‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 23 sur 26 · GÉNÉRALE A COBLENCE. COALITION GÉNÉRALE CONTRE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE A COBLENCE. COALITION GÉNÉRALE CONTRE

LA VILLE. — CONDITIONS IMPOSÉES A l’ÉVÈQUE PAR LA DIÈTE.

L’évêque, ayant appris que la polygamie et la monarchie avaient créé beaucoup de mécontents, et qu’il y avait eu dans la ville une insurrection de trois jours, convoqua un conseil de guerre, qui décida de tenter un assaut général. La cavalerie, mettant pied à terre, devait être à l’avant-garde. Avant de tenter l’assaut, l’évêque envoya une députation aux bourgeois de Munster pour leur dire qu’il était prêt à les affranchir de leur cabotin de roi. Jean reçut cette députation, assis sur son trône et leur dit :

« La ville est à la disposition de l’évêque. Il n’a qu’à venir la prendre. »

Un assaut général eut, en effet, lieu le 25 août 1534. Il fut repoussé. Les femmes, du haut des remparts, outre les flèches, jetèrent sur les assaillants de la

chaux brûlante et des paquets d’étoupe enflammée enduite de poix. Il y eut tant de blessés et de morts dans le rang des assaillants, qu’on n’y entendait que des hurlements et des malédictions. Les assiégés n’avaient que seize morts et une cinquantaine de blessés. « La déroute était telle parmi les nôtres, dit Kerstenbrok, que si l’ennemi assiégé eût profité de sa victoire et fût sorti pour poursuivre nos soldats découragés, désarmés, épouvantés, ç’en eût été fait de toute l’armée de l’évêque et le siège, certes, eût été levé poùr longtemps. » Mais Jean, comme tous les rois, préférait les flatteurs et les fêtes, à des conseillers sérieux et sévères. Rotlmann se tenait à l’écart. Knipperdolling songeait aux moyens de se défaire de son maître, pendant que sa femme conspirait à la fois contre lui et le roi. Jean, au lieu de poursuivre l’ennemi, ordonna des fêtes de réjouissance en l’honneur de la victoire, et partagea le monde en duchés, qu’il distribua aux vainqueurs.

L’évêque, rassuré par l’inaction des vainqueurs, convoqua un nouveau conseil de guerre, dans lequel il fut décidé de prendre la ville par famine, et d’élever autour de ses murs une circonvallation de terre, afin de rendre toute sortie impossible. Tous les paysans du diocèse, hommes, femmes, domestiques et jusqu’aux enfants, furent forcés, comme jadis les Israélites en Egypte, de travailler jour et nuit à cette enceinte de boue et de sable. Il y eut des soulèvements, suivis d’exécutions capitales. L’enceinte fut élevée au bout de six semaines, malgré quelques faibles tentatives de destruction faite par une partie des assiégés. Il y avait sept bastions avec sept tours, pour surveiller les mouvements des assiégés et trois cents cavaliers étaient toujours de faction,

pour se rendre au galop, d’une porte à l'autre, et repousser les sorties. Wilkin de Steding fut nommé général en chef.

L’évêque envoya en même temps des ambassadeurs aux quatre Electeurs de Mayence, de Cologne, de Trêve, du Palatinat, ainsi qu’à tous les princes de la Westphalie du haut et du bas Rhin, les priant d’abord de prendre des mesures sévères contre ses soldats déserteurs et les convoquant à une Diète. La Diète s’assembla le 13 décembre à Coblence. Le jour de l’ouverture, les délégués de l’évêque, dans plusieurs discours, s’efforcèrent de prouver que les évènements de Munster étaient aussi dangereux pour tous les pays de l’Allemagne que pour l’évêché. L’évêque, disaient-ils, est à bout de ressources. Ses soldats se débandent, ses sujets se révoltent. Si l’Empire et l’Allemagne n’interviennent sérieusement, il est à craindre que le roi Jean ne devienne bientôt le seul maître de l’Empire, abolissant toute religion, toute propriété, toute morale, tout ordre. Le danger est bien plus grand qu’on ne s’en doute, attendu qu’outre les villes du diocèse de Munster, prèles à venir au secours de leurs frères assiégés, la Hollande, le Friesland, tout le Brabant, n’attendent que le mot d’ordre pour se soulever et courir au secours de la ville.

Le Landtag y prenant en considération ces plaintes et ces arguments, décida :

Premièrement

«Trois mille soldats suffiront àl’avenir pour cerner la ville et pour l’affamer. Si d’autres bastions sont

jugés nécessaires, ils seront élevés aux frais de l’évêque et nullement par des corvées forcées. »

Deuxièmement

« Des surintendants et des caissiers seront nommés pour tenir la comptabilité de l’armée. »

Troisièmement

« Le sieur Urich de Walkenstein est nommé général en chef avec quatre conseillers de guerre en permanence. »

Quatrièmement

« Les princes coalisés s’engagent pendant six mois à payer quinze mille florins par mois, soit pour la solde de l’armée, soit pour payer les espions. »

Cinquièmement

« Le général en chef touchera 500 florins par mois. »

« Jean Udenhcim est nommé payeur-général, afin de veiller à ce que l'argent destiné pour l'armée ne soit pas détourné » Confiance qui honore la mémoire de l’évêque.

Enfin, tous les officiers, au lieu de prêter serment à l’évêque, étaient tenus de prêter serment aux délégués de la Diète.

Il ne faut pas croire que l’argent promis à l’évêque fut un subside. Une clause du traité dit formellement :

« L’évêque s’engage à rendre un compte fidèle du butin , afin de restituer l’argent avancé par les princes. » C’était presque une affaire.

Il fut en outre résolu que l’évêque inviterait les sept Electeurs de l’Empire, « afin de convoquer une

» Diète impériale à Worms, à laquelle ou inviterait » le roi romain Ferdinand ( Charles-Quint, son au- » gusle frère , étant occupé ailleurs ), et afin de » prendre toutes les mesures pour exterminer jus- » qu’à la racine ces doctrines perverses et subver- » sives de l’ordre chrétien, et d’édicter des peines «contre toutes les personnes, n’importe de quel » âge et de quel sexe, entachées de ces erreurs dia- » boliques et morbifères. »

Ce n’était donc plus une guerre entre la ville de Munster et l’évêque, mais entre une ville et un empire. Eh bien, malgré cette formidable coalition, Munster n’a dû sa chute qu’à ses propres erreurs et qu’à ses propres dissentions.

RÉVOLTE DE KNIPPERDOLLING ET DE SA FEMME. — FÊTE DE RECONCILIATION SOUS LE NOM DE SAINTE COMMUNION.

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