers auprès du seigneur de Merfeld, se formèrent en conseil de guerre et firent venir Hilla devant le conseil.

Hilla, pâle et muette, ne fit d’abord aucune réponse; mais voyant qu’on allait lui appliquer la

question et se voyant trahie, elle dit : «Vous pou- » vez vous épargner cette peine. J’ai changé volon- » tairement de religion. Je ne suis point mariée. » J’ai demandé et reçu le baptême à Snek (ville » néerlandaise aux frontières de laWestphalie). C'est » moi et moi sëule qui ai conçu le projet de tuer » l’évêque, afin de délivrer l’humanité d’un assassin, » d’un tyran, et mes chers coreligionnaires de leur » plus puissant ennemi. Je n’ai plus rien à dire. » Disposez de moi comme il vous plaira. »

Elle fut condamnée à être écartelée vive à Bevergern. Mais le seigneur de Merfeld obtint pour elle la grâce d’être décapitée avant d’être mise sur la roue.

Le bourreau avait une peur affreuse. On lui avait dit que Hilla était une sorcière sur laquelle les hommes n’avaient aucun pouvoir. Il prit la hache de ses deux mains et frappa si fort que la tête tranchée par ricochet lui souffletta la joue, et que le billot se fendit en deux parts.

Ramers n’eut rien que sa liberté. Ordre fut donné par l’évêque d’épargner, à la prise de la ville, sa femme et ses enfants. Mais quand la ville, plus d’une année après, fut prise, la femme et les enfants de Ramers furent massacrés avec les autres.

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